Le briographe

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vendredi 7 octobre 2011

Carnet intime, de Zep

Loin de l’auto-parodie de Découpé en tranches, Carnet intime expose des paysages dessinés sur le vif, des quantités d’arbres et de vieilles pierres. Souvenirs de vacances en Italie, de voyage au Japon, mémoire d’instants fragiles. Pourquoi avoir intitulé ce recueil Carnet intime ? Est-ce précisément cela, ce besoin régulier de contemplation et de solitude, que Zep protège, qu’il dissimule derrière tout son art du rire ? Peut-être. Les psychologues s’ingénient bien à déceler la personnalité de leurs patients en leur faisant dessiner des arbres ! La capacité du dessinateur professionnel à reproduire le réel ne l’empêche pas de se dévoiler, par son dessin, par le choix de ses sujets. Il n’est peut-être pas anodin non plus que les pages de ce carnet, toutes datées, soient disposées dans un ordre qui n’est ni thématique, ni chronologique. Comme si Zep, tout en acceptant de montrer ces moments où il dessine pour son seul plaisir, parce que cela l’apaise ou lui permet de faire le vide, avait dans un ultime geste d’autoprotection, cherché à brouiller les pistes. Pour qu’on ne puisse pas trop aisément croiser les émotions d’un commentaire ou d’un dessin, avec les événements d’une vie par ailleurs relativement médiatisée. Et pour garder une part de mystère à ces évocations récurrentes de « la femme que j’aime », qui n’est pas toujours une autre, ni tout à fait la même.

jeudi 6 octobre 2011

L’Actu en patates T1, Quinquennat nerveux

L’Actu en patates, c’est le blog de Martin Vidberg (alias « Everland »), l’auteur du remarquable Journal d’un remplaçant. Hébergé depuis mars 2008 sur lemonde.fr, Vidberg publie chaque jour une chronique d’actualité, dessinée dans un style minimaliste qui n’exclut pas la précision (ses caricatures sont redoutables de justesse), où tous les personnages sont des patates. L’esthétique quasi enfantine des croquis tranche avec l’humour piquant des séquences, un décalage qui renforce l’effet zygomatique produit.

Invité à sélectionner un florilège d’extraits de son blog pour en faire un livre physique, Vidberg s’est interrogé sur la capacité d’un gag à rester efficace, même quand l’événement d’actualité auquel il correspond est oublié du lecteur. En bon pédagogue (c’est son autre métier), il a trouvé une astuce : il s’est projeté dans le futur. C’est donc un portrait en patate du vieux dessinateur, qui dans ce livre, tente d’expliquer la période 2007-2012 à ses petits enfants, plus que surpris de découvrir que le grand-père de Jimmy Sarkozy avait lui aussi été président. Et là, on n’est plus dans le dessin d’actualité, on navigue en pleine futurologie ! De quoi satisfaire tous ceux qui se demandent où va l’homme-patate. Car c’est bien la question fondamentale : tu avances où, tubercule ? Comment veux-tu ? 

mercredi 5 octobre 2011

Nous n’irons pas voir Auschwitz

« Epouse ki ti veux, mais pas ine Polack ni ine Allemonde ! ». Même après 70 ans en France, Mamie Thérèse avait conservé un pur accent yiddish, et une méfiance viscérale envers les Polonais. Peu après son décès, Jérémie et son frère Martin partent en voyage dans la Pologne natale de leur grand-mère, à la recherche de bribes de cette mémoire familiale disparue avec la Shoah et les exils forcé. Bientôt, cette démarche personnelle se transforme en une véritable enquête-reportage sur les relations qui lient la Pologne d’aujourd’hui avec son Histoire et avec sa communauté juive. Instructif et captivant !

mardi 4 octobre 2011

Junk Love

Junk Love, par la Coréenne Chaemin, est l’autopsie de la relation entre Ho-Gyeong, qui rêve de devenir comédienne, et Min-Gyu, qui vient de se faire virer de sa fac. Les deux jeunes gens ne sont pas réellement attirés l’un par l’autre. Pourtant ils restent ensemble, sans passion excessive, sans non plus la moindre illusion quant à l’avenir de ce faux couple. Il y aurait donc une « Bof génération » en Corée du Sud ? La construction de l’album, avec des flashbacks qui éclairent des séquences précédentes avec un nouveau point de vue, est étonnante et justifie à elle seule une recommandation de lecture.

lundi 3 octobre 2011

Mafia Tuno, T1 : Repose en pègre

New York, quartier de Little Italy. Dans la famille Tuno, les rôles sont bien distribués. Officiellement, Luigi confectionne des pizzas. Dans l’ombre, Amoroso collecte le pizzo. Le pizzo c’est la (hum !) redevance payée par les commerçants en échange de la protection de la mafia. Et pour ceux qui refuseraient de payer le pizzo, Luigi a d’autres recettes : la pizza aux pruneaux (calibre 45, les pruneaux), ou surtout le ciment à prise rapide. Et à part ça, vendetta, assassinats, la routine habituelle quoi. Ah non, ni drogue, ni prostitution. Mamma Tuno trouve que ce n’est pas moral !

dimanche 2 octobre 2011

Maudit Victor

À ceux qui ne connaissent pas bien l’œuvre de Benoît Preteseille, Maudit Victor apparaîtra peut-être comme la fable dérisoire et cruelle d’un peintre devenu riche en dérobant la fortune d’un cheval à corps d’homme et qui, hanté par sa victime, ne sait plus peindre que des chevaux. Venant de l’auteur de Dadabuk, Sexy Sadie ou L’Oiseau de Francis Picabia, on s’interrogera sur la récurrence dans ce récit des équidés. Tout cela n’est-il pas plutôt une ruse de Preteseille, une sorte de calembour graphique, pour célébrer une fois encore « Dada » ?

samedi 1 octobre 2011

Hautière et Reno, les nouveaux maîtres d’Aquablue

Le douzième volume d’Aquablue s’intitule Retour aux sources. C’est bien trouvé : Nao retourne sur Aquablue, pour un cycle long, et c’est un nouveau tandem, Régis Hautière et Reno, qui vient ressourcer ce space opera de référence…

 

Aquablue, série créée en 1987 par Thierry Cailleteau et Olivier Vatine, raconte l’histoire de Nao, naufragé de l’espace alors qu’il n’était qu’un nourrisson, élevé par le robot-nurse Cybot et finalement adopté par les pacifiques habitants à peau bleue d’une planète aquatique. Tout se passerait pour le mieux dans ce meilleur des mondes, si un consortium terrestre ne venait piller l’énergie de cette planète, la condamnant à une ère glaciaire sans se soucier des autochtones. La résistance locale s’organise, mais que peuvent des harpons contre la technologie des humains ? Action ébouriffée, allégorie anticolonialiste, malgré les années Aquablue n’a pas pris une ride. Les similitudes relevées par les spectateurs entre cette saga et le film Avatar de James Cameron, en prouvent l’universalité.


Aquabluettes

Après le premier cycle, dont le cinquième volume est dessiné par Tota, Cailleteau compose trois diptyques dans lesquels Nao joue les redresseurs de tort à l’échelle de la galaxie : Etoile blanche en 1994-1996, lui permet de retrouver l’assassin de ses parents. Fondation Aquablue, en 2001, est un hommage réussi au Monde perdu de Conan Doyle. Dessinés par Siro, Le Baiser d’Arakh (2004) et La Forteresse de sable (2006) livrent une intrigue très hollywoodienne sur fond d’archéologie exotique et de mysticisme arachnophile. Ce dernier cycle déçoit les fans qui regrettent que le fantastique prenne le pas sur la science-fiction.


Du bleu dans les aïeux

Invités à reprendre la série, Régis Hautière et Reno referment l’Odyssée volontaire de Nao. Fini, les diptyques, direction Aquablue pour un retour à Ithaque (enfin, Ouvéa). Environ dix ans se sont écoulés depuis le cycle précédent, c’est donc un Nao plus mature qui revient poser ses valises sur la planète hyperbleue et y retrouver femme et fils. Son équipe vient de découvrir, caché depuis 200 000 ans sous les glaces de l’Antarctique, le vaisseau en provenance d’Aquablue qui avait atterri sur Terre. Le fidèle professeur Dupré voudrait installer une mission sur Aquablue pour vérifier une hypothèse : il suspecte que de nombreuses espèces terrestres, animales comme végétales, se sont hybridées avec les espèces importées par ce vaisseau de colons. Encore faut-il que les chefs de tribu acceptent cette présence, car le précédent contact avec les Terriens leur a laissé un souvenir plutôt douloureux…

 


INTERVIEW :

Comment la série Aquablue est-elle arrivée entre vos mains ?

Régis Hautière : Guy Delcourt m’a téléphoné en juin 2010 pour me proposer de reprendre la série. Il avait déjà récupéré une partie de l’univers, car Olivier Vatine lui avait cédé ses droits depuis quelques années. Thierry Cailleteau a voulu à son tour céder ses droits. Je n’ai pas hésité plus de deux secondes : Aquablue est une des séries qui m’avaient fait revenir à la bande dessinée, après avoir arrêté d’en lire entre 16 et 20 ans. J’ai rédigé une note d’intention que j’ai envoyée deux semaines plus tard, pour expliquer ce vers quoi je voulais amener la série. À partir de là, ils ont cherché un dessinateur.

Reno : Pour moi, tout à commencé il y a six ans. À l’époque Thierry Cailleteau avait envisagé un spin-off avec le fils de Nao sur Aquablue, tandis que Nao vivrait des aventures spatiales dans le contexte de sa Fondation.  Moi je commençais la série Valmont. Mais en voyant mon style, sachant que j'étais fan de la série et que j'avais des affinités avec la science-fiction, Thierry Joor [NDLR : responsable éditorial chez Delcourt] m'a proposé de faire des essais. J'ai réalisé une quinzaine d’esquisses de bestioles et de personnages… Ça lui avait plu, ainsi qu’à Olivier Vatine mais finalement ça ne s'est pas fait à l'époque. Et puis, surprise !, il y a un an, Thierry Joor me recontacte pour me proposer de dessiner le tome 12. J'étais emballé, j'ai fait des essais très vite. Au départ, Guy Delcourt a émis quelques réticences parce que mon style lui paraissait trop différent de ce qu’avaient proposé Vatine, Tota et Siro, tous les trois plus dans une tendance comics, alors que mon dessin a des influences plus métissées : un peu d’animation, un peu de franco-belge, un peu de manga et une technique plus peinte… Mais nous avons trouvé un terrain d’entente.

 

Une série déjà existante, cela signifie plus de contraintes que sur un projet que vous auriez initié vous-mêmes ?

RH : il y a des contraintes avec tous les projets. Sur un projet avec une dominante historique, il faut respecter les dates et les costumes…

Reno : Je l'ai pris exactement comme ça : au lieu d'avoir une documentation historique, pour cette reprise la documentation était constituée des albums précédents. Tout l'univers est là, il faut piocher dedans. Mais on ne peut pas parler de cahier des charges, on a vraiment eu carte blanche.

 

Thierry Cailleteau ayant cédé ses droits, est-il intervenu dans la conception ou la supervision de l’album ?

RH : Non, pas du tout. Il est curieux de découvrir les nouveaux albums, mais il ne voulait pas y participer. Il lu les planches achevées, et nous a tout de même conseillé de conserver à Cybot sa façon particulière de s’exprimer, avec les onomatopées un peu déglinguées.

Reno : Cybot est un personnage qui a beaucoup changé de taille et de forme, entre les différents dessinateurs. On l’a vu en robot très cartoon avec des bras presque souples. Je lui ai rendu une apparence plus technique. Je l’ai modélisé en 3D, pour que son apparence ne varie pas pendant les cinq tomes de l’histoire.

 

Après trois diptyques de voyages, vous faites revenir Nao sur Aquablue …

RH : Quand j’ai écrit l’histoire, je suis parti de mes frustrations de lecteur. Ce que j’adorais dans Aquablue, c’était la planète en elle-même et ses habitants, qu’on ne voyait plus ensuite. J’avais envie aussi de retrouver le Nao des origines, le gamin qui a été élevé sur une planète sauvage. Thierry Cailleteau n’avait plus envie d’explorer ce monde là, il voulait développer d’autres idées qu’il avait en tête, nous c’est l’inverse. Même l’île d’Ouvéa, qui est l’île principale de la planète n’est pas explorée dans le premier cycle… C’est ce qu’on va s’amuser à faire.

 

À dix ans, Ylo, le fils de Nao, est bleu comme sa mère, alors qu’à sa naissance, c’était un bébé tout blanc et blond…

RH : Ah, sans doute un effet de la puberté ! Pour moi, le fils de Mi-Nuee doit avoir la peau bleue, même si à sa naissance c’était un petit blond à la peau blanche. Reno avait commencé à dessiner Ylo avec une pigmentation mixte, pour montrer que sa couleur bleue lui venait de façon progressive, mais ça ne rendait pas très bien et du coup, on a préféré laisser tomber.

 

Aquablue était remarquable pour ses personnages de femmes très violentes et sanguinaires : la tante de Nao, l’organisatrice de safari, Marachna… C’est une piste que vous allez explorer ?

RH : Euh, ce n’était pas prévu, mais maintenant que vous le dites…