Le briographe

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - Zoo 32

Fil des billets

jeudi 5 mai 2011

Courtney Crumrin Hors-série 2 : La Ligue des Gentlemen ordinaires

Portrait du sorcier en gentleman

 

Après trois ans d’interruption de la saga, les fans de Courtney Crumrin pouvaient craindre que Ted Naifeh ne délaisse cette petite héroïne au profit de ses autres séries. Heureusement il n’en est rien !

 

En tout juste quatre tomes, Courtney Crumrin a réussi à imposer son univers de sorcellerie gothique et flamboyante, peuplé de monstres roublards mais finalement pas plus pervers que tous ces humains obsédés par leur besoin de paraître, dans une société qui prône le matérialisme et la cupidité. Si les parents de Courtney n’échappent pas à cette règle sociale, son oncle Aloysius est d’une toute autre trempe. Maître des lieux, il se fait passer pour un vieil original un peu cinoque et profondément misanthrope, pour mieux tromper son monde. Au fur et à mesure des épisodes, on le découvre que cet inquiétant sorcier est plus chaleureux et infiniment plus puissant qu’on n’aurait pu le suspecter. Comme il cultive le mystère, c’est naturellement lui qui emporte la curiosité du lecteur…

Conscient du potentiel de ce personnage, l’auteur lui a très tôt donné son propre spin-off, avec un hors-série intitulé Portrait du sorcier en jeune homme. Nous y découvrons Aloysius du temps de sa jeunesse intrépide, n’hésitant pas à infiltrer la Brigade anti-sorciers créée par William Crisp, officiellement avocat de profession et père d’une charmante Alice, et pactisant avec ladite Brigade dans une alliance apparemment contre-nature… Le second hors-série intitulé La Ligue des gentlemen ordinaires, est dans la continuité immédiate du premier. L’auteur y approfondit les relations passionnées autant que tumultueuses entre Aloysius et Alice ; on y retrouve également le grotesque et infortuné aventurier Goose. Tout cela, avec l’élégance habituelle de ces noirs et blancs si bien maîtrisés, jusque dans leur extravagance.

 

 

mercredi 4 mai 2011

Polina

Si la danse est l’art du mouvement, la bande dessinée est l’art qui consiste à créer son illusion. Raconter graphiquement les corps dansants est souvent une affaire de virtuosité, les dessinateurs qui comme Blutch ou Baudoin se sont livrés à cet exercice ne sont pas légion. Bastien Vivès, qui avait déjà montré un sens rigoureux du beau geste dans Le Goût du Chlore, cherche moins à peindre la danse, qu’à explorer la relation de l’artiste à sa discipline, et les rapports maître – élève. Magnifique et émouvante, Polina est l’histoire d’une petite fille qui passe une audition pour entrer dans une école de danse, et s’y fait former par des professeurs  exigeants jusqu’à la rupture.

 

mardi 3 mai 2011

Andy et Gina, T5, No speed limit

Alors que la bande dessinée comique bénéficie d’une règle non écrite qui permet aux auteurs d’infliger les pires sévices à leurs personnages, et de les faire réapparaître tout pimpants à l’épisode suivant, comme si rien ne s’était passé, Relom a pour sa part décidé de suivre une autre voie, celle de la continuité narrative. C’est ainsi qu’au bout de quatre tomes, la mère d’Andy et Gina, véritable héroïne de la saga qui chapitre après chapitre a perdu tous ses membres, est réduite à une simple tête décharnée. Le sort mettant une pleine valise de billets entre les mains de ses rejetons, aura-t-elle droit à l’opération de reconstruction chirurgicale la plus complète de tous les temps ?

lundi 2 mai 2011

Le Tueur, T9, Concurrence déloyale

Depuis qu’il est devenu papa, voici quelques épisodes, le Tueur est en pleine introspection. Incapable d’empathie, ce qui dans son activité est plutôt utile, le voilà curieusement à la recherche d’une sorte de justification morale à ses assassinats (qu’il qualifie plutôt de « contrats » ou de « cibles ») en recensant tout ce qui cloche dans le monde, tout ce qui prouve que d’autres que lui ne s’encombrent pas de morale ou d’humanisme. Cynisme, lucidité ou point de vue biaisé sur le monde ? En tout cas, le temps semble venu pour lui de s’occuper de sa reconversion, en se mettant dans les affaires. Là où ça sent le pétrole, ça ne sent pas la rose… mais les pétrodollars n’ont pas d’odeur !

 

dimanche 1 mai 2011

« Ils bandent dessinés », florilège BD gay, Zoo #32

Hugues Barthe, le pédagogue

Après Le Petit Lulu, un récit autobiographique de ses jeunes années (premières amours, premier appart’, premier job…) publié aux Requins Marteaux en 2006, Hugues Barthe a composé pour Hachette Littératures deux volumes à l’intention clairement éducative. Dans la peau d’un jeune homo et sa suite Bienvenue dans le marais apportent aux adolescents en pleine découverte d’eux-mêmes, ainsi qu’à leur entourage, un miroir à leurs propres interrogations.

 

 

Ralf König, génie de l’humour

Ralf König, le maître allemand de la satire gay et des gais satyres est tout simplement l’un des meilleurs auteurs de bande dessinée d’humour de notre époque. Publié en France chez Glénat et judicieusement récompensé en 2005 par un prix du meilleur scénario à Angoulême, ses deux personnages les plus récurrents sont Conrad et Paul, un couple homo à la fois très libre et très contrasté : Conrad, prof de piano continuellement troublé par ses jeunes élèves, est versé dans une sentimentalité assez intellectuelle, tandis que son compagnon Conrad est un charnel inlassable qui s’enflamme dès qu’un torse viril fait son apparition. König s’offre aussi quelques réinterprétations de grands classiques, comme Iago (d’après Shakespeare) ou Lysistrata (d’après Aristophane), et d’autres occasions de se moquer de ses contemporains, gay ou non. Apprécié par un large public hétéro, adapté plusieurs fois au cinéma, Ralf König a plus fait contre l’homophobie que des dizaines de militants, Bitte schön !