Le briographe

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dimanche 6 mars 2011

Petite Histoire des colonies françaises, T4, La Françafrique

Vous pensiez que l’histoire des colonies françaises s’arrêtait à la Décolonisation ? C’est effectivement ce qu’on enseigne au lycée : la France rapatrie ses ressortissants, et devient un partenaire économique de ses anciennes colonies, devenues Etats souverains. Et ensuite ? Ensuite, c’est la « Françafrique » : un système organisé, consistant à apporter un petit coup de pouce ici ou là, pour favoriser tel clan ou personnalité favorable à la France ou aux compagnies françaises. Et quand le coup de pouce s’accompagne d’une guerre civile ou d’un génocide ? Militant, partisan, cet ultime tome de la Petite Histoire des colonies françaises ? Peut-être. Mais quelle leçon !

samedi 5 mars 2011

Marcel Keuf le flic

Quand le directeur de Charlie Hebdo, avec son extraordinaire sens de la provocation (relisez Maurice et Patapon !) se lance dans un strip ayant pour protagoniste le pire flic de la République, c’est forcément très trash et furieusement drôle. Roi de la bavure, Marcel Keuf est raciste, ripoux jusqu’à la moelle, toujours volontaire pour dégainer sa matraque et d’une connerie crasse. Il fait honte à sa profession, mais, selon l’auteur, il a « un Q.I. suffisant pour entrer dans la police, mais pas pour en sortir ». Le plus étonnant, c’est qu’il croise parfois des criminels qui sont encore pires que lui !

vendredi 4 mars 2011

Un privé à la cambrousse

Hubert, l’Hercule Poirot des champs de patate

 

« Détective privé à la cambrousse, y’a que moi pour faire ce sale boulot. Tout le monde me connait et la moindre question éveille les soupçons. Mais les vaches maigres, les placards vides et les épinards sans beurre vous poussent à faire de drôles de choses… »

 

Dans la France rurale de la fin des années 1950, Hubert exerce la singulière profession de détective privé. Suivre le frangin, pour savoir s’il fume en cachette malgré l’interdiction du toubib. Découvrir qui vient marauder les truffes du notaire. Et parfois, enquêter sur de vraies affaires criminelles, parce qu’à Beaulieu-sur-Morne (800 habitants), les morts poussent comme des champignons !

Créée en 1996 aux éditions du Seuil, la série policière et champêtre de Bruno Heitz comptait neuf épisodes, quand en 2008 elle fut frappée d’un coup d’arrêt brutal : son éditeur venait de décider de se recentrer sur les littératures non graphiques. Après une traversée du désert, marquée par une absence de plus en plus flagrante dans les rayons des librairies, la série fait l’objet d’une réédition dans la collection Bayou de Gallimard. Ouf ! Un peu de justice pour ce Privé qui le mérite bien. La reprise chez Gallimard est assez naturelle, puisque les derniers récits de l’auteur, une adaptation en BD du Roman de Renart et le polar historique J’ai pas tué de Gaulle, mais ça a bien failli avaient déjà trouvé leur place dans les collections Fétiche et Bayou de cet éditeur. À l’origine publiées en livres de petit format à couverture souple, les histoires vont être regroupées trois par trois. L’histoire inaugurale Un privé à la cambrousse, suivie par Une magouille pas ordinaire et Le Bolet de Satan forment donc le premier tome. On y découvre comment Hubert, par désœuvrement et un peu par hasard, est devenu privé chez les ploucs.

Pleine d’action et de rebondissements, la série est une merveille de justesse. Heitz est un raconteur d’histoires né, tout y est : le rythme, le sens de la fausse piste, l’humour omniprésent mais sobre pour ne pas décrédibiliser l’histoire, et surtout une galerie de personnages plus vrais que nature. Loin d’être un foudre d’intelligence ou de déduction, Hubert, c’est la débrouillardise, le bon sens paysan au service de la vérité. Pour le dessiner, Bruno Heitz adopte un graphisme proche de celui des premiers Tintin, ceux en noir et blanc, quand Hergé était seul aux manettes et publiait ses pages dans Le Petit Vingtième, avant la création du Studio Hergé. Bruno Heitz n’a d’ailleurs pas manqué de rendre un hommage appuyé à son inspirateur : dans le dernier épisode en date, L’Affaire Marguerite, Hergé en personne est un des protagonistes d’une des enquêtes de notre détective rural. Pour la découvrir, il faudra attendre le troisième tome chez Bayou, à paraître fin 2012 !

jeudi 3 mars 2011

Chroniques de Légion

Quatre tomes des Chroniques de Légion sont annoncés aux éditions Glénat d’ici 2012, qui font suite aux trois tomes de Je suis Légion. Même si les deux histoires peuvent être lues séparément, voici quelques rappels utiles sur la genèse de la série et le parcours de son scénariste.

 

 

Fabien Nury fait son entrée en bande dessinée en 2003 par la grande porte, en co-signant avec Xavier Dorison le scénario de W.E.S.T., un thriller fantastique dessiné par Christian Rossi. Peu après, pour sa première œuvre personnelle, le jeune scénariste a voulu montrer son savoir-faire et marquer les esprits avec un récit particulièrement dense, plutôt complexe, mêlant intrigues politiques, complots et suspense dans une seconde guerre mondiale où Nazis et Alliés ne se doutent pas qu’ils sont les pions d’une guerre fratricide entre deux immortels… Les trois tomes de Je suis légion, aux Humanoïdes Associés, paraissent de 2004 à 2007. C’est l’Américain John Cassaday qui réalise le triptyque dans un style réaliste rehaussé de couleurs glaciales. Quoique relativement difficile à suivre, à cause d’un découpage très haché et surtout du fait d’une ressemblance graphique trop marquée entre certains personnages, la série a trouvé son public. Et n’a pas fini de le trouver, puisque Fabien Nury, entretemps devenu un des scénaristes les plus appréciés de sa génération (grâce, en particulier, à la série Il était une fois en France menée de main de maître avec Sylvain Vallée, qui connaît un succès à la fois public et critique), a décidé de remettre le couvert en revenant à sa première saga.

Les Chroniques de Légion propose une exploration des affrontements et rivalités séculaires entre Vlad et Radu. Pour ce faire, Nury a recruté une véritable légion de dessinateurs. Pas moins de quatre, de quatre nationalités différentes, chacun chargé d’une époque historique distincte. À nouveau les intrigues se croisent, mais cette fois, la lisibilité est au rendez-vous : depuis Le Triangle secret, le changement de style graphique à chaque changement d’époque a fait ses preuves en tant que technique narrative pertinente.

mercredi 2 mars 2011

Les Aventures de Moomin

(Florilège BD Nordique - Dossier de Zoo #31)

 

Tous les Finlandais vous le diront : même s’ils ressemblent à des hippopotames, les Moomin sont des trolls, les emblèmes du pays. Toujours confidentielle en France, cette série créée par la dessinatrice Tove Jansson (1914-2001) fit un succès jusqu’au Japon : la mode du kawaï, c’est-à-dire le culte de tout ce qui est mignon, lui doit beaucoup. Le strip quotidien des Moomin fut publié dans 40 pays et les Finlandais entretiennent avec cette saga inclassable, aux multiples niveaux de lecture, un rapport identitaire aussi marqué que celui des Français avec Astérix, ou des Belges avec Tintin. En France, il a fallu attendre 2007 pour qu’une première traduction de Moomin et les brigands soit publiée, aussitôt récompensée par le Prix du patrimoine du festival d’Angoulême. Moomin, avec ses adaptations en dessin animé, son merchandising effréné et son parc à thème, est incontestablement LE grand classique de la BD scandinave.

 

mardi 1 mars 2011

Klas Katt

(Florilège BD Nordique - Dossier de Zoo #31)

Klas Katt voit le jour en 1979 sous les crayons du Suédois Gunnar Lundkvist. Ce chat anthropomorphe et indolent passe le plus clair de son temps dans son appartement, à lire dans son fauteuil, à se perdre en introspection ou à tourner en rond, dans un vertige d’inaction alimenté par son angoisse du monde extérieur. Il faut admettre que Hell City, où il habite, est un lieu sinistre et morne. Il semble y faire toujours nuit – et après tout, ce doit être vrai plusieurs mois dans l’année, car le cercle polaire n’est pas loin. Pourquoi Klas Katt, avec une description aussi déprimante, est-il une BD culte ? Parce que ce n’est pas le diable, mais la beauté qui est dans les détails. Et ce qui paraît plat vu de loin s’avère nettement plus subtil et contrasté, vu de l’intérieur. Ce livre n’est pas glacial, il est givré.