Editorial pour Zoo #13 : les 1001 nuits de mai 1968
Inspiré par les commémorations de mai 68, nous avons voulu en tester l’esprit. Après concertation avec les camarades, nous sommes entrés dans le bureau du directeur de la publication, un luxueux penthouse bien situé. Nous avons frappé du poing sur la table, nous avons dit «ouille !», et nous avons entamé la liste de nos revendications. «Plus de liberté d’écriture, pas de thème imposé pour Zoo numéro 13 !». Pouf, accordé. «Augmentation massive de la pagination et du tirage !». Pas de problème. «Nous voulons un droit d’accès à l’éditorial, cette colonne traitresse à la solde de la direction !». Accordé derechef. Là, nous avons échangé des regards inquiets. C’est vrai, quoi, une négociation, ce n’est pas censé être aussi… rapide. Notre entrée fracassante avait certes fait son petit effet (une luxation du poignet, pour être précis) mais tant de facilité, c’était anormal, presque décevant. Troublés, nous avons repris les doléances, mais en perdant notre aplomb : «Et, euh, nous réclamons la multiplication immédiate par trois du prix de Zoo»…
C’est alors que la créature que nous prenions pour notre chef s’est mise à hurler de rage, et se disloqua en épaisses volutes de fumée bleue. Apparemment, le coup de poing du début avait en fait invoqué le Génie du Bureau, un Djinn maléfique qui accorde trois souhaits à ses maîtres, mais refuse d’exaucer le quatrième et réduit à l’esclavage ses misérables victimes. Notre ultime vœu l’avait plongé dans un paradoxe insurmontable : Zoo étant gratuit, trois fois zéro, zéro, comment déterminer si notre souhait avait été réalisé ou non ? Là-dessus, le directeur de la publication (le vrai) est arrivé, a ouvert en grand les yeux (d’étonnement) et les fenêtres (à cause de la fumée), s’est bien moqué de nous, et nous a dit : « L’esprit mai 68 ? Jeunes sots ! Vous l’avez déjà : je suis né en février 1969. Faites le compte. Le magazine pour lequel vous avez la joie de travailler est une conséquence directe des événements de mai 68 !»
Après
quelques mois d'interruption pour changement de propriétaire, le 