Les bonnes fées penchées sur son berceau n'ont pas lésiné sur la
baguette magique : ZEP est sympa, talentueux, beau, généreux, adulé du public,
reconnu par ses pairs et malgré tout modeste. Angoulême l'a consacré Grand Prix
2004, donc président du festival 2005. Il fait son entrée dans le dictionnaire
Larousse illustré. Pour que la rentrée soit pô triste, il nous a préparé un
nouvel album.
Le nouveau Titeuf étonne d'emblée : une histoire complète au lieu de
gags en une planche. On ne vous attendait pas forcément sur ce terrain. C'est
un virage ?
ZEP : J'avais envie d'écrire un long récit au moins
une fois ; le tome 10 était l'occasion parfaite. J'ai mesuré en travaillant sur
ce tome tout ce qui sépare le gag en une page du long récit. La manière de
raconter est différente bien sûr, mais surtout la rythmique. Dans un des
premiers essais, je racontais l'équivalent de 40 pages en huit à dix pages.
Habitué à écrire des gags, j'ai l'habitude de concentrer les histoires, de
beaucoup pratiquer l'ellipse. Dans un long récit, il faut au contraire laisser
le climat s'installer et approfondir les personnages.
L'expérience est concluante ?
ZEP : Je suis très
content de l'avoir fait une fois, mais c'est une manière d'écrire très… posée.
J'aime bien avoir une idée et que deux jours plus tard la page soit terminée.
Ici, il a fallu deux ans pour voir l'album fini après en avoir eu l'idée… ça me
parait un peu long. Je ne me suis pas ennuyé, mais je ne suis pas sûr de
continuer dans cette voie. Je suis bien trop impatient.
Cet album est entièrement consacré aux relations (ou à l'absence de
relation) entre Nadia et Titeuf… qui s'en sort euh…
ZEP : Pas
mieux que d'habitude. C'est toujours l'incompréhension entre eux. La motivation
de Titeuf, c'est de montrer à ses copains qu'il est avec la plus belle de la
classe, pas réellement de sortir avec elle. Déjà l'idée d'embrasser une fille
le dégoûte. Alors passer une journée entière avec elle… En même temps, faire
comme les grands, ça le travaille. Dans cet album, à cause d'un malentendu
Titeuf pense que Nadia va se marier. Il fait tout pour la récupérer avec toutes
sortes de stratagèmes de séduction qu'il voit chez les grands et qu'il
réinterprète à sa façon. Il utilise ses copains pour monter ses plans, ce qui
me permet de mettre en avant Manu, qui est souvent un faire-valoir dans les
autres albums. Ici, Manu n'est pas seulement là pour donner la réplique : c'est
un vrai personnage.
Titeuf va rester éternellement figé dans l'enfance et à l'école
primaire ?
ZEP : Oui. C'est un âge génial, rempli de rêves. A
l'adolescence, les garçons sont métamorphosés en quelques semaines : le corps
change, les délires changent. Tous les rêves qu'ils avaient à dix ans, être
cosmonaute, explorateur ou reporter se transforment en : baiser la fille
d'à-côté. Il y a quelques années, j'avais commencé à écrire plein de scénarios
pour Titeuf devenant ado. Puis je me suis rendu compte que même si c'était
marrant de voir Titeuf subir ces changements et vivre l'arrivée de la puberté,
de la sexualité et de tous les problèmes qu'on peut avoir durant cette période…
je ne pourrais plus revenir en arrière. Si je laissais Titeuf vieillir, ne
serait-ce que d'un an, il basculerait dans l'adolescence. J'ai donc utilisé ces
gags avec un autre personnage, dans un bouquin qui s'appelle Les filles
électriques, qui parle uniquement de l'arrivée de la puberté. Je garde
Titeuf pour ce qu'il est : une série qui me permet de retrouver les rêves,
projets, utopies que j'avais à 8-10 ans, qui ont été arrêtés net quand je suis
passé dans le monde des grands.
Les filles électriques est très difficile à trouver.
Comment expliquez-vous que Titeuf soit omniprésent en librairie et que vos
autres albums soient mal ou pas réédités ?
ZEP : Oh, je crois que
Les filles électriques et L'enfer des concerts sont deux
albums maudits : ils ont été lancés dans une collection remaquettée trois fois
avant d'être arrêtée. Ensuite, les deux albums ont été rassemblés, ce qui n'a
pas vraiment de sens puisque les deux sujets ne se rejoignent pas. Ils devaient
reparaître au printemps dans une nouvelle collection. Avec le rachat de Dupuis
par Dargaud, je ne sais pas ce qui va se passer. C'est toujours pénible quand
on est auteur, qu'on a passé du temps à créer quelque chose et que ça n'existe
pas en librairie.
Vous trouvez que les éditeurs de BD ne valorisent pas assez leur
catalogue, à part les nouveautés ?
ZEP : C'est un problème qui
touche surtout les one-shots. Les séries en cours sont épargnées : chaque
nouveau titre permet de remettre en place la série. Mais des albums sublimes
comme Ici Même de Tardi ont été indisponibles pendant des années. Les
éditeurs imaginent peut-être qu'on ne vendra pas un album si on ne peut pas
faire de l'actu dessus. On ne voit pas ça dans la littérature. Les classiques,
même s'ils ne font pas de grosses ventes, continuent d'être réédités. En BD, si
vous avez fait un classique il y a 20 ans, vous êtes considéré comme un has
been, on ne trouve plus vos albums et personne ne s'intéresse à votre boulot.
C'est idiot ! Le patrimoine est ce qui prouve que la BD est plus qu'un produit
de variété. C'est quand même dément : un auteur comme Arnal (créateur de Pif) a
créé un truc énorme… et bouquin de ses livres n'est disponible, même si vous
cherchez !
Célébré grand prix d'Angoulême 2004, vous présidez l'édition 2005.
Quel est le rôle d'un président du festival ?
ZEP : C'est à la
carte ! Tout dépend de la manière dont chacun veut s'impliquer. Pour moi, c'est
l'occasion de monter des expositions, de faire venir des auteurs importants
qu'on voit rarement. Il y aura une expo patrimoniale, une expo "nouvelles
tendances". L'idée est de montrer ce qui se passe dans la bande dessinée, pas
de faire un festival autour de Tchô! et de mes copains. Je participe à
l'organisation dans la mesure des moyens qu'on me donne. J'espère que les expos
seront belles.
A qui sera consacrée cette exposition patrimoniale
?
ZEP : A Picsou et ses créateurs : Carl Barks, Don Rosa et tous
ceux qui ont participé à cette aventure, comme Claude Marin. Malgré
l'importance de Picsou dans la bande dessinée, on sait rarement qui s'en
occupe. A mon époque c'était encore pire, les lecteurs pensaient que Walt
Disney dessinait tout !
Vous trouvez que les auteurs souffrent d'un manque de reconnaissance
?
ZEP : Non, plus maintenant. Nous sommes une génération
d'auteurs gâtés : on nous assimile aux milieux artistiques, la presse
s'intéresse à nous. Il y a même une presse spécialisée BD. Mais il y a quelques
années encore, les auteurs de BD étaient vraiment mal considérés. Convard me
racontait une émission de radio avec Bilal, Schuitten et d'autres. Le
présentateur commence son émission en expliquant "Aujourd'hui un plateau
spécial : la bande dessinée. Pour commencer, petit tour de table. Allez, chacun
va pousser le cri de guerre de son personnage !". Jamais on n'irait demander à
des cinéastes d'imiter le bruit du réacteur de B52… La BD a bien sûr un côté
sympa, mais ça ne justifie pas d'être pris pour des cons. Comme il y a peu
d'émission littéraires, et que la BD en est presque bannie, rien ne vient
infirmer cette idée.
La seule voie d'accès de la BD au petit écran se fait au travers
d'adaptations en dessins animés ?
ZEP : Oui, mais ça c'est nul !
Le dessin animé, ce n'est pas de la bande dessinée ! Une émission comme le "Tac
au tac" a vraiment marqué les gens. Pour faire une émission sur la bande
dessinée, filmons les auteurs en train de dessiner ! Au lieu de ça, dès
qu'elles veulent faire une émission sur la BD, les chaînes se cassent la tête à
imaginer des scénographies compliquées pour insérer l'auteur dans son univers.
On m'a fait tourner un nombre incalculable de fois dans des préaux ou dans des
salles de classe. C'est stupide : je n'ai pas envie de m'installer derrière un
pupitre pour parler à un journaliste, et les gens se moquent de me voir dans
une salle de classe. Ils savent comment c'est, une école. Par contre, filmer
quelqu'un qui dessine, c'est quelque chose de magique. C'est un acte à part,
hors du temps, qu'on n'a pas l'habitude de voir à la télé. La TV est réticente
par rapport à ça, parce que ça a été montré dans les années 60. C'est l'un des
projets pour Angoulême : concevoir un spectacle dessiné. Pour le moment c'est
encore un peu flou, mais ce sera probablement une histoire de Little
Nemo dessinée en plusieurs séquences par plusieurs auteurs, en utilisant
des caméras pour montrer au public ce qui se passe, en direct.
Pouvons-nous revenir sur vos débuts, votre expérience d'avant le
succès ?
ZEP : J'ai toujours dessiné. Enfant, j'étais le
dessinateur de la classe. J'avais besoin de rire et de faire rire avec les
sujets qui m'inquiétaient : le racket, l'inquiétude face au monde des grands,
face à la mort… J'imaginais des strips ou des pages que j'agrafais. Ca
finissait par donner une sorte de journal, intitulé Zep (comme dans Led
Zeppelin) qui circulait dans la classe. C'est ainsi que j'ai commencé à signer
Zep. J'ai quitté le cycle obligatoire de l'école suisse vers 14 ans pour entrer
aux Arts Déco. Là, vers 1982, je me suis trouvé entouré de gens plus âgés, dont
la maîtrise graphique était plus aboutie. Ils m'ont fait découvrir Métal
Hurlant et des auteurs comme Chaland, Swarte, Caro… Je suis parti dans plein de
directions graphiques différentes. J'ai commencé à courir les rédactions à peu
près à cette époque. J'allais voir tous les journaux de Genève en essayant de
placer mes dessins. Mais en 1982, toute la presse de Suisse a arrêté de publier
de la bande dessinée. Avant, tous les magazines prépubliaient des albums de BD
en page par page. Ils ont arrêté à ce moment. Quand j'arrivais dans les
rédactions on me disait "Ah, une BD... Il fallait venir il y a deux ans !".
J'ai fini par réussir à placer ma série Victor dans un magazine
féminin, une page par semaine. Quand j'ai eu une cinquantaine de pages, je suis
allé les présenter chez Spirou à Bruxelles. Ils m'ont engagé pour la même
série. J'ai écrit environ 80 pages de Victor pour Spirou pendant deux à trois
ans. A la même époque, je continuais d'essayer de placer d'autres séries
ailleurs, sans grand succès. J'ai aussi publié trois albums en Suisse, avec
différents éditeurs : un album de Victor avec Kesselring, le seul
éditeur historique de Suisse, qui a tenu 20 ans… et qui a fait faillite
quelques mois après avoir publié mon album. Puis Léon Coquillard, un
album plus engagé sur le thème de l'armée, publié dans le cadre d'une votation
populaire. Le troisième album s'appelait Amanite Bunker. Je
participais aussi à plein de fanzines. J'avais aussi des projets chez Fluide
Glacial, mais une seule page a été retenue.
Vous avez cherché dans différentes directions avant de trouver votre
style graphique… A quel moment l'avez-vous trouvé ?
ZEP : On
trouve son style quand on arrête de se poser la question ! Au début, on est
obsédé par cette question identitaire. Adolescent, on passe beaucoup de temps à
chercher comment on va se situer entre Serge Clerc et Yves Chaland… Y'a pas
beaucoup de place ! Alors on travaille beaucoup la forme mais sur le fond on
n'a pas grand-chose à dire. Or, c'est le fond qui fait que le style émerge. Si
on a une urgence à raconter beaucoup d'histoires, on va choper un style de
dessin rapide. On ne pourra pas passer des heures sur le décor. Les codes
couleurs sont très liés à la personnalité. J'ai pris des choses un peu partout,
et un jour je me suis retrouvé à faire des dessins qui ne ressemblaient plus à
ceux des auteurs que je copiais.
Et la naissance de Titeuf ?
ZEP : C'était dans le
fanzine Sauve qui peut, un projet que je ne voulais pas montrer aux
éditeurs. J'étais fatigué des allers-retours sans résultat à Paris ou
Bruxelles. A cette époque, au lieu de critiquer mon travail, les éditeurs me
sortaient des discours marketing énervants, comme : "C'est mal ciblé". Et ils
me demandaient de faire du policier parce que "le policier ça marche". Quand je
revenais avec quelques pages d'essais, ils me disaient "Ah non, le policier
c'est has been ! Il faut faire des histoires de pirates, maintenant !". Au bout
de deux ou trois ans, dégoûté, j'ai acheté un gros cahier blanc pour faire de
la BD pour moi, sans rien montrer pour être sûr qu'on me foute la paix. Et j'ai
commencé à dessiner les choses qui remontaient à l'origine de mon envie de
faire de la BD : les aventures d'un petit garçon qui se raconte des histoires.
J'ai repris dans un de mes carnets de recherches un petit bonhomme avec une
mèche sur la tête. Je l'ai appelé Titeuf à cause de sa tête en forme d'œuf.
J'ai passé quelques planches de Titeuf dans Sauve qui peut, dont le
tirage ne devait pas dépasser les 80 exemplaires. L'un d'eux s'est retrouvé
chez Jean-Claude Camano qui travaillait chez Glénat comme directeur éditorial.
Il a appelé pour me rencontrer. Ma première réaction a été de refuser : j'en
avais marre de ces rencontres où me disait toujours en conclusion que mon
travail n'était pas bon. Comme il insistait, je lui ai envoyé mes projets.
Camano m'a rappelé pour me dire "Le reste ne m'intéresse pas du tout. Mais
Titeuf, il y a quelque chose". Donc on s'est vus. Et c'est comme ça que tout a
démarré.
Et maintenant, le tome 10 de Titeuf tire à deux millions
d'exemplaires !
ZEP : Je ne me rends pas vraiment compte. Ce
n'est pas comme dans le rock, où on va jouer dans des salles puis des stades de
plus en plus grands. En BD, on rencontre le public seulement pendant les
dédicaces. Un beau jour, au lieu d'avoir deux personnes, il y en a dix. Puis
cinquante, puis cent. Mais jamais plus, parce que c'est physiquement
impossible. Donc, depuis que j'ai des séances de dédicace avec beaucoup de
monde, je n'arrive plus à mesurer une évolution. Quand on m'annonce que les
chiffres de vente on augmenté, je suis content mais c'est abstrait. Par contre,
je suis allé au tirage de l'album. J'ai vu le hangar avec des rouleaux immenses
de papier… et là, oui, tout à coup ça prend corps.
Le travail est le même quel que soit le succès de l'album
?
ZEP : Il vaut même mieux faire abstraction du succès quand on
est sur un nouvel album. Il est impossible de se mettre au travail en pensant
"Qu'est-ce que je vais pouvoir raconter à deux millions de personnes
aujourd'hui ?". Je n'en sais rien, je ne sais même pas ce que je peux raconter
à dix personnes. Je fais mes histoires de Titeuf toujours de la même
manière...
La notoriété n'a pas du tout changé votre façon de travailler
?
ZEP : Pour l'organisation, si ! Je suis obligé d'avoir un agent
qui filtre les demandes pour moi. Sinon, je passerais ma journée au téléphone à
refuser des demandes d'affiches pour la biennale de la Pétanque. Mais
autrement, tout est beaucoup plus agréable. Il faut moins d'énergie pour monter
des projets, ce qui permet de se consacrer aux idées. De plus, le côté
médiatique reste assez soft, à part en ce moment. Je rencontre beaucoup de gens
parce que Titeuf 10 va sortir. Mais dès que je vais rentrer chez moi, après une
semaine de presse et l'impression que tout le monde écoute religieusement ce
que je raconte… mes gamins vont vite me faire reprendre la vie normale !
Vous avez mis Titeuf au service de grandes causes comme Handicap
international…
ZEP : J'ai toujours eu l'idée d'une dîme, que 10%
de ce qu'on a soit donné à la collectivité. Quand on a beaucoup de succès et
beaucoup d'argent, on donne bien entendu beaucoup plus que 10% à la
collectivité, sous forme d'impôts. Mais ça n'a rien à voir avec la notoriété :
bien avant Titeuf, je faisais des affiches, des flyers, j'allais pousser des
lits à l'hôpital. J'ai quand même vite compris qu'il était plus utile que je
dessine plutôt que d'intervenir physiquement. Au tout début de Titeuf, j'ai
fait un mini album servant à collecter des fonds pour des orphelinats. Handicap
international est ma plus grosse collaboration, qui d'ailleurs continue. J'ai
récemment dessiné une affiche pour des parents qui organisent un tournoi de
sport et collectent de l'argent pour leur enfant qui a une maladie très rare.
La difficulté, c'est qu'on me demande tous les jours des choses comme ça. Ce
qui m'oblige malheureusement à refuser souvent : je ne peux pas faire ça à
plein temps, ça n'est qu'une dîme…
En même temps, Titeuf se moque volontiers des handicapés
!
ZEP : Pour avoir travaillé avec des handicapés, je me suis
rendu compte qu'ils sont les premiers à adorer qu'on se moque d'eux. Qu'on les
mette dans des histoires où ils sont ridicules. Parce qu'eux-mêmes rient de ça
! C'est leur vie, ils ne vont pas la passer à pleurer sur leur handicap.
J'avais fait un calendrier où Titeuf est face à un handicapé moteur qui est sur
sa chaise, qui tremble et qui bave. Le frère du gars dit "C'est mon frère, il
est handicapé moteur". Titeuf répond "Ah ouais ? Bah son moteur, il perd de
l'huile !". Les parents d'un enfant handicapé m'ont rapporté que ce gag a
beaucoup plu à leur fils. Les handicapés sont des gens qui eux aussi ont besoin
de rire ; les exclure du rire serait une forme d'exclusion ignoble.
Titeuf est parfois cité comme le témoin ou le symbole d'une
génération. Pourtant, il existe depuis dix ans. C'est une grosse génération
?
ZEP : Effectivement, les premiers lecteurs de Titeuf ont
aujourd'hui 20 ans. Je ne suis pas sûr qu'ils aient continué de le lire pendant
leur adolescence. Par contre, il y a beaucoup de lecteurs adultes, qui y
retrouvent leurs enfants ou leur propre enfance. Titeuf n'est pas un phénomène
depuis dix ans… six ans peut-être. Je ne sais pas si on peut parler de symbole
d'une génération. C'est quand même des trucs de journalistes, ça !
Disons que les enfants aiment s'identifier à
Titeuf…
ZEP : Oui, je le constate sans l'expliquer. Je ne m'y
attendais pas : j'ai commencé Titeuf à une époque où on déplorait que les
enfants ne lisaient plus de BD. Ils lisaient du manga, mais la BD, c'était un
truc de vieux. De plus, quand le premier album est sorti, les libraires ne le
présentaient pas en rayon jeunesse. Le dessin avait un côté enfantin, mais le
propos n'était pas celui de la BD familiale. L'album a démarré avec un public
adulte. Depuis le schéma s'est inversé : les parents découvrent la série grâce
à leurs enfants.
Après Titeuf 10, quel sera le prochain album ? Un nouveau Captain
Biceps avec Tébo au dessin ?
ZEP : Oui, le deuxième tome est déjà
écrit en partie et sortira en janvier prochain, du moins en début d'année. On
avait commencé avec les personnages Marvel (ou leurs archétypes, parce qu'on
n'a pas toujours le droit de les utiliser). et maintenant on invente des
écolo-man etc, ce qui est encore plus rigolo. Il reste encore énormément de
super-héros exploitables. Surtout que Tébo est un fou furieux encyclopédique
sur les comics : il connaît tout. Il me sort des trucs incroyables, comme
Krypto, le chien de Superman. Et moi, je suis fou du dessin de Tébo. J'adore
faire du story-board pour lui et le voir dessiner après. Je ne sais pas si on
écrira dix albums de Captain Biceps, mais les super-héros sont vraiment un bon
sujet comique !