Le briographe

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Tag - Yann Dégruel

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dimanche 5 septembre 2004

La troupe du Signor Vitalis, Sans Famille T2

Sans Famille T2, par Yann Dégruel d'après Hector Malot (Delcourt)

 

Arraché à l'affection de Mère Barberin, le petit Rémi est entré dans la troupe du Signor Vitalis, saltimbanque et montreur d'animaux. Son nouveau maître s'avère être un mentor affectueux et vénérable. Sous son enseignement, Rémi apprend à jouer la comédie. Il découvre aussi la lecture et le solfège. De ville en ville, la petite compagnie connaît des joies simples et quelques succès. Les premières mésaventures surviennent à Toulouse sous la forme d'un gendarme tatillon qui exige que les chiens de la troupe portent des muselières. Alors que le singe Joli-coeur, en bon comédien, se moque du fonctionnaire pour amuser la foule, le policier frappe Rémi par dépit. Indigné qu'on s'en prenne à un enfant, Vitalis réagit vivement et réplique, ce qui le conduit au tribunal...

Lorsqu'un dessinateur adapte en bande dessinée un roman célèbre, le public se demande souvent quel est l'intérêt de cette démarche, si ce choix n'est pas dû à un manque d'inspiration. Etrangement, cette question assez dépréciative ne touche que les auteurs de bande dessinée : quand un cinéaste adapte un roman, une pièce de théâtre ou même une BD, personne n'y voit à redire. Le film en lui-même est jugé selon ses mérites une fois achevé, mais le principe de l'adaptation ne choque personne.

Il suffit de parcourir le Sans famille de Yann Dégruel pour mesurer l'apport de cet auteur au roman d'Hector Malot : le résultat est une œuvre originale, la vision intime d'un artiste talentueux inspiré par le texte d'un auteur qu'il admire. Et qu'il prend soin de respecter : les mots d'Hector Malot sont fidèlement repris dans les dialogues ou les récitatifs. En mars dernier, nous vous faisions part de notre enthousiasme pour les dessins touchants, débordants de tendresse et de poésie de Dégruel. Cet album a d'ailleurs reçu le prix BD jeunesse de Troyes. Le nouvel opus est à la hauteur de nos espérances : émouvant et tout simplement magnifique.

dimanche 28 mars 2004

Mère Barberin, Sans famille T1

Sans Famille, d'après le roman d'Hector Malot T1, par Yann Dégruel (Delcourt)

 

Le parcours semé d'embûches du petit Rémi, arraché à l'affection de sa mère adoptive et vendu à un saltimbanque montreur d'animaux a fait couler des hectolitres de larmes depuis sa première parution en 1878. Sans famille, le roman le plus célèbre d'Hector Malot a aussi inspiré de nombreuses adaptations au théâtre, à la radio, au cinéma (dès 1924, dans une version muette !), en feuilleton TV, en dessin animé… L'an dernier, deux comédies musicales ont été créées autour de cet univers, l'une au Japon, l'autre en Hollande. La bande dessinée a désormais aussi son adaptation, prévue en 6 épisodes de 32 pages, sous la plume et les crayons d'un jeune auteur : Yann Dégruel.

Très logiquement, Sans famille (la BD) paraît dans une collection jeunesse. D'abord parce que le roman original a toujours été un livre pour enfants. La seconde raison est qu'il est a priori difficile de réussir à surprendre les adultes avec une histoire aussi souvent évoquée.

C'est pourtant la performance atteinte par Dégruel. Non pas qu'il ait transposé Sans famille dans un univers inattendu : au contraire, l'album est parfaitement fidèle au livre (avec, bien entendu, quelques coupes, mais fort justes). Non. La surprise vient des dessins splendides et touchants, de leur colorisation très particulière, qui apportent une poésie et un charme totalement inédits à cette histoire.

L'utilisation de l'informatique pour coloriser les albums devient progressivement une norme dans l'industrie BD. Un groupe de résistants continue de travailler "à l'ancienne" pour la plus grande expressivité que cela offre. Les albums sont donc catégorisés entre "colorisation par ordinateur" et "couleurs directes". Le travail de Dégruel n'entre dans aucun de ces groupes, ou plutôt, dans les deux à la fois. En effet, ses dessins sont réalisés au crayon à papier et scannés sans jamais passer par l'habituelle étape d'encrage. Le trait de crayon est simplement teinté en sépia par informatique. Les couleurs sont ajoutées par ordinateur, avec un savoir-faire très personnel déjà exploité dans son autre série Genz Gys Khan au pays du vent. Pour compléter cela, l'auteur réalise des aquarelles, qu'il scanne et ajoute informatiquement à l'ensemble.

Sans famille en bande dessinée est une belle évocation de l'enfance, qui fait passer le lecteur par toute la palette des sentiments vécus par Rémi : joie, tristesse, colère, révolte... sans jamais tomber dans la niaiserie. Bravo !

 

Mini-interview

Sans famille et vous, c'est une longue histoire ?

Yann Dégruel : Pas du tout ! Ma rencontre avec le roman  d'Hector Malot date de décembre 2002. C'est ma princesse qui me l'a mis sous le nez, alors que je tournais en rond en quête d'un projet. "Non j'ai un mauvais souvenir du dessin animé, et puis c'est trop connu, c'est triste". "Lis-le, tu verras je suis sûre que ça te plaira !".

Dès les premières lignes du roman, j'ai senti comme un déclic, comme une caméra de papier qui commençait à tourner. Quel scénar ! C'est un vrai polar à travers l'Europe sociale du 19ème siècle.

Un brin mélodramatique tout de même…?

Yann Dégruel : C'est une histoire humaine, triste parce qu'elle aborde des choses vraies de la vie, comme la mort ou la séparation. Ce sont des réalités incontournables, c'est important de parler de ces choses-là sans tabous ! Hector Malot le fait très bien, et puis il n'y a pas que cela : l'histoire parle aussi d'amitié, de confiance et de transmission de valeurs. Beaucoup de gens se souviennent avoir pleuré en lisant Sans famille, et alors? Je trouve ça plutôt bien, on se sent vivant lorsque l'on pleure. Peut-être que la bande dessinée n'aime pas pleurer parce que cela fait gondoler le papier?

Que devient votre autre série Genz Gys Khan ?

La série continue. Avec Delcourt, nous nous sommes entendus sur une aventure des trois petites miettes entre deux albums de Sans famille. L'un n'empêche pas l'autre. C'est heureux, parce que je suis très attaché à cet univers.

paru dans Bédéka #2