Le briographe

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lundi 8 novembre 2010

Maruta 454

Dans les années 1930, après l’annexion de la Mandchourie par le Japon, différents camps de travail forcé ont été mis en place par les Japonais. Dans certains de ces camps, des équipes médico-scientifiques se sont livrées à des expérimentations sur des cobayes humains prélevés parmi la population locale chinoise, les « Maruta ». Des tests de résistance des Maruta à l’électrocution ou aux armes bactériologiques ou chimiques y furent organisées (entre autres tortures), sous la responsabilité d’un médecin fou, l’équivalent nippon du docteur Mengele, un certainShirô Ishii. Pour raconter cette histoire, Xiao Pan a rassemblé un historien français et le studio de Song Yang.

samedi 3 juillet 2010

Savior, de Benjamin

En cinq ans, trois albums et deux art-books, Benjamin a montré que la bande dessinée chinoise suivait sa propre voie, sans se laisser dominer par l’influence du manga. La parution de Savior nous donne l’occasion de saluer le talent graphique de cet artiste d’exception…

 

En 2005, Patrick Abry co-organisait un festival d’échanges culturels franco-chinois à Pékin. Une des conséquences positives de ce festival fut la création de Xiao Pan, une maison d’édition consacrée à la découverte et à la promotion en France de dessinateurs chinois. Le festival d’Angoulême 2006 offrit au public français la possibilité de découvrir les premiers « manhuas », les bandes dessinées chinoises.

Le public français fut rapidement conquis par un des auteurs présentés : Zhang Bin, alias Benjamin. Ce virtuose de Photoshop à la palette résolument post-psychédélique, cultive un style où le trait photoréaliste et expressif contraste avec une mise en couleurs saturée jusqu’à la solarisation. Benjamin joue de la tablette graphique, comme certains musiciens de la guitare électrique : en y mettant son âme et ses tripes, comme si sa vie en dépendait, avec un certaine rage adolescente, avec de la rébellion. Après avoir révélé Benjamin avec Remember, Xiao Pan nous convia à ses débuts artistiques, en éditant un recueil de ses premières BD, sous le titre One day. Puis ce fut Orange, plus abouti à tous points de vue, qui donnait à espérer des futures œuvres de cet auteur en devenir…

Savior, qui vient de paraître, ne satisfait pas totalement notre attente. Car si Benjamin a encore peaufiné sa technique graphique, il n’a pas franchement progressé d’un point de vue narratif. Les histoires sont clairement le point faible de ses livres. Guidé par un appétit avant tout visuel, Benjamin se réfugie trop volontiers dans des univers oniriques, qui lui permettent d’aligner des cases spectaculaires. La première nouvelle, The Guitar from Heaven, décrit par exemple le rêve (ou le cauchemar) d’un musicien, archange déchu dans une jungle urbaine, retrouvant un peu d’espoir lorsqu’il trouve son âme sœur, mais bientôt confronté à une cohorte de zombis, qu’il parvient à adoucir au son de sa guitare, avant que la violence ne reprenne le dessus… Alors oui, visuellement, c’est plus impressionnant que jamais. Mais cela ne compense que partiellement le caractère décousu de l’histoire, dont on identifie bien qu’elle n’est qu’un prétexte. Quel dommage ! Si un scénariste avisé fournissait à ce dessinateur prodige une histoire à la hauteur de son talent, le monde entier serait à leurs pieds…

À noter, le livre s’achève avec quelques bonus art-book, dont une interview, un making of du clip de Jena Lee, pour lequel Benjamin avait réalisé une vingtaine d’illustrations animées, et quelques autres travaux d’illustration commentés par l’auteur.

 

lundi 8 mars 2010

China Girls, collectif d’auteurs chinoises

Après le succès du collectif Chroniques de Pékin édité au moment des jeux olympiques de 2008, Xiao Pan publie China Girls, qui rassemble les courts récits d’une douzaine de dessinatrices chinoises. C’est une heureuse surprise : non seulement les auteurs présentées suivent une inspiration relativement affranchie du modèle japonais, mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles en ont sous le crayon ! Hormis Ji Di, dont la série My Way fait partie des best-sellers de l’éditeur, il s’agit pour les onze autres contributrices, d’une première publication en Europe. Ce qui laisse espérer de beaux livres à venir !

vendredi 3 juillet 2009

Xiao Pan, explorateur de la BD chinoise

Après avoir coorganisé en octobre 2005 le premier « Festival de l’image dessinée française » à Beijing (Pékin), Patrick Abry fonde les éditions Xiao Pan, début 2006, pour promouvoir la bande dessinée chinoise en France, et plus généralement dans le monde occidental. Avec un crédo : la bande dessinée chinoise ne ressemble à aucune autre.

Commençons par quelques précisions de vocabulaire. Dans sa forme traditionnelle, la bande dessinée chinoise est appelée lianhuanhua (ce qui signifie « images enchaînées »). Il s’agit généralement de petits livres dans un format carré ou à l’italienne, avec un dessin unique par page accompagné par des récitatifs, sans emploi de bulles de dialogue. Le lianhuanhua a longtemps été promu par le régime et utilisé comme outil de propagande. Mais ce soutien officiel n’a plus court depuis les années 1990, et l’ouverture de la Chine sur les marchés extérieurs a diversifié les sources d’inspiration pour les artistes chinois. Une nouvelle forme de BD voit le jour, le manhua. Ce terme est tout simplement la manière chinoise de prononcer « manga ». Les œuvres concernées sont plus proches des formats et des codes des bandes dessinées japonaises, mais avec des variantes : le manhua se lit de gauche à droite (dans le sens « occidental », donc, contrairement au manga), et les artistes chinois sont adeptes de la couleur, qui n’est pas dominante en manga.

Dès les premières publications, Xiao Pan choisit de mettre en avant les spécificités du manhua, pour éviter que le genre ne soit considéré comme du sous-manga, phénomène dont la BD coréenne, le manhwa, avait pu souffrir. Cela passe par des publications en albums grand format cartonné couleur (notamment Un monde idéal, en cinq tomes, récit rebelle et onirique de Peng Chao et Chen Weidong), mais surtout par la publication d’auteurs avec une identité artistique très forte. Parmi eux, Zhang Bin, mieux connu sous le nom de Benjamin, va très vite séduire un large public, à la fois par sa personnalité très rock dans l’attitude, et surtout par sa virtuosité. Utilisateur émérite de Photoshop et des techniques numériques, Benjamin a une palette de couleurs très personnelle, repérable au premier coup d’œil et un dessin au rendu quasi photographique. Ses histoires (Remember, Orange, One day) évoquent l’adolescence, dans tout ce qu’elle comporte d’espoirs et d’incertitudes, d’énergie et d’inassouvi.

Mais en ces années de surproduction, porter un catalogue composé principalement d’auteurs inconnus n’est pas chose aisée. « Les libraires n'ont pas la place de montrer plusieurs titres Xiao Pan par mois. », constate Patrick Abry. « Nous avons dû changer de stratégie, ne garder que les titres qui ont le plus de chances et réduire le nombre d'artistes avec lesquels nous collaborons ». Ainsi, après deux années de diversification et de programme éditorial très soutenu (environ 30 publications par an, en 2006 et 2007), Xiao Pan réduit la voilure. Comme toutes les petites structures, l’éditeur doit faire face à une concurrence très vive. Comment éviter la fuite des talents ? « Tout se passe sur la relation construite et le suivi très proche des auteurs, de leurs attentes, de leurs désirs. Un exemple : en début d'année, un ami me souffle à l'oreille que Marvel aimerait bien travailler avec Benjamin. Quand j'en parle avec ce dernier, il me dit qu'il s'agit d'un rêve pour lui. Depuis, j'ai négocié un contrat avec Marvel et Benjamin a déjà produit deux couvertures pour les New mutants ».

Le second semestre 2009 sera marqué par deux temps forts pour Xiao Pan : la parution d'un collectif 100% féminin, China girls, et celle d'un art book de Song Yang (auteur de Wild Animals, Matous et Pingouins, Reload …), intitulé Bad girl et couplé avec une exposition de ses œuvres (huiles sur toiles, sculptures, tirages numériques, vidéos...) à la galerie Arludik, à Paris à partir du 26 novembre.

mercredi 14 mars 2007

One Day

par Benjamin, éditions Xiao Pan.

Après Remember et Orange, Xiao Pan publie One Day, le premier album de Benjamin (ZHANG Bin). Ce livre rassemble quatre courts récits et un artbook, chacun de ces travaux étant abondamment commenté par l’auteur. One Day fut publié en Chine en 2002, puis réédité dans une version retouchée en 2005. Comme l’auteur est décidément perfectionniste, il a apporté de nouvelles corrections pour la version proposée au public français. Si les récits de One Day sont moins autobiographiques que ceux de Remember, les thèmes chers à l’auteur y sont présents : la recherche de soi, le dépassement artistique et la rébellion contre la banalité de l’existence et la routine.  
 
De tous les auteurs chinois que l'éditeur Xiao Pan a fait découvrir au public français, Benjamin est clairement un des plus intéressants, et sans conteste le plus remarqué de tous. Remarquable, il l’est à plusieurs titres : d’abord par son talent pictural et sa virtuosité dans l’utilisation de la palette numérique (entre autres travaux, il a composé un guide d’utilisation de Photoshop destiné aux infographistes). One Day, en tant qu'oeuvre de jeunesse, permet de découvrir un artiste en recherche de son style. D’où une grande hétérogénéité graphique dans les différents récits, et parfois même au sein d’une même histoire.
 
Un autre trait majeur qui caractérise Benjamin est son ambition artistique. Alors que la plupart des auteurs chinois sont sous la domination de l’écrasant modèle culturel japonais, Benjamin revendique la possibilité de faire une bande dessinée différente. Prétendre être unique dans une société confucianiste d’1,3 milliard d’habitants, voilà qui n’est pas banal ! De fait, Benjamin s’est forgé un « style » tout à fait singulier et identifiable. Sa palette de couleurs notamment est très personnelle, avec des teintes saturées jusqu’à la solarisation. Il est aussi un portraitiste émérite, capable de capturer des émotions très fragiles. 
 
Enfin et surtout, Benjamin a une « attitude ». Il compose ses bandes dessinées comme certaines Rock stars écrivent leurs chansons : avec une intensité émotionnelle qui dépasse de loin la seule valeur des mots et du propos. Vu de loin, cette sensibilité exacerbée peut agacer, d’autant que le garçon soigne son look et n’hésite pas à multiplier les photos, portraits, et commentaires dans son livre. Benjamin semble aspirer à devenir une sorte de Pop Idol, et chacun de ses livres peut être vu comme une lettre aux fans ou à la postérité. C’est comme si la bande dessinée n’était présente que comme révélatrice de la personnalité de son auteur. Le véritable propos de One Day n’est pas dans les bluettes sentimentales qu’on y trouve, mais dans le portrait d’auteur qu’elles contribuent à préciser. Benjamin cultive son image d’éternel adolescent et d'artiste ténébreux, comme Jim Morrison soignait son image de poète maudit.  
 
L’éditeur Xiao Pan ne s’est pas trompé en publiant d’abord des œuvres plus matures, permettant d’apprécier la pleine mesure du talent de cet auteur. Mais One Day, avec ses récits en noir et blanc, ses expériences en bande dessinée muette, complète notre connaissance de cet auteur décidément atypique. Il est illusoire de penser que Remember, Orange et One day sont des one-shots : ce sont les différents chapitres d'une saga nommée Benjamin.

 
 
A noter :
 
L'auteur fait une tournée de dédicaces en France en ce printemps :
17 mars : Album Toulouse.
20 mars : BD fugue café Lyon.
21 mars : BD fugue café Grenoble.
22 mars : Bd fugue café Annecy.
23, 24, 25, 27 mars : Salon du livre de Paris - Porte de Versailles (stand Xiao Pan F22).
28 mars : Maison de la BD Creil (Oise).
30, 31 mars et 1 avril (ce n'est pas un poisson!) : Festival du film asiatique de Deauville (Village Asie - Stand Xiao Pan).
 
(source : site Xiao Pan)

jeudi 5 octobre 2006

Remember

de Benjamin (Xiao Pan)

 

Figure de proue des éditions Xiao Pan, Benjamin est un émissaire idéal pour la bande dessinée chinoise contemporaine, celle qu’on n’ose pas appeler «nouvelle» faute d’avoir connu ses racines. D’abord, parce qu’il est un dessinateur au talent éblouissant, adepte de la peinture numérique et de la palette graphique, qu’il manie avec une virtuosité manifeste. Ces qualités sont bien mises en avant dans Remember, dont la troisième partie est un Art Book commenté par l’auteur. Ensuite, parce que Benjamin prend volontiers la parole et sait jeter sur son art un œil critique.

Par exemple, dans une de ses histoires «mi-vécues, mi-inventées», un rédacteur en chef donne la recette d’une bonne bande dessinée chinoise : parler d’amour mais n’en rien montrer, s’inspirer des grands classiques de la littérature et copier les manga japonais. Trois règles d'or que le personnage et par la même occasion, son auteur s'empressent d’enfreindre !

Enfin et surtout, Benjamin possède cette attitude qu’en musique on appelle le Rock : un mélange de rébellion, d’assurance bravache, de provocation mais aussi de fragilité introspective et d’un certain mal-être propre à l’adolescence. Il y a chez cet artiste quelque chose qui le rapproche du James Dean de la Fureur de vivre : une sorte d'envie de savoir jusqu’où on peut aller trop loin. En témoignent ses couleurs saturées jusqu’à la solarisation, et la récurrence, dans son discours, de la douleur liée à la création artistique. Seul bémol, qui tient peut-être à la traduction, il y a quelques lourdeurs dans les dialogues et une certaine confusion dans les histoires. N’en reste pas moins que ce livre est à découvrir, et que Benjamin est un auteur à suivre.

 

mercredi 4 octobre 2006

L’envol

de ZHANG Xiaoyu (Xiao Pan)

 

Timi est l’adaptation inattendue de la part d’un auteur chinois d’une nouvelle de science-fiction d’Isaac Asimov (Child of time). Les influences de Zhang Xiaoyu sont autant à chercher dans le manga que du côté des comics et de la littérature américaine. D’où, sans doute, cette recherche de liberté dans la mise en page et les cadrages, avec des incrustations et des superpositions de vignettes, ce qui fait très américain, et une utilisation des trames et des textures qui elle, est très asiatique. Pareille synthèse graphique est mise avec élégance au service d’une histoire on ne peut plus chinoise, celle de Qiao Zhengfei : inventeur. Un orphelin, fils d’un ingénieur mené au suicide par des persécutions politiques à l’époque de la «bande des quatre», rêve de prolonger l’œuvre de son père en construisant son propre avion. A la fois juste, sensible, légèrement subversive et très bien racontée, l’histoire s’achève sur une ultime planche qui laisse chaque lecteur libre d’imaginer la fin de son choix. Qui osera encore prétendre que les Asiatiques ne maîtrisent pas l’art de l’ellipse !?