Après avoir coorganisé en octobre
2005 le premier « Festival de l’image dessinée française » à Beijing
(Pékin), Patrick Abry fonde les éditions Xiao Pan, début 2006, pour promouvoir
la bande dessinée chinoise en France, et plus généralement dans le monde
occidental. Avec un crédo : la bande dessinée chinoise ne ressemble à
aucune autre.
Commençons par quelques précisions de vocabulaire. Dans sa forme
traditionnelle, la bande dessinée chinoise est appelée lianhuanhua (ce qui signifie « images
enchaînées »). Il s’agit généralement de petits livres dans un format
carré ou à l’italienne, avec un dessin unique par page accompagné par des
récitatifs, sans emploi de bulles de dialogue. Le lianhuanhua a longtemps été
promu par le régime et utilisé comme outil de propagande. Mais ce soutien
officiel n’a plus court depuis les années 1990, et l’ouverture de la Chine sur
les marchés extérieurs a diversifié les sources d’inspiration pour les artistes
chinois. Une nouvelle forme de BD voit le jour, le manhua. Ce terme est tout
simplement la manière chinoise de prononcer « manga ». Les œuvres
concernées sont plus proches des formats et des codes des bandes dessinées
japonaises, mais avec des variantes : le manhua se lit de gauche à droite (dans
le sens « occidental », donc, contrairement au manga), et les
artistes chinois sont adeptes de la couleur, qui n’est pas dominante en
manga.
Dès les
premières publications, Xiao Pan choisit de mettre en avant les spécificités du
manhua, pour éviter que le genre ne soit considéré comme du sous-manga,
phénomène dont la BD coréenne, le manhwa, avait pu souffrir. Cela passe par
des publications en albums grand format cartonné couleur (notamment Un monde idéal, en cinq tomes, récit rebelle
et onirique de Peng Chao et Chen Weidong), mais surtout par la publication
d’auteurs avec une identité artistique très forte. Parmi eux, Zhang Bin, mieux
connu sous le nom de Benjamin, va très vite séduire un large public, à la fois
par sa personnalité très rock dans l’attitude, et surtout par sa virtuosité.
Utilisateur émérite de Photoshop et des techniques numériques, Benjamin a une
palette de couleurs très personnelle, repérable au premier coup d’œil et un
dessin au rendu quasi photographique. Ses histoires (Remember, Orange, One day) évoquent l’adolescence, dans tout
ce qu’elle comporte d’espoirs et d’incertitudes, d’énergie et d’inassouvi.
Mais en
ces années de surproduction, porter un catalogue composé principalement
d’auteurs inconnus n’est pas chose aisée. « Les libraires n'ont pas la place de montrer
plusieurs titres Xiao Pan par mois. », constate Patrick Abry.
« Nous avons dû changer de
stratégie, ne garder que les titres qui ont le plus de chances et réduire le
nombre d'artistes avec lesquels nous collaborons ». Ainsi, après deux
années de diversification et de programme éditorial très soutenu (environ 30
publications par an, en 2006 et 2007), Xiao Pan réduit la voilure. Comme toutes
les petites structures, l’éditeur doit faire face à une concurrence très vive.
Comment éviter la fuite des talents ? « Tout se passe sur la relation construite et le
suivi très proche des auteurs, de leurs attentes, de leurs désirs. Un exemple :
en début d'année, un ami me souffle à l'oreille que Marvel aimerait bien
travailler avec Benjamin. Quand j'en parle avec ce dernier, il me dit qu'il
s'agit d'un rêve pour lui. Depuis, j'ai négocié un contrat avec Marvel et
Benjamin a déjà produit deux couvertures pour les New mutants ».
Le
second semestre 2009 sera marqué par deux temps forts pour Xiao Pan : la
parution d'un collectif 100% féminin, China girls, et celle d'un art book de Song
Yang (auteur de Wild Animals,
Matous et Pingouins, Reload …), intitulé Bad girl et couplé avec une exposition de
ses œuvres (huiles sur toiles, sculptures, tirages numériques, vidéos...) à la
galerie Arludik, à Paris à partir du 26 novembre.