Le briographe

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Tag - Xavier Gorce

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jeudi 24 juillet 2008

Tous fondus des Indégivrables

Chaque matin, les 70 000 abonnés de la version électronique du Monde, reçoivent un e-mail qui résume l'actualité. Au sein de cette newsletter, se trouve Les indégivrables, un strip qui nous transporte au pôle sud, chez de curieux volatiles que les ornithologues qualifient de manchots, mais que le reste du monde désigne sous le vernaculaire nom de pingouins. Ce sont des animaux sociaux, et qui nous ressemblent à bien des égards. Ils sont notamment aussi givrés que nous. On dirait même qu'ils nous imitent dans ce que nous avons de pire. Pour se moquer ? Allez savoir.
Toujours est-il que les meilleurs de ces strips quotidiens sont rassemblés en albums, et publiés aux éditions Inzemoon, structure créée et gérée par le dessinateur Xavier Gorce. Un troisième tome vient de paraître, nous vous le recommandons : au coeur de l'été, quoi de plus naturel que de rechercher un peu de fraicheur ?


- Pourquoi diable cette fascination pour les pingouins ? La blancheur bleutée de l'Antartique vous paraît particulièrement propice à la métaphysique, ou bien c'est juste que c'est plus facile à dessiner ?
Xavier Gorce : Oui, c'est plus facile à dessiner, d'autant que je mets un point d'honneur à faire le minimum. Presque une question d'éthique. Mais aussi parce qu'au rythme d'un strip par jour, il faut être rapide. Dans ce registre, c'est l'idée qui compte. Le dessin n'est qu'un support. Ça c'est pour le style épuré, à la limite du foutage de gueule. Sinon, pour le choix de l'animal, c'est son côté grégaire, collectif et humanoïde qui m'intéresse. Il nous ressemble. Il se croit libre et indépendant, se berce de la douce illusion de son libre-arbitre mais il tombe dans tous les panneaux des mouvements de masse.

- Les Indégrivables font partie de la "Lettre-checklist" diffusée aux abonnés de la version électronique du quotidien Le Monde... A l'heure où les quotidiens font de moins en moins appel aux dessinateurs, comment avez-vous décroché ce partenariat ?
(cliquez sur l'image pour agrandir)Qu'est ce que vous croyez ? J'ai couché.
En fait c'est un concours de circonstance, comme souvent. À un moment, j'ai créé de petites animations flash (je bidouille un peu les techniques web) en me disant que ce pouvait être un débouché à l'heure du développement des site web de presse, alors que le dessin n'avait plus beaucoup d'espace dans la presse papier. Ca remonte à 2002. J'ai envoyé une petite animation à différents sites, dont lemonde.fr, et ils m'ont répondu que ça ne les intéressait pas du tout (!) mais qu'ils cherchaient un dessinateur de strips. - Vous en connaissez un, m'ont-ils dit ? - Ben oui, moi, que j'ai dit et après quelques mois d'essais, j'ai été gardé. Je veux saluer à l'occasion Claudine Boeglin qui a été mon interlocutrice à ce moment-là. Et l'équipe actuelle, dont Marlène Duretz, qui me garde.

- Vous vous exprimez en bande dessinée. Mais vous sentez-vous plutôt auteur de bande dessinée, ou dessinateur de presse ? Ou bien est-ce à peu près la même chose ?
Les deux mon capitaine. En fait non, je suis absolument dessinateur de presse et je dois avouer que la plupart du temps, en tant que lecteur, la BD me fait chier. J'aime l'image quand elle est libre, efficace, rapide, qu'elle met dans le mille. Souvent elle est cantonnée à une fonction de mise en forme d'une histoire, d'un scénario. Elle est vecteur. Et je me suis un peu retrouvé contraint à l'utiliser comme tel. Quand j'ai envie de lire une histoire je choisis plutôt un roman. En revanche, je dévore tout ce qui m'excite graphiquement. Ça peut aller de la peinture au graphisme et quand je choisis une bd, c'est avant tout pour sa qualité graphique. Mais pour ma série des Indégivrables, je me suis retrouvé dans la position où je devais exprimer des choses textuelles et où l'image ne devait plus être que le vecteur de l'idée. Le contraire de ce que j'aime. C'est entre autres pour ça, je crois, que je l'ai réduite au minimum. Pour moi, c'est de l'idée, pas vraiment de la bd. Mais finalement, je m'y retrouve bien.

- Un strip par jour, c'est beaucoup, ou c'est bien peu (pour paraphraser une vieille chanson collective humanitaire) ? Comment travaillez-vous ?
Je me bourre la gueule en fin de journée en me disant pourvu que ça vienne. Je dois fournir mon strip, terme impropre puisque le format est carré, avant l'envoi de la newsletter dans laquelle il est inclus avant 8h00 le matin. Je travaille donc le soir sachant que j'ai une nuit devant moi si l'idée tarde à venir. Je lis la presse, je regarde le journal télévisé du soir ( le 19/20 de la 3, j'adore Audrey Pulvar), je prends des notes et j'essaye de ramener un sujet très éphémère à quelque chose de plus pérenne. Trouver dans l'écume des choses ce qui traduit des choses plus profondes. Puis j'essaye d'en rire en me disant que ça peut faire sourire. Un strip par jour c'est effectivement beaucoup, mais si c'était deux, ce serait pire. Ceci dit, je sélectionne ce qu'il y a de moins mauvais pour les livres, car on ne peut pas être bon tous les jours…


- Quels sont vos trucs pour renouveler la série, ou pour chercher l'inspiration ?
Je n'ai pas de truc. Je ne sais pas comment ça vient. Sans doute une mécanique qui s'installe, une façon de voir les choses qui se construit au fur et à mesure. Une notion du rythme ou de la chute qu'on acquiert à force de le faire. Des raccourcis de pensée et un sens de la dérision sur tout. Une forme de désespoir qui fait qu'on peut prendre même ce qu'on est soi-même ou son entourage comme objet de sarcasme. Mais les sujets sont inépuisables si on est observateur. Le plus dur est de ne pas être lassant ou répétitif dans la mise en scène. Tous les soirs, je brûle un cierge pour que l'originalité du propos soit préservée. Pas sûr que ça marche.

- Si vous deviez faire découvrir la bande dessinée à un ami qui n'y connait rien, laquelle lui offririez-vous ?
À part les Indégivrables vous voulez dire ? Ça dépend de quel ami. Quelqu'un qui aime les images ? qui aime les histoires ? qui aime le décapant ? qui déteste la BD ? Franchement, il y a tellement de langages différents qu'il est impossible de répondre sans savoir à qui on s'adresse. Pour moi, je m'offrirais bien Prosopopus de De Crécy, ou Lupus de Peeters, ou La volupté de Blutch, ou Flaschko de Mahler, ou encore Gus de Blain, mais je les ai déjà… Vous m'offririez quoi, vous ?







» Blog des indégivrables
» site des éditions Inzemoon
Propos recueillis par Jérôme Briot

mardi 4 décembre 2007

Pingouin c’est tout !

Dans chaque numéro, le gardien du ZOO ouvre les cases et les cages des créatures du 9e art. Pour ce numéro spécial Angoulême au cœur de l’hiver, ouvrons ouvrons la case aux oiseaux du grand froid, et donnons un coup de chapeau à Alfred le pingouin et à ses copains manchots.

 

 

Alain Saint-Ogan, un des précurseurs de la bande dessinée en France, fut parmi les premiers auteurs européens à généraliser l’usage des bulles dans les vignettes de ses bandes dessinées.  Thierry Groensteen et Harry Morgan lui rendent hommage dans L’art de Saint-Ogan, une monographie publiée fin 2007 (éd. Actes Sud – L’An 2). En 1925, Saint-Ogan invente le duo comique Zig et Puce. Dès la quinzième planche, les deux garnements voyageurs rencontrent un pingouin au pôle Nord. Après avoir renoncé à s’en faire «un chic rôti !», l’animal devient bientôt leur inséparable compagnon : il s’agit d’Alfred, et techniquement, ce serait plutôt un manchot, et ses congénères résident plus souvent sur le pôle sud. Il n’empêche, le «pingouin Alfred» déclenche un véritable phénomène de mode dans les années folles. Valorisé comme porte-bonheur, il fait l’objet d’un marchandising comparable à celui qu’occasionneront les Schtroumpfs quelques décennies plus tard. Joséphine Baker, Mistinguett, l’aviateur Lindbergh et jusqu’au président Doumergue font d’Alfred leur mascotte.

 

Le premier festival d’Angoulême, en 1974, est placé sous la présidence d’Alain Saint-Ogan, et Alfred devient l’emblème du festival jusqu’en 1988, date à laquelle les Alfred sont remplacés par des Alph-Art. Besoin de modifier l’image du festival à l’époque, volonté de placer le festival sous le patronage d’Hergé, ou décision forcée par Greg ? Certains prétendent que le créateur d’Achille Talon, à qui Saint-Ogan avait cédé les droits de Zig, Puce et Alfred (Greg avait d’ailleurs dessiné leurs nouvelles aventures entre 1963 et 1969), vexé de n’avoir jamais obtenu le Grand Prix d’Angoulême, avait décidé d’interdire au festival de continuer à utiliser d’Alfred…

 

De nos jours, le succès du film de Luc Jacquet «La marche de l’Empereur» en 2004, a permis à un large public de se familiariser avec les mœurs des manchots, et de ne plus les confondre avec les pingouins, qui sont des oiseaux volants. En hommage au film, les éditions La boîte à bulles ont édité en novembre 2006 L’empereur nous fait marcher, de Jean-Luc et Philippe Coudray. En deux cases par page (la forme la plus minimale de strip qu’on puisse imaginer), les frères Coudray déjouent les préjugés dont les manchots sont les victimes supposées (ou les auteurs, ça dépend). Cela, en portant un regard amusé et tendre, poétique et surréaliste.  Ce livre a connu un destin éditorial des plus atypiques : édité sans faire de vague en 1989 chez Hachette sous le titre Drôles de manchots, il a connu le succès (plus de 50000 exemplaires vendus) dans une édition augmentée, publiée en 1995 par un éditeur japonais, avant de revenir 25 ans plus tard sous sa forme actuelle, enrichi encore par de nombreux inédits.  

 

Est-ce l’immensité des paysages glacés qui, leur rappelant la page blanche, inspire particulièrement les dessinateurs ? Ou la bonhommie pataude des manchots, qui fait d’eux des animaux comiques par nature ? Toujours est-il que la bande dessinée d’humour les utilise assez régulièrement. Et même quotidiennement, croqués par Xavier Gorce dans sa série Les indégivrables, des comic-strips de satire politique et sociale qui sont prépubliés dans la Check-list envoyée aux 70000 abonnés de la lettre électronique du journal Le Monde.  Deux recueils ont été publiés aux éditions Inzemoon.

 

Enfin, nous conclurons ce tour d’horizon cryo-ornithologique par une pensée au dénommé Oswald Cobbelbot, un ennemi de Batman toujours vêtu d’une veste queue-de-pie et d’un chapeau haut-de-forme, et armé de parapluies gadgets redoutables. Il fut élevé par des manchots dans les égouts de Gotham City, ce qui explique qu’il ait choisi de se faire appeler… le Pingouin. Eh oui, en anglais, manchot se dit penguin. Les bras m’en tombent !