Le briographe

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Tag - Vraoum

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mercredi 2 septembre 2009

Ultimex et Steve le faire-valoir prodige, T1

Le Trash revient, et il porte un smoking !

Les bandes dessinées d’humour trash, celles qui innovent dans la provocation, ne sont pas légion dans la production actuelle. Les Reiser d’aujourd’hui ne sont pas nombreux. Avec Gad, auteur d’Ultimex, on en tient un beau.

On attribue souvent à Pierre Desproges, à tort, l’expression « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». La citation est non seulement incorrecte, puisque Desproges n’a pas prononcé cette phrase précise, elle est également fausse : le problème n’est pas de savoir choisir son public avant d’oser rire de tout, mais d’être capable de provoquer le rire à partir des sujets les plus difficiles, sans s’avilir. On peut, on doit rire de tout, mais pas n’importe comment. Il faut de l’intelligence, du style, en un mot de l’esprit, pour transcender par l’humour les sujets les plus sensibles, les plus choquants, parfois les plus grossiers. Cette forme d’humour est une des plus casse-gueules qui soient. Un pas de travers et on sombre dans le graveleux, parfois même dans l’odieux. Les auteurs qui parviennent à jouer les funambules sur la corde raide de la provocation, sans jamais renoncer à une certaine subtilité, ceux-là sont à distinguer au Panthéon de l’humour.

Dans les contemporains, Charb (auteur du strip Maurice et Patapon - 4 tomes parus chez Hoebeke) ou Michel Durand (auteur de Durandur, 3 tomes, chez Carabas) ont cette forme de talent. Ils sont rejoints par un jeune auteur, François Gadant, qui signe Gad. On connaissait l’humour « gros nez », Gad invente l’humour gros œil : son personnage Ultimex a un immense globe oculaire en guise de tête. Violent, sexiste, raciste… ne sont qu’un mince échantillon des défauts d’Ultimex, qui n’a aucun tabou ni aucune limite. Sexe, drogues, crime et jeux érotiques à base de débouche-évier comptent parmi ses distractions favorites. Il est pourtant l’invité indispensable de toute soirée réussie, car c’est un brillant causeur, séduisant, élégant et n’oubliant jamais de faire une entrée remarquée avec un nouvel accessoire pour être le roi de la soirée, ou une anecdote amusante pour justifier son retard. Steve, son faire-valoir prodige, lui donne la réplique et ne se lasse jamais de se faire humilier par son comparse. Mais comme Ultimex aime à le répéter, « un ami, c’est quelqu’un qu’on peut réveiller à trois heures du mat’, pour qu’il nous aide à dissimuler un cadavre ». Avec une définition pareille, effectivement, Steve est son meilleur ami. Plusieurs fois par semaine.

En plus d’un dessin d’une fraicheur fanzineuse avec de belles qualités comiques, Ultimex brille par son outrance, ses réparties imprévisibles et l’incroyable faculté de l’auteur à imaginer les situations les plus barrées. La série réussit à être à la fois trash et sophistiquée. Faut-il préciser qu’une bonne dose de second degré est utile pour apprécier ce livre à sa juste valeur ?

 

mardi 2 septembre 2008

Warum - Vraoum!, de l’indé dans le moteur…

«Comment monter sa maison d’édition, quand on est jeune et qu’on a du talent  Cette conférence proposée par Warum, dans le cadre du Pavillon Jeunes talents au festival d’Angoulême, va s’enrichir d’un nouveau chapitre. Quatre ans seulement après le lancement de la structure d’édition, ses animateurs créent un nouveau label : Vraoum !

 

Benoît Preteseille et Wandrille Leroy, créateurs des éditions Warum en 2004, se rencontrent aux Arts Déco (ENSAD) au début des années 2000. Curieusement, cette école qui a vu sortir un bon nombre d’auteurs reconnus de bande dessinée (dont Tardi, Juillard, Veyron ou Dupuy, pour ne citer que des Grands Prix d’Angoulême…), n’encourage pas ses étudiants dans cette voie, la BD y est plutôt mal perçue. C’est donc plus ou moins clandestinement qu’ils squattent différents ateliers pour façonner leurs premières œuvres personnelles. Wandrille, notamment, se lance dans la réalisation insensée d’une bande dessinée en gravure sur bois, qui paraîtra finalement en 2008 sous le titre Les pages noires. Chacun fonde son propre label : «Ion», pour Benoit, «Pierre-Papier-Ciseaux» pour Wandrille. Mais au lieu de réserver leur production à leurs condisciples, comme font généralement les étudiants, ils commencent à les proposer aux libraires, à publier les projets des copains Une fois diplômés, ils s’associent et lancent le label Warum autour de deux collections : Civilisation et Décadence.

Civilisation, dirigée par Benoît, accueille les projets les plus expérimentaux, qui emploient des formes d’expression inédites. Aux côtés des Atomes de William Hessel, pied-de-nez potache et délirant aux cours de physique-chimie, Mélanie Berger interprète Médée, du théâtre dessiné inspiré par une pièce d’Anouilh, où les illustrations montrent les émotions et sentiments des personnages, plutôt que ces derniers. François Henninger, dans un graphisme fil de fer, réalise 120 mètres carrés, une fantaisie urbaine surréaliste. Le Fred Blin, avec une théorie évolutionniste qui part du protozoaire pour aboutir à Lee Harvey Oswald, résout l’affaire Kennedy en 60 planches muettes. John J. LMR emploie dans The mouse trap tout un mécanisme d’hyper-bulles enchevêtrées, au service d’une enquête policière. Enfin, Benoît Preteseille invente la bande dadassinée avec le DADAbuk, Sexy Sadie, ou L’écume d’écume des jours, étonnante adaptation graphique du roman de Boris Vian.

La seconde collection Warum est dirigée par Wandrille. Aux côtés de sa trilogie Seul comme les pierres (dans laquelle, ingénieusement, l’auteur utilise une typographie particulière pour chaque personnage au lieu de bulles, ce qui s’avère tout à fait efficace pour leur donner une «voix» ; comme quoi, minimalisme et expérimentation peuvent faire bon ménage), Décadence regroupe des livres qui font la part belle à l’autodérision (plutôt qu’à l’autobiographie) ou à l’humour absurde.  Moi Je, d’Aude Picault est l’indéniable best-seller du label, ainsi que sa suite Moi Je et caetera qui figurait dans la sélection des «Indispensables» du Festival d’Angoulême 2008. A noter également,  12, rue des ablettes, de Benjamin Adam, où un jeune homme est invité par un barman à justifier sa présence incessante à la terrasse de son café (ce qui donne lieu à des développements fantastiques), les Girafes foldingues de Zof Guerrive, La montgolfière de Prosperi Buri ou Famapoil de Choumic Salmon.

Montée au départ à temps et argent perdu, Warum est en passe de réussir la professionnalisation de sa structure. Cela passe par un déménagement à Angoulême, encouragé par le Pôle Magelis qui s’efforce d’y constituer une pépinière d’entreprises impliquées dans le domaine de l’image ; mais aussi par la création d’un nouveau label, Vraoum. «Avec Warum on faisait de l’indé à notre façon. Avec Vraoum! on va faire de la bande dessinée grand public à notre façon», déclare Wandrille. Les œuvres inaugurales, parues cet été, sont Homme qui pleure et Walkyries, de Monsieur le Chien (où le dieu Odin confie la mission à un obscur tâcheron du dessin de lui composer un manuel de drague)  et La boucherie de Bastien Vives, de l’auteur remarqué du Goût du chlore (KSTR). Egalement sur la rampe de lancement, les œuvres de différents auteurs, souvent repérés via leurs blogs : Loïc Sécheresse et Stéphane Melchior Durand, Laurel ou Aseyn, lauréat du prix Révélation Blog à Angoulême 2008. Et bien sûr,  l’aventure Warum continue…