Le briographe

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Tag - Vents d Ouest

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dimanche 8 novembre 2009

La Légende dorée T2

La Légende dorée T2, La Chevauchée des coquadrilles, de Joblin et Le Discot
VENTS D’OUEST, 46 P. COULEURS, 13€

Un clocher tordu, un moine ripailleur qui a des affinités avec les saints, non, ce n’est pas le retour de Frère Boudin, des regrettés Greg et Claude Marin : c’est Frère Boulu, de La légende dorée, aux ordres de l’Abbé Chasmel et de l’Abbé Retzina, et chargé de sauver le monde. Latin de cuisine et calembours éculés, voilà de quoi réjouir les jeunes générations pas encore blasées par le coup du râteau en pleine poire, ou la blague de Lâchemi et Lâchemoi sont dans un bateau. Suite et fin au prochain épisode, Le trou de Baal.

jeudi 6 janvier 2005

Elle & Décoloration, Valentine T1

Valentine T1, par Anne Guillard (Vents d'Ouest)

 

Pour son entrée dans le monde BD, Anne Guillard fait très fort. Cette jeune dessinatrice née en 1981 et formée à l'école Estienne puis à l'école des Gobelins crée la surprise avec un album d'humour original à tous points de vue.

Valentine possède un physique que la plupart des femmes rêvent d'éviter. Elle est assez mince, enfin… surtout au niveau de la poitrine. Pour le reste, culotte de cheval et ventre distendu, on est assez loin des canons de la mode. Pourtant Valentine fait la une du magazine Elle & Décoloration. Oh, pas pour jouer les pin-up. Comme témoin vedette d'un numéro spécial du magazine.

Car cet album est construit à la manière d'un magazine féminin, avec d'ailleurs les mêmes rubriques : sommaire, dossiers et interviews, un indispensable test de personnalité, l'inévitable horoscope… mais aussi des pages de mode et des publicités. Au total, près d'un tiers des planches se situe dans un registre de parodie plus que de bande dessinée. Cela apporte de la densité à la lecture et des ruptures de rythme appréciables dans l'écoulement des gags qui composent le reste de l'album.

Revenons au thème et prenez une grande respiration… Elle & Décoloration est un magazine entièrement consacré à un sujet essentiel et quasi tabou : l'épilation et les poils. 48 pages pour exorciser le poil aux pattes ou sous les aisselles, la moustache féminine et les différentes formes d'épilation. Ce sujet prouve combien Anne Guillard est audacieuse. Ou inconsciente. Ou très sûre de son humour. Nous ne lui donnons pas tort, le résultat est tout simplement… euh… poilant. Elle a le goût du décalage et de la démesure ainsi qu'un recul amusé qui lui permet de percevoir les clichés et les éléments à amplifier pour en dénoncer le ridicule tout en provoquant le rire. Ah, cette page mode où les vêtements de Valentine sont listés avec leurs prix, surtout ceux qu'on ne voit pas… Et cette publicité criante de vérité pour les rasoirs Frimette ! Quant aux pages BD, elles contiennent leur pesant de phrases assassines et les expressions des personnages sont à se tordre. Mention spéciale pour le chien de la maman de Valentine qui est d'une drôlerie extraordinaire.

Pourvu que l'inspiration continue de l'accompagner (et pourquoi non ?), il faudra compter avec Anne Guillard dans la scène BD ces prochaines années… et c'est tant mieux !

 

 

Mini-interview

Comment est née Valentine ? Quelles sont vos influences ?

Anne Guillard : Valentine, c'était un gribouillis sur un coin de page. Je ne suis pas une grande consommatrice de BD. J'ai quelques auteurs fétiches comme Ptiluc en humour ou Taduc dans un style réaliste, mais c'est éloigné de mon travail. J'ai plus été influencée par le magazine 20 ans (dont j'apprécie le côté décalé et le second degré) que par d'autres séries BD.


Valentine a un problème avec les poils…

Anne Guillard : Comme toutes les filles ! C'est un thème qu'on n'évoque pas beaucoup devant les garçons parce qu'ils deviennent verts dès qu'on en parle, mais râler contre les poils, c'est un sujet de conversation fréquent entre filles.


Vous êtes intervenue sur un projet publicitaire pour une marque de rasoirs féminins !?

Anne Guillard : Quand une agence m'a contactée pour ce projet, j'avais déjà commencé à travailler sur Valentine. La coïncidence était tellement amusante que j'ai essayé de caser mon héroïne quelque part… mais le projet a été abandonné. Ca m'a quand même donné l'occasion de voir l'envers du décor et de découvrir qu'aux réunions publicitaires parlant de rasoirs féminins, il n'y a presque que des hommes !


Comment allez vous faire évoluer la série ?

Anne Guillard : J'ai envie de mettre Valentine en situation dans une parodie de magazine de style différent à chaque volume en y associant un thème. Pour le second tome, peut-être un magazine pour adolescentes ou un magazine de fans. Ce n'est pas encore totalement décidé...

mardi 4 janvier 2005

La princesse Viagra, Krän T7

Krän T7, par Hervé Richez, El Rico et Eric Hérenguel (Vents d'Ouest)

 

Artiste multiforme aux styles variés, Eric Hérenguel a publié 4 tomes de la très estimée Balade au bout du monde. Il a aussi versé dans la SF avec Edward John Trelawnay. Puis il s'est lancé dans la série Krän, qui depuis 7 tomes lui donne l'occasion de se moquer ouvertement du genre heroic fantasy. Gros bill hyper baraqué, barbare lubrique et sanguinaire, Krän devra plus que jamais affronter son destin, faire réparer sa hache qui sonne faux et affronter des situations pitoyables dans une ambiance chtarbée rythmée par des calembours redoutables. La plus grande performance de Krän est de faire l'objet d'un culte auprès de ceux-là même dont il raille la culture : les rôlistes. Mais l'autodérision n'est-elle pas la forme la plus aboutie d'humour ?

samedi 6 novembre 2004

La tribu des hommes libres, Lomm T3

Lomm T3, par TBC (Vents d'Ouest)

 

Sous les initiales TBC se cache un auteur de BD de nationalité slovène : Tomaz Lavric, né en 1964. Découvert par Glénat qui a édité ses Fables de Bosnie en 1999, TBC a été sollicité par Frank Giroud pour réaliser les dessins du tome 4 de son Décalogue : Le serment. Dans un style graphique totalement différent, TBC réalise en auteur complet une saga post-apocalyptique : Lomm.

C'est un peu Le livre de la jungle à l'envers. Au lieu d'un "petit d'homme" recueilli par des loups bienveillants et finissant au terme d'une quête initiatique par retrouver ceux de son espèce… nous suivons le parcours chaotique du fils biologique d'un mutant qui n'en finit pas d'être rejeté par les siens. Ce n'est plus une initiation, c'est une conspiration ! Mais quelle histoire fascinante…

Sur un monde désolé peuplé de mutants intelligents en lutte constante pour la survie, chaque naissance est un moment d'inquiétude. Même chez les volants, créatures au sommet de la nouvelle hiérarchie des espèces, on ne sait jamais quel genre de progéniture va sortir des œufs… Mah-Neï et Kral (le plus puissant des volants ; il ressemble à Hellboy avec des ailes) attendent. Sur les trois œufs de Mah-Neï, il y a deux petits volants avec leur mignonne frimousse de gargouille, et un… Oh malheur ! Le dernier rejeton ressemble à un humain.

Or, les humains ne sont rien. Ils ont redescendu à l'envers l'échelle de l'évolution et vivent un nouvel âge des cavernes. Faibles, lents, craintifs… leur espèce survit parce que leur chair est infecte, de l'avis des mutants. Et parce qu'ils se tiennent généralement à l'écart de la forêt. Quitte à crever de faim dans cet univers ravagé où il pleut des cendres.

Ce fils anormal, surnommé Lomm, est ignoré par son géniteur. Après le décès accidentel de sa mère (tome1), il trouve refuge auprès des "enfants des racines" déchus de l'arbre des volants : de jeunes mutants abandonnés par leur parents, bouches impossibles à nourrir en temps de pénurie et autres orphelins contraints à se débrouiller seuls. Même parmi ce groupe d'exclus, Lomm est méprisé pour sa ressemblance aux humains… et finalement banni (tome 2).

Dans le troisième récit, Lomm a décidé de se tourner vers ceux auxquels il ressemble physiquement : les humains. Il attend l'occasion favorable pour se faire une place parmi la "tribu des hommes purs". C'est un petit groupe de chasseurs commandé par Nuages-d'orage et par un Chaman, gardien jaloux de certaines connaissances et grand prêtre du dieu Aton. Les qualités physiques de Lomm seraient un atout pour la tribu qui a grand besoin d'un chasseur compétent… Mais cet étranger qui demande l'asile est-il un homme, un être envoyé par les dieux ou un démon ? De son côté, Lomm parviendra t-il à s'adapter aux coutumes de la tribu, si éloignées des lois de la nature qu'il est habitué à suivre ?

La mode actuelle, pour les séries de SF ou d'Heroic Fantasy, consiste à distiller un savant cocktail d'action et d'humour, truffé de clins d'œil et de références à l'actualité (ce qui "date" les albums, avec le risque d'une ringardise dans quelques années). A contre-courant, TBC nous livre la vision radicale, violente et cohérente d'un futur qui a tout oublié de notre civilisation, sans aucun second degré venant mettre en danger la crédibilité de son univers. Le voyage se poursuit après la lecture : on se surprend à réfléchir à l'évolution des espèces et des civilisations et à la nature même de l'humanité… Provoquer la méditation : voilà la marque des œuvres de science-fiction mémorables !

Graphiquement, ce troisième tome situé chez les humains est moins surprenant que les deux premiers avec leur galerie de monstres. En contrepartie, nous avons enfin quelques indices pour comprendre ce qui a fondé de cet avenir terrifiant. Sur une vieille plaque de métal rongée par la rouille, un guerrier désigne à Lomm le signe d'Aton, dieu des hommes purs : le symbole de la radioactivité. Aton… Atome ? To Be Continued…

lundi 4 octobre 2004

Don Quichotte dans la Manche

par Denis Leroux et Stéphane Douay (Vents d'Ouest, coll. Integra)

 

Un homme épris de récits de chevalerie, incapable de distinguer fiction et réalité, a décidé de devenir chevalier errant ; d'aller sauver des pucelles en détresse et d'affronter leur geôlier. Désormais il ne répondra qu'à un seul nom : Don Quichotte.

Paru en 1605, Don Quichotte de la Manche a valu à Cervantès un succès immédiat dans toute l'Europe. Ce roman picaresque n'a rien perdu de sa force ni de sa drôlerie ; depuis 400 ans il n'a pas cessé d'inspirer les artistes (Picasso et Dali n'étant pas les moins méritants de la liste). Leroux et Douay s'emparent à leur tour de ce chef d'œuvre. Ils nous en proposent une adaptation libre complètement déjantée et pour tout dire assez géniale.

"Dans un village de la Manche dont je ne veux me rappeler le nom…". Dès la première vignette, alors que le récitatif reprend exactement les premiers mots du texte de Cervantès, le décalage nous saute aux yeux. Carte routière à l'appui, nous comprenons que la Manche dont il est question ici n'est pas située en Castille mais en Normandie, de nos jours. Notre Don Quichotte normand juché sur sa jument famélique Rossinante s'attache les services d'un Sancho pour le moins inattendu et connaît de nombreuses péripéties.

Toute la beauté de l'album tient dans le rapport ambigu que le héros entretient avec son illustre prédécesseur. Même s'il n'en montre rien, il ne fait aucun doute que le Normand a lu les aventures de l'Hidalgo. Il n'est pas le seul : certains personnages de rencontre connaissent le roman de Cervantès et s'amusent de la mascarade, voire reprochent au héros de ne pas être suffisamment fidèle à son modèle. Ces situations de mise en abyme absurdes auraient normalement dû fragiliser le récit… Au contraire, elles renforcent son comique et sa crédibilité. Un tour de force narratif qui tient du prodige.

mercredi 7 juillet 2004

Il faut bien que la banque croûte, Les banquiers T2

Les banquiers T2, par Perche et Eric Miller (Vents d'Ouest)

Fonder une série humoristique sur la vie trépidante des employés d'une agence bancaire, voilà une gageure. Miller et Perche ont réussi ce pari. Leur personnage principal Manfred est un directeur d'agence radin, avide, sans cœur, calculateur (la moindre des qualités pour un banquier) et prêt à toutes les bassesses pour signer un nouveau contrat. Les gags ont une forme très classique, avec quelques touches désuètes (des personnages tombent à la renverse pendant "la chute"...). Mais le rendement en rires et sourires est garanti. Les Banquiers est donc un placement de père de famille. Le taux d'intérêt de cette série est bon : c'est le moment d'investir !

samedi 3 avril 2004

Li Fuzhi, Extrême-Orient T1

Extrême-Orient T1, par Franck Bourgeron (Vents d'Ouest, coll. Equinoxe)

 

Consigné en 1967 dans un village au nord de la Chine, là où l'hiver est presque permanent, Li Fuzhi vit dans l'angoisse quotidienne que les Gardes Rouges viennent l'arrêter. Il se souvient et médite sur le sens de sa vie…

Shanghai, 1926. Li Fuzhi est porteur de "pots à miel". Il évacue les excréments humains pour le compte de la Bande Verte, une très puissante société secrète. Conscient de son exploitation et la faim au ventre, il enjoint ses camarades à se rebeller contre la triade. Cela impressionne un recruteur du jeune parti communiste, qui le convie à une réunion politique… et surtout à un repas chaud. A quoi tient l'engagement ! Dès lors, Li Fuzhi se bat corps et âme pour favoriser la révolution prolétarienne. Enfin… il obéit aux ordres, sans trop se poser de questions. Pas même lorsqu'il est emprisonné par les partisans de Tchang Kaï-Chek, les anciens alliés des communistes. Sans éclat, Li Fuzhi se résigne à son exécution prochaine : "au pire le sabre, au mieux le pistolet, bref : l'embarras du choix".

Franck Bourgeron débarque en faux débutant dans la bande dessinée avec un premier album au graphisme virtuose et très personnel, mais aussi avec un personnage principal aux caractéristiques inédites. Ni héros ni anti-héros, Li Fuzhi n'est pas grand-chose. Il est un vague pion totalement passif dans une partie de go politique à l'échelle d'un pays. Un simple exécutant sans espoir ni désir, trop éloigné des sommets pour ne serait-ce que comprendre. Ses chefs n'ont guère plus de liberté d'action que lui, alors… faute de pouvoir hurler avec les loups, il ne peut que bêler avec les moutons.

Parmi les autres surprises de cet album, un découpage très "illustration", avec de nombreuses planches contenant trois vignettes sur toute la hauteur de la page, ce qui force une lecture verticale, donc plus asiatique. Dans le même état d'esprit, aucun personnage ne possède de regard et les expressions de visage sont minimalistes, comme pour montrer que l'individu n'existe pas dans cette société extrêmement hiérarchisée.

Un seul bémol à notre enthousiasme : Extrême-Orient est indéniablement l'œuvre d'un grand dessinateur, mais le scénario est parfois un peu trop elliptique. Nous assistons à des fragments d'existence de Li Fuzhi, sans toujours comprendre les enchaînements ou la construction du personnage. Mais cessons de chipoter : pour un coup d'essai, voilà un coup de maître !

 

Mini-interview

À 41 ans, Extrême-Orient est ton  premier album. Quel est ton parcours ?

Franck Bourgeron : Je travaille dans le monde de l'animation depuis 15 ans : j'ai fait du story-board, de la réalisation de séries... La BD était un vieux rêve. J'ai profité d'un peu de temps libre pour le concrétiser.

Qu'est-ce que la BD t'apporte par rapport à l'animation ?

FB : L'animation donne un savoir-faire graphique car il faut dessiner vite et beaucoup. Mais ce n'est pas la meilleure école pour développer un style à soi. C'est souvent un travail de commande, il faut respecter une charte précise et surtout travailler en équipe. En BD à l'inverse on dispose d'une grande liberté d'expression personnelle et puis c'était l'occasion de me retrouver seul, face à face avec une feuille blanche ! Ce n'est psychologiquement pas dénué d'intérêt.

Pourquoi une histoire en Chine ?

FB : Quand j'étais gamin, c'était un pays fermé, mystérieux et comme je vivais dans une famille où ce qui se passait à l'Est avait un certain écho, cela évidemment a nourri mon imaginaire. Plus tard j'ai eu l'occasion d'y aller et de confronter mes images d'enfant à cette Chine si étonnante ! Je me suis toujours dit que si je faisais de la BD, je commencerais par là...

Après ce premier album, quels sont tes projets ?

FB : Pour l'instant je dois finir Extrême-Orient, le deuxième tome est prévu pour l'an prochain. En parallèle, j'aimerais m'ouvrir à des collaborations avec d'autres dessinateurs ou avec des scénaristes.

paru dans Bédéka #3