Aquablue T10, par Thierry Cailleteau et Siro
(Delcourt)
Nao est furtivement de retour sur Aquablue car
Mi-nuee vient de donner le jour à leur fils Ylo, immédiatement célébré par un
salut colossal du fascinant léviathan local : l'Uruk-Uru. Mais Nao assume
d'autres responsabilités depuis qu'il est devenu le riche héritier du groupe
Morgenstern. Qu'on se rassure, loin de jouer les Largo Winch du futur pour
valoriser son patrimoine, il investit sa fortune au service d'une grande œuvre
humaniste et scientifique : la fondation Aquablue. Accompagné de ses truculents
amis Carlo et Rabah, vieux briscards de l'espace et de l'inévitable Cybot, il
se rend cette fois sur la planète Tetlaan pour un don de matériel à l'équipe
archéologique du professeur Marelian. Ce dernier ambitionne d'entrer dans
l'Histoire et dans le tombeau de la légendaire reine Marachna. Le projet
provoque l'opposition farouche de certains autochtones qui n'ont pas oublié les
vieilles légendes : Marachna, reine prêtresse au service du dieu maudit Arakh,
pourrait bien ressusciter d'entre les morts. Malheur à qui profanera son
tombeau !
Après Vatine puis Tota, c'est au tour de Siro
(dessinateur de la série Polka) de prêter son talent au space opéra
culte de Thierry Cailleteau. Alors que Tota s'était approprié les personnages
avec un style graphique relativement éloigné de celui de Vatine, Siro au
contraire rend à Nao et à ses amis des traits proches de leur apparence
d'origine. Ceci, et une scène qui nous ramène sur la planète Aquablue pour
quelques pages, permet au lecteur de retrouver avec joie quelques vieux amis
perdus de vue : Mi-Nuee (qui accepte avec sérénité les intermittences de son
compagnon), Melkeïok et Urukthapel… Une séquence nostalgie qui sonne d'autant
plus juste que Siro a travaillé d'après le story-board de Vatine. Les fans
pourront d'ailleurs découvrir son travail dans une édition spéciale de
l'album.
Le savoir-faire de Thierry Cailleteau en matière
de scénario n'est plus à démontrer. Il s'amuse ici à revisiter le thème de la
malédiction du pharaon (indémodable depuis le décès accidentel de Lord
Carnavon, découvreur avec Howard Carter du tombeau de Toutankhamon, voilà 80
ans…) transposé dans le futur et sur un monde exotique. Avec un rythme
endiablé, des personnages bien campés, un Cybot au mieux de sa forme et un
suspense final de premier ordre, Aquablue reste une valeur sûre. KZT !
mini-interview
Comment définiriez-vous la saga Aquablue
?
Thierry Cailleteau : Aquablue est une sorte de Space
opéra qui s'inscrit dans la lignée des Star Wars, avec les mêmes ingrédients.
L'originalité que nous avons apportée, c'est l'approche humaniste des
personnages. Alors que la tradition SF s'appuie beaucoup sur le matériel
sophistiqué, les aspects mécaniques et hardware, dans Aquablue, des
technologies sont utilisées mais les motivations des héros vont au-delà de la
simple volonté de repousser une invasion de Klingons ! Il y a beaucoup
d'action, mais elle est toujours justifiée par d'autres arguments que la
volonté de conquête.
Nao laisse femme et enfant pour repartir à l'aventure. Le travail avant tout
?
Les héros mariés, ça ne
m'amuse pas à écrire. Nao est un héros épique. Il est tombé amoureux d'une
indigène de sa planète adoptive, mais je ne voyais pas Mi-Nuee le suivre dans
ses aventures. A vrai dire, dans ma première version du scénario pour le tome
5, Mi-Nuee mourait au cours de la bataille finale. C'est Tota qui l'a sauvée,
il ne voulait pas de cette fin.
Des archéologues, une pyramide, une malédiction… C'est une recette assez
classique !
Je me suis régalé en regardant La Momie et en lisant Tintin.
C'est une parenté que je revendique, comme je revendiquais la parenté avec le
roman Le monde perdu d'Arthur Conan Doyle pour le cycle précédent.
Cela étant, le thème de l'archéologie a été assez peu utilisé en
science-fiction, surtout en bande dessinée.