par Denis Leroux et Stéphane Douay (Vents d'Ouest, coll. Integra)
Un homme épris de récits de chevalerie, incapable de distinguer fiction et réalité, a décidé de devenir chevalier errant ; d'aller sauver des pucelles en détresse et d'affronter leur geôlier. Désormais il ne répondra qu'à un seul nom : Don Quichotte.
Paru en 1605, Don Quichotte de la Manche a valu à Cervantès un succès immédiat dans toute l'Europe. Ce roman picaresque n'a rien perdu de sa force ni de sa drôlerie ; depuis 400 ans il n'a pas cessé d'inspirer les artistes (Picasso et Dali n'étant pas les moins méritants de la liste). Leroux et Douay s'emparent à leur tour de ce chef d'œuvre. Ils nous en proposent une adaptation libre complètement déjantée et pour tout dire assez géniale.
"Dans un village de la Manche dont je ne veux me rappeler le nom…". Dès la première vignette, alors que le récitatif reprend exactement les premiers mots du texte de Cervantès, le décalage nous saute aux yeux. Carte routière à l'appui, nous comprenons que la Manche dont il est question ici n'est pas située en Castille mais en Normandie, de nos jours. Notre Don Quichotte normand juché sur sa jument famélique Rossinante s'attache les services d'un Sancho pour le moins inattendu et connaît de nombreuses péripéties.
Toute la beauté de l'album tient dans le rapport ambigu que le héros entretient avec son illustre prédécesseur. Même s'il n'en montre rien, il ne fait aucun doute que le Normand a lu les aventures de l'Hidalgo. Il n'est pas le seul : certains personnages de rencontre connaissent le roman de Cervantès et s'amusent de la mascarade, voire reprochent au héros de ne pas être suffisamment fidèle à son modèle. Ces situations de mise en abyme absurdes auraient normalement dû fragiliser le récit… Au contraire, elles renforcent son comique et sa crédibilité. Un tour de force narratif qui tient du prodige.
