Le livre des destins T1, par Serge Le Tendre et Franck Biancarelli (Soleil)
De sa mère, décédée alors qu'il avait douze ans, Roman Guénodon a hérité une passion pour la lecture et un prénom de circonstance. Mais le jeune homme est resté inconsolable, sombrant dans une mélancolie chronique que seule la lecture compulsive de nombreux romans d'aventures peut endiguer. En 1932, Roman a 20 ans et ses rêveries commencent à agacer franchement son père, qui prend des mesures draconiennes : les livres sont désormais proscrits à la maison.
Roman trouve refuge à la bibliothèque. Là, il rencontre un personnage insolite qui lui remet une clé et le "livre des destins", relié en 1784 et peut-être écrit par le diable lui-même. L'ouvrage raconte dans les moindres détails la vie de Roman : passé, présent, futur. Mais il n'a pas le temps de consulter son avenir : le livre lui est subtilisé par les "hommes en blanc". Car en définitive, le livre des destins ne raconte pas spécifiquement la vie de Roman Guénodon, mais celle du lecteur, quel qu'il soit. Pouvoir connaître son avenir, c'est pouvoir le changer. Tout cela attire les convoitises. Roman, comme bien d'autres personnes, se met sur les traces du précieux ouvrage. Il dispose d'un avantage sérieux sur ses concurrents : la clé qu'il possède est indispensable pour pouvoir consulter le livre des destins…
Le nouveau thriller de Serge Le Tendre se dévore d'une traite. Son atmosphère rappelle nettement Indiana Jones et la dernière croisade, avec même une scène de fuite en moto et side-car (lequel finit bien entendu par se désolidariser du deux-roues. A croire que les side-cars n'existent que dans ce but). A l'euphorie de la découverte succède le temps des questions : pourquoi le livre des destins est-il spécifiquement remis à Roman ? Quels sont ces autres groupes qui s'intéressent à l'objet, quelles sont leurs motivations ?
Au-delà de l'aventure, il s'agit peut-être d'une parabole sur la confusion entre réalité et imaginaire : Roman parle dans la rue à des personnages qu'il est seul à voir ; assommé et kidnappé, il est persuadé en se réveillant d'avoir franchi une dimension parallèle… Franck Biancarelli traduit parfaitement en dessins cette exaltation du héros pour la lecture : chaque livre le transporte dans un univers de fiction. Roman s'identifie aux héros dont il parcourt les aventures, et tous portent son visage : Peter Pan (son personnage favori, symbolique de son enracinement dans l'enfance, avec qui il tient un dialogue permanent), un chevalier en armure ou un aventurier de Kipling. Exception notable quand Roman lit le Livre des destins : alors qu'il s'agit du récit de sa propre existence, tous les personnages apparaissent sous la forme d'ombres. Encore un mystère à éclaircir. Quand sort le tome 2 ?
