Le briographe

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Tag - Serge Le Tendre

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jeudi 4 mars 2010

Voilà Akbar !

Petit guide zoologique à l’attention des touristes de l’extrême, décidés à entamer un safari sur le monde d’Akbar.

 

Montures

À lui seul, le lopvent justifie le déplacement sur Akbar. Il s’agit d’une monture ailée, capable de transporter confortablement un passager et son équipement sur des distances appréciables. Le survol de la Marche des Mille Verts en lopvent est un incontournable du tourisme sur Akbar. Le lopvent a toutefois deux inconvénients : premièrement, il n’est pas donné. Et surtout, il est assez fragile, car sa docilité et son manque d’initiative font de lui une proie facile pour de nombreux prédateurs. Pour les randonnées terrestres ou les petits trajets, des bipèdes apparentés à l’autruche autant qu’au batracien, sont à recommander. Mais évitez absolument de vous faire fourguer une bouvrelle. Cet animal domestique, sorte de vache colossale, pourrait certes vous fournir du lait pour votre voyage, mais c’est une piètre monture, plus capricieuse qu’une bourrique.

 

Mastodontes

Est-ce l’influence conjuguée de ses deux soleils ? Akbar regorge de bêtes colossales, plus féroces les unes que les autres. Le massif trivulge, par exemple, tout en muscles et en fureur, est la terreur des villageois. Plus redouté encore, à cause de sa langue dont chaque claquement fait jaillir des braises qui perforent et dévorent toute matière, le Borak est sans conteste l’animal le plus prisé des amateurs de trophée photo. Zoom puissant obligatoire, car, comme le dit un proverbe local,  utilisé pour évoquer la fatalité ou l’évidence, « nul n’est jamais sorti vivant d’une rencontre avec un Borak ». Anecdote amusante, cet animal étant doté d’une tête qui rappelle celle du tamanoir, il est totalement dépourvu de mâchoires. L’expression « par les crocs du Borak ! », que vous entendrez sans doute plus d’une fois dans votre périple sur Akbar, est une interjection qui accompagne un événement improbable, ou qui souligne la surprise, l’étonnement. C’est l’équivalent de notre expression qui évoque ce temps absurde « où les poules auront des dents ».

 

Monstres

Son biotope se limite heureusement aux déserts de la Marche des Lèvres de Sable, sur lesquels elle règne en maître absolu : la mort rampante est une gigantesque lamproie fouisseuse, qui semble nager dans le sable. Elle est capable de happer par surprise un imprudent et sa monture qui se seraient aventurés hors des chemins balisés.
Tout aussi cauchemardesque, quoique relativement moins dangereuse, la pode rouge est un genre de calmar terrestre géant, capable d’utiliser ses tentacules urticants comme autant de fouets.

 

Myriades

Tous les animaux décrits ci-dessus, aussi dangereux soient-ils, sont des solitaires. Mais il se trouve sur Akbar des créatures qui ont opté pour une autre stratégie, celle du déferlement en masse. Parmi elles, les Ch’tines, sorte de crustacés terrestres, accomplissent tous les treize ans une migration massive, à la manière des colonnes de fourmis en guerre. Ce spectacle est très prisé dans la Marche des Voiles d’écume, au pays des Palfangeux. Les places se réservent des mois à l’avance. Un conseil : arrangez-vous pour ne jamais vous trouver sur le chemin des Ch’tines, qui dévorent tout sur leur passage.

Malgré une apparence insignifiante, l’animal le plus terrifiant d’Akbar est peut-être le Ponge. Cet insecte volant et carnivore, très agressif, développe des galeries dans ses victimes pour s’en nourrir et y pondre ses œufs. Une seule piqûre de Ponge peut être fatale à celui qui la reçoit… et un essaim compte des dizaines de milliers d’individus.

 

Mythes

Quant au Fourreux et à l’Oiseau du temps, le premier est rarissime, il serait étonnant que vous en croisiez un. Et le second n’est qu’un mythe, une légende…

vendredi 19 mars 2004

Le premier pas, Le livre des destins T1

Le livre des destins T1, par Serge Le Tendre et Franck Biancarelli (Soleil)

 

De sa mère, décédée alors qu'il avait douze ans, Roman Guénodon a hérité une passion pour la lecture et un prénom de circonstance. Mais le jeune homme est resté inconsolable, sombrant dans une mélancolie chronique que seule la lecture compulsive de nombreux romans d'aventures peut endiguer. En 1932, Roman a 20 ans et ses rêveries commencent à agacer franchement son père, qui prend des mesures draconiennes : les livres sont désormais proscrits à la maison.

Roman trouve refuge à la bibliothèque. Là, il rencontre un personnage insolite qui lui remet une clé et le "livre des destins", relié en 1784 et peut-être écrit par le diable lui-même. L'ouvrage raconte dans les moindres détails la vie de Roman : passé, présent, futur. Mais il n'a pas le temps de consulter son avenir : le livre lui est subtilisé par les "hommes en blanc". Car en définitive, le livre des destins ne raconte pas spécifiquement la vie de Roman Guénodon, mais celle du lecteur, quel qu'il soit. Pouvoir connaître son avenir, c'est pouvoir le changer. Tout cela attire les convoitises.  Roman, comme bien d'autres personnes, se met sur les traces du précieux ouvrage. Il dispose d'un avantage sérieux sur ses concurrents : la clé qu'il possède est indispensable pour pouvoir consulter le livre des destins…

Le nouveau thriller de Serge Le Tendre se dévore d'une traite. Son atmosphère rappelle nettement Indiana Jones et la dernière croisade, avec même une scène de fuite en moto et side-car (lequel finit bien entendu par se désolidariser du deux-roues. A croire que les side-cars n'existent que dans ce but). A l'euphorie de la découverte succède le temps des questions : pourquoi le livre des destins est-il spécifiquement remis à Roman ? Quels sont ces autres groupes qui s'intéressent à l'objet, quelles sont leurs motivations ?

Au-delà de l'aventure, il s'agit peut-être d'une parabole sur la confusion entre réalité et imaginaire : Roman parle dans la rue à des personnages qu'il est seul à voir ; assommé et kidnappé, il est persuadé en se réveillant d'avoir franchi une dimension parallèle… Franck Biancarelli traduit parfaitement en dessins cette exaltation du héros pour la lecture : chaque livre le transporte dans un univers de fiction. Roman s'identifie aux héros dont il parcourt les aventures, et tous portent son visage : Peter Pan (son personnage favori, symbolique de son enracinement dans l'enfance, avec qui il tient un dialogue permanent), un chevalier en armure ou un aventurier de Kipling. Exception notable quand Roman lit le Livre des destins : alors qu'il s'agit du récit de sa propre existence, tous les personnages apparaissent sous la forme d'ombres. Encore un mystère à éclaircir. Quand sort le tome 2 ?

paru dans Bédéka #2