par Satoshi Kon (Casterman, coll. Sakka)
Une famille de prêtres Shinto veille sur le sanctuaire Hiratsu, dans la petite ville côtière d'Amidé, et plus particulièrement sur le trésor qu'il renferme : l'œuf d'une ondine. Selon la légende, cet œuf aurait été trouvé par l'ancêtre de Yôzô Yashiro (l'actuel prêtre), qui aurait conclu un pacte avec l'ondine. En échange de 60 ans de protection et de soins apportés à son œuf, l'ondine garantissait à la ville une mer clémente et des eaux poissonneuses. De fait, la pêche est toujours bonne à Amidé. Aux yeux de Yôzô cette légende n'a qu'une seule utilité : son intérêt médiatique et touristique, susceptible de favoriser le développement de cette petite ville de province. En cela, il s'oppose à son père, fidèle à la tradition. Yôzô a des motivations profondes pour souhaiter que sa ville se modernise : sa femme et son fils ont risqué la noyade quelques années plus tôt. A cause de la ruralité du village, seul Yôsuke son fils a pu être sauvé. Le développement, c'est la perspective de bâtir un hôpital, de corriger le passé. Troisième génération des Yashiro, le jeune Yôsuke un peu coincé entre la foi de son grand-père et l'incrédulité de son père serait plutôt adepte du doute. Jusqu'à ce que d'étranges événements le convainquent que la légende dit vrai…
Kaikisen est une jolie fable, avec des échos sociaux et une coloration fantastique. La narration et le traitement sont orientaux, ce qui nous amène à saluer le travail de la traductrice Hélène Morita et surtout ses indispensables explications de bas de page. Sans cette aide, certains détails à la signification évidente pour les lecteurs japonais nous sembleraient sans doute totalement confus.
A l'inverse, le thème abordé dans ce manga est peut-être moins exotique et surprenant pour nos yeux de lecteurs occidentaux qu'il ne pouvait l'être pour les Japonais : depuis le Roman de Mélusine par Jean d'Arras (écrit en 1394 !), les ondines, sirènes et femmes-serpent sont assez nombreuses dans notre littérature et dans les contes et légendes de nos régions.
Mais toujours est-il que Kaikisen, premier manga de Satoshi Kon publié en 1990 au Japon est l'oeuvre qui a révélé cet auteur dans son pays. Ce manga lui a attiré la bienveillance d'Otomo, le génial créateur d'Akira (à l'époque) et de Steam Boy (aujourd'hui). Sous son égide, Kon a pu s'impliquer dans des œuvres d'animation… puis réaliser ses propres longs métrages : Perfect Blue (1997), Millenium Actress (2001) et Tokyo Godfathers (2003).
Alternant les scènes contemplatives et les scènes d'action, Kaikisen possède un graphisme d'une maturité étonnante pour une première œuvre. L'intrigue en elle-même n'est pas des plus captivantes, mais le livre nous offre un beau voyage…
