Berlinoir T2, par Tobias Meissner et Reinhard Kleist (Akileos)
Kleist est un dessinateur qui change de style à chaque série. Il admet que ce peut être déstabilisant pour ses lecteurs, mais il explique qu'il s'amuse bien mieux ainsi. Il n'est donc pas garanti que les personnes qui ont apprécié son adaptation de quatre nouvelles de Lovecraft parue au premier trimestre 2004, Les rats dans les murs, seront emballées par son travail sur Berlinoir. Du reste, il faut reconnaître que cette série en couleurs directes demande un certain effort au lecteur qui envisage de s'y plonger : avant même de commencer la lecture, on ressent une atmosphère oppressante… qui va crescendo au fur et à mesure qu'on progresse dans l'histoire très sombre imaginée par Meissner. Ceux qui surmontent cette première appréhension découvriront le monde baroque et fascinant de Berlinoir : une ville gouvernée par les vampires. Pour une fois, les vampires ne sont pas des bêtes sauvages qui se jettent au cou du premier venu pour lui infliger une morsure. Civilisés, organisés politiquement, ils n'en sont que plus dangereux. Ils ont mis en place des collectes officielles de sang et des milices armées ; ils manipulent les humains en leur faisant miroiter la perspective de l'immortalité. Un groupuscule d'humains a courageusement décidé de leur opposer une résistance acharnée mais le pouvoir des vampires pose quelques problèmes. L'histoire montre que les tyrannies les plus solides s'écroulent quand les despotes vieillissants commencent à faiblir. Que peut-on espérer quand la dictature est exercée par des êtres éternels ? Ils ont bien entendu quelques faiblesses (bien connues des amateurs de Dracula)… mais résister en vaut-il la peine ? Graphisme baroque et histoire de politique-fiction marquante, Berlinoir aborde le vampirisme sous un angle inédit.
