Marie des Loups T1, de Frédéric L'Homme et Régis Penet (Soleil)

Une jeune fille, Marie, s'ennuie dans une abbaye isolée, avec pour seule compagnie un loup domestique et le général Neredahaus, un héros de guerre qui lui sert de tuteur, de maître d'armes et parfois d'amant (quand il est bien luné). Nicolas, un policier jeune et beau leur rend visite en se faisant passer pour un naturaliste qui étudie les loups. Sa mission réelle est d'enquêter discrètement sur la loyauté de Neredahaus, qui certes a installé l'Empereur au pouvoir, mais qui est suspecté de comploter à présent pour la restauration des Saint Mathieu (l'ancienne monarchie). Justement... Marie serait l'héritière cachée des anciens monarques...

Est-ce pour conserver plus de liberté d'imagination ou pour s'affranchir de l'obligation d'une documentation historique rigoureuse que les auteurs n'ont ni situé, ni daté leur histoire ? La présence des loups, la neige omniprésente, la "Garde Rouge" et une intrigue qui se rapproche du long métrage d'animation Anastasia (la fille cachée et survivante des Romanov), imaginé par Don Bluth en 1997 : tout concourt à évoquer la Russie du début du XXe siècle. Et de fait, cette histoire policière et politique est aussi vive, mordante et glaciale qu'un hiver en Sibérie… Réchauffée tout de même par la très ardente Marie, mais pas toujours de façon pertinente. Une scène notamment est parfaitement saugrenue : Marie réalise un strip-tease face à son loup domestique pour lui montrer qu'elle n'est plus une gamine. Si c'est le passage obligé pour obtenir une place dans les très convoités albums promotionnels "Les filles de Soleil", nous accordons un bon 10/10 à Marie, qui franchit avec succès les éliminatoires sous les sifflements libidineux du jury. Incontestablement, Régis Penet dessine magnifiquement. D'un autre côté, sans les interventions de cette jeune héroïne de caractère, cet album serait bien terne. Car pour ce qui est de l'intrigue politique, tout progresse… à pas de loup.