de Hinako SUGIURA (Picquier Manga)
Rodolphe Töpffer, précurseur de la bande dessinée européenne, qualifiait ses propres œuvres de «littérature en estampes». L’expression est parfaite pour désigner Oreillers de laque, recueil de nouvelles parues dans la revue Garo au début des années 1980 et réalisées par Hinako Sugiura. Bien entendu, il s’agit ici d’estampes japonaises !
Pour évoquer les secrets d’alcôve des courtisanes de Yoshiwara (le quartier des plaisirs d’Edo, l’ancienne Tokyo) à l’époque des shoguns et des samouraïs, la dessinatrice a accompli un exercice de style consistant à donner vie aux estampes d’Utamaro. Avec un souci esthétique, une précision et un raffinement on ne peut plus japonais, Sugiura dessine ses personnages selon le style Ukiyo-e : visages allongés aux coiffures sophistiquées, silhouettes gracieuses, kimonos somptueux et ce qu’il faut de lascivité dans les attitudes pour séduire ce fils de bonne famille, pour consoler l’employé cherchant à oublier ses soucis de travail ou pour tenter d’obtenir un gage d’amour d’un célibataire fortuné mais hélas trop frivole.
Narration tirée à quatre épingles, comédie légère et dialogues finement ciselés accompagnent ces images qui, n’en déplaisent à Hokusai, n’ont rien de dérisoire.
