Les guerriers du silence T1, Philippe Ogaki et Algésiras d'après Pierre Bordage (Delcourt)

 

Les Scaythes d'Hyponéros, race capable de lire dans les esprits, viennent de redécouvrir la puissance de la "science inddique" originaire de la planète Terra Mater. Cette discipline leur accorde la capacité de tuer par la seule force de leur volonté. Effrayant ? Tout dépend si on est de leurs ennemis ou de leurs alliés. Pour l'heure, les Scaythes prêtent allégeance à la puissante et ambitieuse Eglise du Kreuz, qui pourrait grâce à ce soutien réussir à s'imposer comme religion officielle, obligatoire et unique dans toute la galaxie. C'est presque inéluctable, seuls les derniers maîtres de la science inddique sont susceptibles de faire obstacle aux rêves d'hégémonie des Kreuziens : Sri Mitsu, Sri Alexu ou le mystérieux Mahdi Seqoram…

Les guerriers du silence est un roman de Pierre Bordage en trois volumes, dans un registre de space opéra mâtiné de fantasy et de clins d'œil à Star Wars ou à Dune. Ici, pas de vaisseau spatiaux pour les voyages interplanétaires mais le DEREMAT, un procédé de voyage par dé- et re-matérialisation (en un seul mot : de téléportation)… Comme dans Terminator, le sytème est imparfait : seuls les corps sont transportés, les vêtements ne passent pas.

Cette saga compte donc beaucoup d'empreints et d'ingrédients familiers. Qu'on se rassure : leur agencement, les ambiances et de nombreux éléments inédits dissipent la crainte du déjà-vu. Seule une œuvre suffisamment originale pouvait rapporter à son auteur le Grand Prix de l'Imaginaire 1994 !

L'adaptation en BD est signée au scénario par Algésiras (auteur complète de Candélabres, dont on brûle de découvrir le tome 4) et au dessin par Phil Ogaki. C'est d'ailleurs la première BD de ce dernier. Soucieux d'assurer notre dépaysement, Ogaki a sorti le grand jeu graphique avec des décors spectaculaires et variés : cité ultramoderne sur Syracusa, station industrielle dégradée et mal entretenue sur Deux-Saisons et surtout une ville hybride, à la fois futuriste et chargée des traces de son histoire sur Point-Rouge.

Effet d'ambiance parfois pompeux du roman original, les néologismes ne sont pas toujours heureux. Si "chairmarché" remplace avantageusement "marché aux esclaves", "marchandhomme" pour signifier "esclave" n'apporte rien sauf de la confusion (spontanément, on comprend l'inverse). Dans la BD, certains mots exotiques ne sont pas toujours compréhensibles… Un lexique ou des notes en bas de page seraient appréciables !

Quatre tomes sont prévus pour l'adaptation du seul premier roman du cycle. Ouvrant le bal, Point-Rouge ne manque pas de qualités avec ses cadrages audacieux, une composition des planches très esthétique et une belle intensité narrative.