Le briographe

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Tag - Philippe Delaby

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vendredi 13 novembre 2009

Murena T7

Murena T7, Vie des feux de Jean Dufaux et Philippe Delaby
DARGAUD, 64 P. COULEUR, 11,50€

Précis jusqu’à la moindre fibule, Murena a relancé le péplum en BD, mais il propose plus que cela. Prenant prétexte d’une intrigue mettant en scène un patricien dont l’existence entière semble vouée à Némésis, déesse de la vengeance, les auteurs réalisent une biographie éclairante de l’empereur Néron, où le souci historique l’emporte pour une fois sur une tradition littéraire qui faisait de ce personnage une sorte d’artiste dément et mégalomane, en occultant son talent politique. Instructif et divertissant, Murena se révèle donc plus nutritif que panem et circenses.

mercredi 3 novembre 2004

Moriganes, La complainte des landes perdues T5

La complainte des landes perdues T5, par Jean Dufaux et Philippe Delaby (Dargaud)

 

De 1993 à 1998, Jean Dufaux et Grzegorz Rosinski réunissent leurs talents dans une saga Heroic Fantasy médiévale : La complainte des landes perdues, située sur une île remplie de créatures fantastiques et de magie profane. Rosinski y est en univers familier, l'époque et les décors ne sont pas très éloignés de ceux de Thorgal. La série dure quatre tomes, réédités sous forme d'une intégrale en 2002.

Mais tout n'était pas dit et Jean Dufaux brûlait de retourner aux racines de cet univers. Rosinski ne souhaitant pas se lancer dans un nouveau cycle, il fallait trouver un autre dessinateur. Le choix de Philippe Delaby s'est alors imposé comme une évidence : Dufaux et lui avaient déjà travaillé ensemble sur Murena, une série historique située à l'époque romaine antique.

Voici donc un album événement de l'automne 2004 : Jean Dufaux s'est replongé dans les landes perdues pour une nouvelle complainte qui cette fois chante les exploits des Chevaliers du Pardon, une caste de paladins armés de la puissance de leur foi et du tranchant de leurs épées. Contrairement à ce que peut laisser supposer la numérotation il ne s'agit pas d'une suite. Au contraire, nous voilà transportés quelques dizaines d'années avant la naissance de Sioban, à une époque où l'île d'Eruin Duléa vit sous la terreur provoquée une morigane puissante et maléfique, c'est-à-dire une sorcière capable de se changer à volonté en un énorme serpent. Il est urgent de mettre fin à ses agissements : la morigane se nourrit de chair humaine. Mais pour la combattre, il faut la pureté et la détermination d'un chevalier du Pardon. Le jeune Seamus, fraîchement adoubé par cet ordre, a été convoqué à participer à ce combat par le seigneur de guerre Sill Valt. Ce dernier prend néanmoins la précaution de consulter Mornoir, une sorcière emprisonnée douée du don de prophétie. Sa prédiction est pour le moins ambiguë : "Seamus sera l'épée, il sera la blessure. Mais qu'il prenne garde : lorsqu'il aimera, son reflet le trahira, vous trahira tous !". Quelque menaçante soit la seconde partie de la prophétie (limpide cependant pour ceux qui ont en mémoire le cycle de Sioban), Sill Valt l'occulte car il a la réponse à ses interrogations : Seamus est effectivement digne de l'accompagner. Le combat va pouvoir commencer. Il faut faire au plus vite, avant que la morigane ne commette l'irréparable…

Cette scène de la prophétie de la sorcière Mornoir est un bien curieux paradoxe dans le scénario de Dufaux (par ailleurs efficace et bien mené) : les chevaliers du pardon sont censés être les défenseurs armés de la chrétienté contre les adeptes du paganisme et de la sorcellerie. Pourtant, lorsque Sill Valt annonce à Seamus qu'il va consulter la sorcière Mornoir à son sujet, Seamus trouve tout à fait naturel de donner son sang pour faciliter cette démarche… Mais après tout, en ces temps désolés, les chevaliers du pardon sont confrontés quotidiennement au surnaturel et ont bien le droit de reconnaître sa puissance (tout en la désapprouvant).

Cet album étonne avant tout par la splendeur graphique déployée par Philippe Delaby. Le dessinateur a eu toute liberté de réaliser son travail en suivant son style propre, plutôt que de devoir imiter celui de Rosinski. Et Delaby n'a manifestement pas ménagé sa peine : en plus des dessins, il s'est occupé de la mise en couleurs car il avait des attentes très précises sur ce sujet. Son savoir-faire en couleurs directes produit un résultat éblouissant, irréprochable. Les vignettes ont un style très "illustration", sans cesser de préserver une part d'imagination pour que le lecteur puisse aussi s'approprier le récit. Après le cycle des chevaliers du pardon, Dufaux annonce déjà son intention de remonter plus loin encore dans le passé des landes perdues, avec un troisième cycle à l'apogée de la puissance des sorcières. Nous aurons donc encore d'autres bonnes occasions d'admirer le travail de Delaby.