Sans Pitié T1 par Pascal Génot, Bruno Pradelle et Olivier Thomas (Emmanuel Proust)

 

C'est la technique du pot à miel : les caïds de la mafia marseillaise jettent en pâture à la brigade des stups un trafiquant intermédiaire, emblématique car organisateur de rave parties en plus d'être un dealer. Grâce à ce leurre, tout ce que la région connaît de policiers intervient en pleine teuf pour saisir le matériel, contrôler les participants et arrêter les organisateurs. Pendant ce temps, un camion en provenance d'Espagne roule en toute tranquillité vers Marseille, avec à son bord une demie tonne de cocaïne… Ce plan machiavélique qui aurait pu se dérouler à la lettre, sans l'intervention inattendue d'un tueur méthodique et bien renseigné, visiblement résolu à semer la panique chez les maffieux…

Sans pitié est un polar particulièrement sombre, réaliste jusqu'au sordide dans un Marseille aux antipodes de sa représentation pittoresque et fantasmée à la Pagnol. Nous sommes à l'automne 2000 et même la nature est d'humeur apocalyptique. Les quartiers, fidèlement représentés par Olivier Thomas, portent les séquelles d'une inondation terrible qui vient de déferler sur la cité phocéenne. C'est un monde sale et ultra-violent qui est dépeint. Ici tout est addiction : le consommateur est dépendant de son dealer, qui ne pourrait interrompre son trafic sans risquer de se faire buter par son grossiste. Ajoutons à cela la corruption généralisée et les filles obligées de se prostituer pour leur dose… Seule concession à l'humour, un clin d'œil au film Pulp fiction au milieu de l'album qui heureusement ne dilue pas l'ambiance très noire de ce début fort réussi de trilogie criminelle.

Pour la suite, les auteurs semblent vouloir développer l'idée d'un prolongement clandestin et contemporain des luttes entre les ex-membres de l'OAS et du FLN… Une idée casse-gueule mais intéressante !