Le Bandit généreux, une épopée fleuve coréenne
Consacrée à un héros du patrimoine coréen, Le Bandit généreux est un récit-fleuve dans une Corée médiévale où des paysans se révoltent contre une noblesse corrompue et tyrannique.
Le
« Bandit généreux » : ce titre évoque irrésistiblement un
certain justicier anglais qui volait aux riches pour donner aux
pauvres. La comparaison n’est pourtant pas si évidente. Le dessinateur Lee
Doo Ho raconte en détails la vie de Lim Keok Jeong, héros coréen mythique. Au
cours des cinq premiers tomes de la saga (qui en comptera onze), Lim aurait
plutôt pour spécialité d’être un pauvre résigné à se laisser voler par les
riches, préférant courber l’échine plutôt que de se rebeller contre l’injustice
et la tyrannie. Et pourtant ! Lim est un Hercule, une véritable force de
la nature, probablement l’homme le plus fort de son époque. Cette puissance
naturelle est renforcée par un apprentissage patient du combat à l’épée auprès
d’un maître de l’Art. Lim a aussi été le disciple du Moine bavard, compagnie
qui n’a pas manqué de parfaire son éducation. Seulement… il a aussi eu la
malchance de naître dans une famille de Baekjeongs, c’est-à-dire des ouvriers
spécialisés dans l’abattage du bétail. La charge est héréditaire, et elle est
méprisée par toutes les autres catégories de population de la Corée médiévale.
En d’autres termes, Lim est un paria. Et quand bien même il repousse une
compagnie d’envahisseurs japonais à lui seul, sauvant un capitaine coréen d’une
mort certaine, il reçoit pour tout remerciement l’ordre de disparaître au plus
vite, tant il est honteux pour ledit officier d’avoir été sauvé par un être de
si peu de valeur.
Ce n’est qu’au tome 6 que Lim Keok Jeong, largement forcé par des circonstances fâcheuses, se résout à l’exil et devient chef des brigands de la vallée de la pierre bleue. Le destin est en marche, les Yangbans (les aristocrates coréens) ont intérêt à bien se tenir !
Rōnin des bois
Véritable équivalent coréen des histoires japonaises de Samouraïs ou de Rōnins, Le Bandit généreux brille par une exécution soignée, exempte de tout maniérisme. Lee Doo Ho, auteur culte dans son pays, a tout ce qu’il faut pour atteindre ce même statut dans nos frontières : un style graphique magnifique, à la lisibilité exemplaire et surtout, une inventivité narrative jamais démentie. Sur les plus de 3000 pages que comptent les six premiers tomes, on ne trouve pas un seul temps mort, pas une scène de moindre intérêt. Juste du plaisir de lecture, de la première à la dernière page. Voilà une saga ébouriffante et inoubliable, par les portraits truculents des protagonistes, et le panorama qu’elle dresse de la période historique concernée. Très clairement : un chef d’œuvre.

Soucieux de conquérir de nouveaux publics et de se démarquer
les uns des autres dans un environnement toujours plus concurrentiel, les
éditeurs de bande dessinée tentent des expériences. , en espérant inventer de
nouveaux concepts qui sauront séduire le public. Après tout, qui aurait parié,
il y a quinze ans, sur le succès de bandes dessinées publiées en noir et blanc,
au format poche et sur papier économique ?
Non sans prudence, les éditions Paquet se donnent le temps de
vérifier si le concept fonctionne économiquement. Avant de lancer d'autres
parutions, les performances commerciales des trois albums qui inaugurent le
label seront soigneusement analysées. Car à ce tarif, il est indispensable
d'être sur des logiques de volume. Surtout pour les auteurs, qui ont accepté de
participer aux risques en sacrifiant leurs avances sur droits, et dont les
revenus sont proportionnels au prix de vente.
