Le briographe

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jeudi 10 mai 2007

Serez-vous kapté par Tekap ?

 Soucieux de conquérir de nouveaux publics et de se démarquer les uns des autres dans un environnement toujours plus concurrentiel, les éditeurs de bande dessinée tentent des expériences. , en espérant inventer de nouveaux concepts qui sauront séduire le public. Après tout, qui aurait parié, il y a quinze ans, sur le succès de bandes dessinées publiées en noir et blanc, au format poche et sur papier économique ?

Après la collection NG de Soleil Production (assez vite abandonnée par l'éditeur toulonnais), et l'insuccès du concept de feuilletons au long cours Futuro32 (malgré un certain soutien critique), les éditions Pierre Paquet reprennent le flambeau. L'éditeur suisse, qui célèbre cette année ses dix ans, lance simultanément deux concepts différents pour les petits budgets : d'une part, la bande dessinée de création à bas prix, avec le label Tekap ; d'autre part le feuilleton BD à parution mensuelle et coût dérisoire, avec Cité 14 (Cf. Chronique).

Avec un façonnage classique (couverture cartonnée et format conventionnel), les albums TEKAP (un nom que les zorglhommes décrypteront facilement...) proposent de la bande dessinée jeunesse à prix très attractif : 5 euros par album.

Non sans prudence, les éditions Paquet se donnent le temps de vérifier si le concept fonctionne économiquement. Avant de lancer d'autres parutions, les performances commerciales des trois albums qui inaugurent le label seront soigneusement analysées. Car à ce tarif, il est indispensable d'être sur des logiques de volume. Surtout pour les auteurs, qui ont accepté de participer aux risques en sacrifiant leurs avances sur droits, et dont les revenus sont proportionnels au prix de vente.


Aventure fantastique qui lorgne du côté de la série B avec Indrani, d'Etienne Willem, conte comique adapté des frères Grimm, avec Frère Joyeux de Renaud Dillies ou histoire déjantée de pirates avec La tête de Wilson par Artur Laperla : dans un registre ludique et abordable, il y en a pour tous les goûts.

La fortune sourit aux audacieux, paraît-il... Serez-vous kapté par Tekap ?



Quelques questions à Pierre Paquet :

- Qu'est-ce qui vous motive à tenter l'aventure TEKAP ?
Pierre Paquet : Tekap est né d'une discussion avec des auteurs à Angoulême, sur nos lectures d'enfance. Très vite le prix des albums d'antan à refait surface et on s'est dit que cela serait vraiment sympa d'avoir des albums de qualité à bas prix ! A la fin du repas, les auteurs m'ont dit "Paquet t'es cap' de faire des prix bas ?"

- Pourquoi pensez-vous que TEKAP réussira là où Futuro32 a échoué ?
Ce n'est pas vraiment le même concept car il ne s'agit pas d'épisodes. En effet, seul l'album d'Artur Laperla est à suivre !

- Proposer de la BD de création à tarif réduit, comment est-ce possible ? Sur quoi faites-vous des économies ? Quel est le point d'équilibre des livres, en nombre d'exemplaires vendus ?
Je dois avouer très honnêtement que les 3 auteurs n'ont pas été gourmands en droits d'avance ! Du coup, nous espérons vendre aux alentours des 6500 exemplaires et si nous sommes en dessous des 5000 ex, c'est que nous nous sommes trompés sur l'attente du public !

- Quel est le calendrier prévisionnel de parutions de TEKAP ?
Comme il ne s'agit pas de séries, on attend de voir un peu les résultats!
Etienne Willem est déjà bien avancé sur son nouvel album, et Artur est très très rapide. Je travaille actuellement avec lui sur le story board. Donc les tomes suivants soit pour les fêtes, soit pour janvier 2008 !




En preview sur BDGest :
» Frère Joyeux de Renaud Dillies
» Indrani, le cercueil des souvenirs d'Etienne Willem»


A noter, Renaud Dillies, Artur Laperla et Etienne Willem entament, à partir du 10 mai, une tournée de dédicaces dans les librairies spécialisées, qui les amènera à Lille, Paris, Montpellier et Wavre. Tous les détails sur le site des éditions Paquet.

dimanche 6 février 2005

La perspective Nevski

par Tommy Redolfi, d'après Gogol (Paquet, coll. Blandice)

 

La perspective Nevski est la plus grande avenue de Saint-Pétersbourg. C'est aussi une nouvelle de Nikolaï Gogol, écrivain russe du 19e siècle. L'auteur y montre combien les apparences sont trompeuses en ville, en nous faisant suivre deux amis qui tombent amoureux au même instant de deux passantes. L'un idéalise une brune qu'il prend pour la Joconde, l'autre imagine que telle femme blonde est frivole... tous deux vont tragiquement déchanter. Tommy Redolfi, qui adapte cette nouvelle, a un dessin des plus étonnants. Ses personnages ont des têtes disproportionnées qui représentent un tiers de leur taille, une étrangeté qui donne une dimension fantastique à la nouvelle, comme si on assistait à un curieux théâtre de marionnettes.

jeudi 4 novembre 2004

Playground, Lincoln T3

Lincoln T3, par Olivier et Jérôme Jouvray (Paquet)

 

Même quand Dieu l'emmène en vacances sur une plage (évidemment) paradisiaque, Lincoln trouve le moyen de s'ennuyer et recommence à râler. Pour passer le temps, le cow-boy taquine le poisson au revolver (ça change de la dynamite du tome 1) et se saoule au Tropic Bar. Surprise : le nouveau barman est une vieille connaissance – le Diable, qui le défie à la vodka.

Le lendemain, Lincoln mérite plus que jamais son surnom "crâne de bois" : il a la gueule assortie. Dans la nuit, le Diable l'a transporté à New York, le terrain de jeux idéal pour rallier le cow-boy à sa cause : des centaines de banques et de boutiques à piller… D'ailleurs le braquage de la Trust Bank est déjà organisé. Jusqu'à présent, Lincoln s'était montré peu enclin à suivre la voie tracée par Dieu. Le Diable saura t-il séduire notre héros-malgré-lui ?

Heureusement que Dieu a accordé l'immortalité à Lincoln : ce troisième tome lui aurait été fatal. Car le scénariste peu charitable lui a multiplié les pains dans la tronche. Lincoln ne cesse de se prendre de copieuses roustes durant tout l'album. Dieu a parié que Lincoln finirait par trouver le bonheur… Il aurait mieux fait de retourner jouer aux dés (n'en déplaise à Einstein).

Avec un graphisme très "nouvelle BD", des réparties cinglantes et un personnage à l'opposé de l'archétype du cow-boy, les Jouvray Brothers réussissent une fois encore à créer la surprise dans ce western à l'envers. D'abord Lincoln tire comme un manche. Et puis un parcours d'Ouest en Est, à l'inverse de la course du soleil et à contresens de la colonisation américaine… On n'avait jamais vu ça. Mais comme Lincoln le dit à Dieu : "C'est fini l'époque des justiciers solitaires. On est au XXe siècle mon ami, faut évoluer…". Bienvenue dans les temps modernes !

 

vendredi 4 juin 2004

Cyan, Barcelona T1

Barcelona T1, par Kenny Ruiz (Paquet)

Cyan est une jeune Espagnole passionnée de photographie. Plutôt douée, elle aimerait vivre de sa passion, mais Grenade est une petite ville et n'offre que peu d'opportunités. Elle décide donc de monter à Barcelone, capitale de la Catalogne où naissent les nouvelles tendances, où tout paraît possible… pour s'y établir et y "chercher sa voie". Pendant le trajet, elle fait connaissance avec Jérôme, un éternel voyageur Français un peu magicien, un peu philosophe. C'est une nouvelle vie qui commence : Cyan doit s'adapter au rythme de la grande ville, trouver de nouveaux amis, courir les agences photos pour décrocher un job… surmonter le découragement qui la menace et trouver une réponse aux questions qu'elle se pose sur le sens de sa vie et la voie à suivre…

Avec cette nouvelle série lancée parallèlement à la saga Le chasseur d'éclairs, le jeune auteur catalan Kenny Ruiz change radicalement de style. Passant d'un univers de science-fiction apocalyptique au récit sensible et plein d'humour de la quête initiatique d'une jeune fille, il prouve qu'il possède plus d'une corde à son arc. Crédible, émouvante et intéressante, l'histoire de Cyan montre combien il est difficile pour un débutant de faire valoir ses talents dans les milieux artistiques, a fortiori pour les jeunes femmes qui doivent, en plus des autres obstacles, subir les réflexions machistes et les propositions indécentes. Entre autres problèmes à surmonter, la crise du logement à Barcelone oblige les jeunes à vivre en collocation : cela donne des scènes assez réjouissantes qui évoquent irrésistiblement le film de Klapish L'auberge espagnole.

Kenny a travaillé en "studio espagnol", avec différents amis rencontrés sur les bancs de son école de bande dessinée. Solá s'est chargé des encrages, Lucia et Mazi de la mise en couleurs ; Anna Villalba a participé la création des personnages. Résultat : un album impeccablement raconté, avec un dessin accrocheur.