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« Culture manga » pointe notamment le fait que
le manga, contrairement à ses homologues occidentaux, ne souffre pas d'un
complexe d'infériorité par rapport aux autres arts. Une des hypothèses de ce
"meilleur statut" tient au goût immémorial des Japonais pour le dessin, qui
s'explique peut-être par le fait que l'écriture japonaise elle-même est
dessinée : elle est donc à la fois à lire et à contempler, comme la bande
dessinée peut l'être. Dans les cultures occidentales, l'Art officiel n'a
longtemps éprouvé pour la bande dessinée que de l'ignorance ou, au mieux, de la
dérision. Dans le cas du Pop Art, la référence à la BD est avant tout
le moyen d'exprimer la futilité des choses ou de blâmer leur industrialisation.
Au contraire, de nombreux artistes et plasticiens japonais, comme
Takashi
Murakami ou Akino
Kondoh, voient dans le manga une sorte d'art idéal et un modèle
esthétique, ce que Fabien Tillon analyse dans un chapitre consacré au «
Mang'Art ». |
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La part éditoriale du manga n'a pas
cessé de croître au cours des dernières années. A quel équilibre penses-tu que
nous arriverons à terme sur le marché français ? |
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1- jamais l'intérêt dans les années 60 à 80 pour les comics de super-héros américains et les petits formats (Swing, Akim, Zembla, etc) n'a été une vraie menace pour la BD franco-belge, qui a continué à développer ses traits propres : préférence marquée pour l'approche graphique, développement de la BD adulte et du roman graphique, des expériences novatrices, etc. C'est vrai que les comics de super-héros et les petits formats n'ont jamais autant vendu que les mangas aujourd'hui, mais peut-être est-ce aussi parce qu'à l'époque ces BD populaires étaient vraiment considérées comme la lie de la culture, alors qu'aujourd'hui le manga jouit d'une plus grande reconnaissance même si elle a été difficilement acquise. 2 - l'apport d'une tradition étrangère a
toujours été bénéfique à la BD européenne : Morris s'inspire de Walt Disney
pour créer Lucky Luke, Goscinny se forme à son métier dans les
ateliers de BD de New York, Moebius, Mézières, une grande partie de la
génération "SF/Rock" des années 1970-80 a été nourrie aux graphismes de Kubert
ou de Corben, Crumb est une influence déterminante pour la génération des
auteurs indépendants actuels...
Pour beaucoup, le terme "Manga" est une appellation d'origine, synonyme de "bande dessinée japonaise". La notion de "culture manga" que tu développes dans ton livre, veut au contraire montrer que le manga est une notion qui dépasse à la fois les frontières du Japon et le domaine de la bande dessinée... Peux-tu expliquer l'origine de cette réflexion ? |
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C'est une simple constatation : le manga est le coeur battant et le moteur d'une culture populaire qui dépasse allégrement les frontières de la seule bande dessinée (et les frontières nationales et culturelles par la même occasion). La "culture manga", comme je l'appelle, c'est originellement la bande dessinée qui l'a nourrie, mais il n'y a qu'à jeter un oeil sur notre monde pour voir tout ce qui brille autour et posséde son éclat propre. Le phénomène du Cosplay est à cet égard très intéressant : de nombreux cosplayers s'intéressent peu à la bande dessinée en tant que telle, voire pas du tout !... Nombre d'entre eux ne lisent pas de mangas, ne voient pas d'anime. Mais il y a un style, à la fois enfantin et sexy, théatral et moderniste, modeste et narcissique : le style créé par le manga. |
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Ce style plaît, il y a quelque chose en lui qui
parle à notre modernité, qui est en phase avec notre besoin de fête, de
carnaval, de mélange entre réalité et fiction - mêlange fantasmatique dont les
jeux vidéos sont une autre incarnation... Au festival Game in Paris, où
l'association Clan Takeda avait eu la gentillesse de m'inviter, j'ai eu
l'occasion de discuter avec deux filles faisant du cosplay. L'une était
chimiste, et toutes deux ne lisaient pas de BD mais elles dépensaient pas mal
d'argent et de temps à se fabriquer des costumes fabuleux, le week end... Nous
sommes frustrés de rêve, de conquête des étoiles, de mythologies politiques et
de lendemains qui chantent... - Quoi de plus normal que les gens aient un
besoin vital de rêver "concrètement" ?... Pour en revenir à la culture manga,
il me semble qu'il s'agit là d'une mythologie populaire extrêmement puissante,
qui signale dès à présent la place centrale que prend l'Asie dans la culture
mondiale et qui est la seule mythologie populaire vraiment nouvelle et vraiment
féconde de ce début de siècle. Ce qui change pas mal de perspectives pour le
futur, y compris géopolitiquement, je crois. La culture populaire mondialisée
sera beaucoup moins américaine dans ce siècle, c'est certain. Toute la question
est de savoir qui saura imposer sa longueur d'avance : la créativité japonaise
ou les gros rouleaux compresseurs chinois et indien ? |
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Les Humanos ont lancé en octobre 2006
Shogun Magazine, un magazine de "mangas français". Qu'en as-tu pensé
? |
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