Le briographe

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Tag - Mosquito

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lundi 2 mai 2005

Travaux

par Alessandro Baggi (Mosquito)

 

Alors qu'il s'apprête à retourner enfin au travail après un long congé maladie, un homme est réveillé par le bruit d'un chantier qui démarre. En pleine nuit, des ouvriers montent un échafaudage autour de son immeuble, dans un bruit assourdissant. Malgré ses protestations, le travail continue et avance vite. Au petit matin, l'échafaudage est achevé et le palier de notre homme a été détruit, ce qui l'empêche de sortir de son logement. Personne pour lui expliquer le pourquoi de ces travaux : il n'avait qu'à assister à la dernière réunion des copropriétaires, c'est là que tout s'est décidé. Eh oui, les absents ont toujours tort ! >?xml:namespace prefix =" ""o" ns =" ""urn:schemas-microsoft-com:office:office" /?<

La présence tout autour de l'immeuble d'un réseau d'échafaudages rappelle furtivement La fièvre d'Urbicande pour aussitôt s'en éloigner : dans le livre de Peeters et Schuiten les travées étaient libératrices, ici c'est tout l'inverse. Nous suivons un héros isolé, tourmenté par des volontés supérieures incompréhensibles, finissant par ne plus distinguer cauchemars et réalité…

Pour le lecteur qui n'aurait pas encore saisi l'allusion, Alessandro Baggi a placé dans la chambre de son héros deux portraits d'un homme en chapeau melon, de chaque coté d'un tableau représentant un cafard géant, avec en premier plan une pile de bouquins signés Kafka (comme ça c'est clair), Beckett, Giacometti, Poe, Buzzati. Peut-être l'auteur s'amuse t-il à expliquer ce qui est évident pour mieux dissimuler ce qui ne l'est pas, comme la présence dans la chambre du personnage d'une poupée transpercée d'une épingle.

A ces éléments troublants, vient s'ajouter une utilisation très particulière des trames. Un mélange déroutant de lignes, de points et de quadrillages accentue la dimension fantastique du récit, exprimé dans un noir et blanc superbe et conservant malgré cela une fluidité de lecture remarquable. A lire en écoutant, si on souhaite, Pink Floyd - The Wall.

 

vendredi 7 mai 2004

Le Golem, Contes et récits fantastiques T2

Contes et récits fantastiques T2, par Dino Battaglia (Mosquito)

Dino Battaglia (1923-1983) a commencé sa carrière d'auteur de BD et d'illustrateur peu après la seconde guerre mondiale en compagnie d'Hugo Pratt. Contrairement à ce dernier, il ne souhaitait pas mettre en scène un héros récurrent. Féru de littérature, il préférait puiser dans ses lectures l'inspiration de ses planches, se faisant aussi pour spécialité l’adaptation en bandes dessinées d’œuvres de Lovecraft, Maupassant, Rabelais, Stevenson et bien d’autres. Le golem regroupe six nouvelles inspirées ou adaptées de la littérature fantastique, publiées originellement entre 1969 et 1974 dans la revue italienne Linus et reprises en France dans Pilote : nous y découvrons des personnages qui négocient avec le diable en personne, un compagnon du Moyen Age assassin de son maître et entraîné dans une danse macabre, un rabbin érudit du ghetto de Prague qui prête vie au Golem (une créature muette et incontrôlable, à la source du Frankenstein de Mary Shelley). Tout cela se prolonge par les troublantes confessions du pauvre docteur Jekyll et par un hommage à Lovecraft où l’épouvante n’est pas incompatible avec une bonne dose d’humour noir !

Précurseur du roman graphique, Battaglia propose des découpages audacieux où les cases sont plus suggérées que réellement délimitées. Mais ce qui emporte l’adhésion est surtout sa technique virtuose du noir et blanc, son expertise des textures charbonneuses et des effets de fumée ou de brouillard. Souvent les personnages se découpent dans un blanc immaculé sur un fond de cendre, ce qui leur donne un aspect fantomatique, voire spectral des plus saisissants. Tout cela est très moderne. A l’image de la comtesse Lucida qui dans Le pacte troque son âme contre cinquante ans de beauté et de jeunesse immuables, le style de Battaglia est élégant et captivant… Trente ans après leur création, ces planches n’ont pas pris une ride !