par Alessandro Baggi (Mosquito)
Alors qu'il s'apprête à retourner enfin au travail après un long congé maladie, un homme est réveillé par le bruit d'un chantier qui démarre. En pleine nuit, des ouvriers montent un échafaudage autour de son immeuble, dans un bruit assourdissant. Malgré ses protestations, le travail continue et avance vite. Au petit matin, l'échafaudage est achevé et le palier de notre homme a été détruit, ce qui l'empêche de sortir de son logement. Personne pour lui expliquer le pourquoi de ces travaux : il n'avait qu'à assister à la dernière réunion des copropriétaires, c'est là que tout s'est décidé. Eh oui, les absents ont toujours tort ! >?xml:namespace prefix =" ""o" ns =" ""urn:schemas-microsoft-com:office:office" /?<
La présence tout autour de l'immeuble d'un réseau d'échafaudages rappelle furtivement La fièvre d'Urbicande pour aussitôt s'en éloigner : dans le livre de Peeters et Schuiten les travées étaient libératrices, ici c'est tout l'inverse. Nous suivons un héros isolé, tourmenté par des volontés supérieures incompréhensibles, finissant par ne plus distinguer cauchemars et réalité…
Pour le lecteur qui n'aurait pas encore saisi l'allusion, Alessandro Baggi a placé dans la chambre de son héros deux portraits d'un homme en chapeau melon, de chaque coté d'un tableau représentant un cafard géant, avec en premier plan une pile de bouquins signés Kafka (comme ça c'est clair), Beckett, Giacometti, Poe, Buzzati. Peut-être l'auteur s'amuse t-il à expliquer ce qui est évident pour mieux dissimuler ce qui ne l'est pas, comme la présence dans la chambre du personnage d'une poupée transpercée d'une épingle.
A ces éléments troublants, vient s'ajouter une utilisation très particulière des trames. Un mélange déroutant de lignes, de points et de quadrillages accentue la dimension fantastique du récit, exprimé dans un noir et blanc superbe et conservant malgré cela une fluidité de lecture remarquable. A lire en écoutant, si on souhaite, Pink Floyd - The Wall.
