Le briographe

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mercredi 11 janvier 2012

Game Over T7 : Only for your eyes

Kid Paddle et ses copains se lancent dans le premier week-end « pyjama et jeux vidéo », le petit barbare va donc reprendre du service et connaître mille et une agonies muettes et hilarantes. Deux nouveautés sont à l’ordre du jour : tout d’abord, un certain nombre de gags sont sur deux pages au lieu d’une – et on est plutôt surpris que le game ne soit pas systématiquement over en bas de page. Et des relations affectueuses inédites entre le barbare et sa princesse, une des séquences étant tout à fait digne de Roméo et Juliette. Saluons surtout cette audacieuse couverture noire, où la menace blork est tracée en vernis sélectifs… Flippant et classe à la fois.

jeudi 1 septembre 2011

Interview Midam, pour Kid Paddle T12, Panik room

Kid Paddle T12 dans les starting Blorks !

 

Avec un tirage de 450 000 exemplaires, le tome 12 de Kid Paddle fait partie des plus grosses sorties de la rentrée. Sa particularité, c’est d’être édité par une structure indépendante, MAD Fabrik, créée en 2009 par l’auteur et consacrée aux univers de Midam. Deux tomes de Game Over et un album éducatif de GRRReeny, le tigre écolo, ont permis de rôder la machine. Reste à la voir tourner à plein régime.

 

 

Panik room est le premier Kid Paddle édité par Mad Fabrik. Qu’est-ce qui vous a fait quitter Dupuis, votre éditeur historique ?

Midam : À l’époque de la renégociation de mon contrat, Dupuis m’avait fait une proposition moins bonne que la précédente, qui datait de 2000 ! J’ai compris qu’il était temps que j’aille voir ailleurs. Je ne suis pas le premier : de nombreux auteurs de Dupuis pour la jeunesse ont quitté cet éditeur.  Franquin, Peyo, Roba, Morris… tous ceux qui ont fait la BD franco-belge d’humour sont partis. Je ne crois pas que ce soit une coïncidence. À partir du moment où un éditeur dispose d’un fond éditorial énorme, il tend à se reposer sur ses lauriers et à négliger les demandes des auteurs, qui concernent bien entendu leurs nouveaux albums. Parce que même si l’auteur part faire éditer ses nouveautés ailleurs, de toute façon l’ensemble du fond, chez l’éditeur historique, va être valorisé par chaque nouveauté.

 

Vous avez pris contact avec d’autres éditeurs ?

Avec Adam, nous avons fait un album chez Soleil : Harding was here. L’expérience n’a pas été très positive et Mourad Boudjellal m’a dit qu’il n’avait pas envie qu’on fasse un second tome. J’ai discuté avec Jacques Glénat, qui a fait une bonne proposition… mais chez les éditeurs, il y a toujours des univers prioritaires. Un effort est fait sur un personnage une année donnée, mais à l’album suivant, l’éditeur préfère soutenir une autre série. À partir du moment où mes collègues auteurs me sont présentés comme des concurrents, c’est qu’il est temps de sortir du système.

 

Finalement, vous avez donc choisi l’autoédition…

La création de MAD Fabrik me permet de mettre en pratique une vision plus aérée. Je fais un album et je l’accompagne. Je peux ne pas me mettre directement sur le travail autour du prochain tome, si je préfère me consacrer un moment aux licences, ou inventer un gadget. Quand je travaillais chez un éditeur, on ne me laissait jamais proposer d’idées hors-BD. Pourtant, il est possible de mettre autant de créativité dans une boîte de céréales que dans une planche de BD.

 

Les albums de Game Over paraissent à un rythme plus rapproché que ceux de Kid Paddle. Pourquoi ?

Pour Game Over, je me suis entouré de scénaristes et d’un assistant pour le dessin, Adam. Je me contente de superviser l’ensemble. Ce système n’est pas transposable à Kid Paddle. La série est trop personnelle pour que je puisse être content du travail d’un autre. En quinze ans un certain nombre de confrères talentueux m’ont proposé des idées de scénario. Je n’en ai accepté que de très rares, car les propositions ne me semblaient jamais totalement dans l’esprit de Kid Paddle. Je n’ai pas beaucoup d’idées d’avance, et je ne veux pas m’astreindre à réaliser un scénario par an, car cela m’obligerait à laisser passer des gags de qualité moyenne.

 

C’est pourtant un rythme qui a longtemps été le vôtre !

J’ai tenu huit ans, jusqu’au huitième album. Puis je n’y suis plus arrivé. L’obligation de trouver un gag pour le lundi suivant, c’est quelque chose de formateur, mais c’est aussi un stress, une angoisse. Tout dépend bien sûr de la hauteur à laquelle vous placez la barre de votre contentement. Certains auteurs sont vite contents, et peuvent faire trois ou quatre gags par semaine. Pour ma part je n’ai jamais réussi à me satisfaire de grosses ficelles. Donc je prends mon temps. Ce qui ne signifie pas que je ne me donne pas d’échéance. Nous avons d’ailleurs déjà fixé la date de sortie du prochain tome. Nous avons trouvé un vendredi 13 en septembre 2013. Comme Kid Paddle aime les films d’horreur, ce sera donc la date de sortie du tome 13.

 

Le tome 12 se distingue par la présence inhabituelle de gags avec des filles… Kid évolue ?

Contrairement à une conviction que j’avais au début de la série, j’ai senti qu’il était finalement possible que Kid soit confronté à des filles. Mais à condition que ce soit à sens unique. Ce qui me parait amusant, c’est de jouer sur un quiproquo. On peut imaginer qu’une petite fille soit intéressée par Kid Paddle, mais lui ne s’en rend pas du tout compte, il s’en fiche complètement. Cela permet d’ajouter un élément sans déformer l’univers et sans faire mentir la bible de départ.

 

Diriez-vous que Kid Paddle est une série plutôt destinée aux garçons ?

C’est ce que j’imaginais, mais c’est contredit par le public qui vient en dédicace : il y a autant de filles que de garçons. Apparemment, les filles aiment beaucoup Horace. Peut-être à cause de son côté naïf. Il y aurait peut-être matière à faire un spin-off consacré à Horace, si j’avais la bonne idée de départ. Il y a bien longtemps, j’avais imaginé faire un album sur Rikiki le canard, qui est son jouet préféré. On ne sait pas grand-chose de ce jouet, mais on se doute que son univers est tout petit et un peu ridicule...

 

Quand on s’adresse à des enfants, y a-t-il une angoisse à ne pas réussir à passer d’une génération à l’autre ?

C’est une question fondamentale. L’humour évolue, ce qui fait rire aujourd’hui ne fera peut-être pas rire demain. Pour donner toutes les chances à mon personnage, je lui donne un univers qui lui est complètement personnel. Par exemple, peu importe qu’il n’ait pas une télévision qui ressemble aux TV de 2011, qui sont toutes plates. Parce que si je commence à dessiner des TV de 2011, en 2014, la série sera complètement has been. Il en va de même pour tous les objets, téléphones, consoles ou bornes d’arcade qui n’existent que dans cet univers parallèle au nôtre qui est celui de la série. Je suis convaincu qu’il serait fatal d’essayer de moderniser l’univers en essayant de se rapprocher de la mode et des designs actuels. J’essaie d’être intemporel et de marquer le moins possible les décors, pour cette raison.

 

 

PS : le titre fait bien entendu référence aux « Blorks », créatures monstrueuses qui pullulent dans les jeux vidéos favoris de Kid Paddle, et même dans sa chambre (sous forme de figurines).

vendredi 4 juillet 2008

Harding was here

Harding was here, par Adam et Midam (Soleil Quadrants)

Après 450 gags de Kid Paddle, et deux albums de la série dérivée Game Over, Midam ressentait le besoin de changer un peu d’atmosphère, de briser la routine et de se mettre en danger en tentant quelque chose de très différent. Mû parallèlement par la volonté de mettre en valeur le trait semi-réaliste de son assistant Adam (à qui il a pourtant fallu deux ans de travail pour dessiner à la manière de Midam, dans le cadre de la série Game Over), voici Harding was here !, un projet qui (comme Game Over) repose sur les multiples répétitions d’un concept original et déclinable à merci.

 

Tout commence lorsque le riche et génial professeur Harding développe une machine à voyager dans le temps. Alléché par un article qui annonce le niveau record de mise en vente d'une toile de Van Gogh, il décide, pour expérimenter sa machine, de contacter le peintre directement, en lui proposant d'acheter cette toile. Mais négocier avec quelqu’un d’aussi imprévisible que Van Gogh s’avère n’être pas de tout repos…

Le sujet de départ, d’une certaine façon, est assez proche de celui de la série Timoléon, créée en 1974  par Fred et Alexis, et dont le slogan était : «Ils voyagent dans le temps pour de l’argent».  Mais il y a tout de même une différence de poids : Harding est plus excentrique que vénal, et surtout, il est déjà riche. Rapidement, sa motivation est donc moins de rapporter une toile susceptible de consolider sa fortune, que de peser sur la vie ou les œuvres de différents peintres.

Harding was here réussit à concilier à la fois une documentation rigoureuse (références à la folie autodestructrice de Van Gogh, aux soucis d’argent de Rembrandt…) et les péripéties les plus loufoques. Chaque chapitre est la rencontre avec un artiste, autour d’une œuvre qui présente des caractéristiques étonnantes, inexpliquées à ce jour par l’histoire de l’Art. Le jeu de Midam consiste à proposer une explication qui ne contredit pas la réalité historique du tableau, tout en faisant intervenir Harding. Le professeur, dans un premier temps, subit les dérèglements de la réalité que ses voyages dans le temps engendrent. Mais rapidement il en prend son parti, et s’amuse même à mesurer l’impact de sa présence ou des conseils qu’il livre aux artistes, sur les biographies des peintres. Sans avoir de visée éducative, cette série parvient tout de même à promouvoir les peintres et l’histoire de la peinture, les esprits curieux approfondiront s’ils le souhaitent.  Une vraie réussite, parfaitement servie par le trait d’Adam et les couleurs de Jérôme Maffre, et un premier tome qui s’achève sur un cliffhanger particulièrement critique.