Kid Paddle T12 dans les starting
Blorks !
Avec un tirage de 450 000
exemplaires, le tome 12 de Kid Paddle fait partie des plus grosses
sorties de la rentrée. Sa particularité, c’est d’être édité par une structure
indépendante, MAD Fabrik, créée en 2009 par l’auteur et consacrée aux univers
de Midam. Deux tomes de Game Over et un album éducatif de GRRReeny, le
tigre écolo, ont permis de rôder la machine. Reste à la voir tourner à plein
régime.
Panik room
est le premier Kid Paddle édité par Mad Fabrik. Qu’est-ce qui vous a
fait quitter Dupuis, votre éditeur historique ?
Midam : À l’époque de la
renégociation de mon contrat, Dupuis m’avait fait une proposition moins bonne
que la précédente, qui datait de 2000 ! J’ai compris qu’il était temps que
j’aille voir ailleurs. Je ne suis pas le premier : de nombreux auteurs de
Dupuis pour la jeunesse ont quitté cet éditeur. Franquin, Peyo, Roba,
Morris… tous ceux qui ont fait la BD franco-belge d’humour sont partis. Je ne
crois pas que ce soit une coïncidence. À partir du moment où un éditeur dispose
d’un fond éditorial énorme, il tend à se reposer sur ses lauriers et à négliger
les demandes des auteurs, qui concernent bien entendu leurs nouveaux albums.
Parce que même si l’auteur part faire éditer ses nouveautés ailleurs, de toute
façon l’ensemble du fond, chez l’éditeur historique, va être valorisé par
chaque nouveauté.
Vous avez pris
contact avec d’autres éditeurs ?
Avec Adam, nous avons fait un
album chez Soleil : Harding was here. L’expérience n’a pas été
très positive et Mourad Boudjellal m’a dit qu’il n’avait pas envie qu’on fasse
un second tome. J’ai discuté avec Jacques Glénat, qui a fait une bonne
proposition… mais chez les éditeurs, il y a toujours des univers prioritaires.
Un effort est fait sur un personnage une année donnée, mais à l’album suivant,
l’éditeur préfère soutenir une autre série. À partir du moment où mes collègues
auteurs me sont présentés comme des concurrents, c’est qu’il est temps de
sortir du système.
Finalement, vous avez
donc choisi l’autoédition…
La création de MAD Fabrik me
permet de mettre en pratique une vision plus aérée. Je fais un album et je
l’accompagne. Je peux ne pas me mettre directement sur le travail autour du
prochain tome, si je préfère me consacrer un moment aux licences, ou inventer
un gadget. Quand je travaillais chez un éditeur, on ne me laissait jamais
proposer d’idées hors-BD. Pourtant, il est possible de mettre autant de
créativité dans une boîte de céréales que dans une planche de BD.
Les albums de
Game Over paraissent à un rythme plus rapproché que ceux de Kid
Paddle. Pourquoi ?
Pour Game Over, je
me suis entouré de scénaristes et d’un assistant pour le dessin, Adam. Je me
contente de superviser l’ensemble. Ce système n’est pas transposable à Kid
Paddle. La série est trop personnelle pour que je puisse être content du
travail d’un autre. En quinze ans un certain nombre de confrères talentueux
m’ont proposé des idées de scénario. Je n’en ai accepté que de très rares, car
les propositions ne me semblaient jamais totalement dans l’esprit de Kid
Paddle. Je n’ai pas beaucoup d’idées d’avance, et je ne veux pas
m’astreindre à réaliser un scénario par an, car cela m’obligerait à laisser
passer des gags de qualité moyenne.
C’est pourtant un
rythme qui a longtemps été le vôtre !
J’ai tenu huit ans, jusqu’au
huitième album. Puis je n’y suis plus arrivé. L’obligation de trouver un gag
pour le lundi suivant, c’est quelque chose de formateur, mais c’est aussi un
stress, une angoisse. Tout dépend bien sûr de la hauteur à laquelle vous placez
la barre de votre contentement. Certains auteurs sont vite contents, et peuvent
faire trois ou quatre gags par semaine. Pour ma part je n’ai jamais réussi à me
satisfaire de grosses ficelles. Donc je prends mon temps. Ce qui ne signifie
pas que je ne me donne pas d’échéance. Nous avons d’ailleurs déjà fixé la date
de sortie du prochain tome. Nous avons trouvé un vendredi 13 en septembre 2013.
Comme Kid Paddle aime les films d’horreur, ce sera donc la date de sortie du
tome 13.
Le tome 12 se
distingue par la présence inhabituelle de gags avec des filles… Kid
évolue ?
Contrairement à une
conviction que j’avais au début de la série, j’ai senti qu’il était finalement
possible que Kid soit confronté à des filles. Mais à condition que ce soit à
sens unique. Ce qui me parait amusant, c’est de jouer sur un quiproquo. On peut
imaginer qu’une petite fille soit intéressée par Kid Paddle, mais lui ne s’en
rend pas du tout compte, il s’en fiche complètement. Cela permet d’ajouter un
élément sans déformer l’univers et sans faire mentir la bible de départ.
Diriez-vous que
Kid Paddle est une série plutôt destinée aux
garçons ?
C’est ce que j’imaginais,
mais c’est contredit par le public qui vient en dédicace : il y a autant
de filles que de garçons. Apparemment, les filles aiment beaucoup Horace.
Peut-être à cause de son côté naïf. Il y aurait peut-être matière à faire un
spin-off consacré à Horace, si j’avais la bonne idée de départ. Il y a bien
longtemps, j’avais imaginé faire un album sur Rikiki le canard, qui est son
jouet préféré. On ne sait pas grand-chose de ce jouet, mais on se doute que son
univers est tout petit et un peu ridicule...
Quand on s’adresse à
des enfants, y a-t-il une angoisse à ne pas réussir à passer d’une génération à
l’autre ?
C’est une question
fondamentale. L’humour évolue, ce qui fait rire aujourd’hui ne fera peut-être
pas rire demain. Pour donner toutes les chances à mon personnage, je lui donne
un univers qui lui est complètement personnel. Par exemple, peu importe qu’il
n’ait pas une télévision qui ressemble aux TV de 2011, qui sont toutes plates.
Parce que si je commence à dessiner des TV de 2011, en 2014, la série sera
complètement has been. Il en va de même pour tous les objets,
téléphones, consoles ou bornes d’arcade qui n’existent que dans cet univers
parallèle au nôtre qui est celui de la série. Je suis convaincu qu’il serait
fatal d’essayer de moderniser l’univers en essayant de se rapprocher de la mode
et des designs actuels. J’essaie d’être intemporel et de marquer le moins
possible les décors, pour cette raison.
PS : le titre fait bien entendu référence aux « Blorks »,
créatures monstrueuses qui pullulent dans les jeux vidéos favoris de Kid
Paddle, et même dans sa chambre (sous forme de figurines).