Le briographe

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Tag - Mathieu Gabella

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mardi 3 mai 2005

Pour toi, public, Idoles T1

Idoles T1, par Mathieu Gabella et Emem (Delcourt)

 

Plutôt flippant, le futur dans lequel Emem et Gabella nous transportent ! La France est désormais aux mains d'un régime d'aboyeurs extrémistes et paranoïaques. L'émission TV la plus populaire est le security show Le vétéran, dans lequel un flic hors d'âge rend une justice expéditive en direct des quartiers chauds, à la manière du Judge Dredd. Il a perdu foi en sa mission mais, dépressif, il continue dans l'espoir d'en finir avec la vie.

Ailleurs, des scientifiques mènent des expériences pour transformer des gens ordinaires en super-héros et en faire des machines de guerre. Comme le Docteur Jekyll, ils ont inventé un sérum qui leur permet d'activer à volonté un corps de mutant dans celui d'hôtes tout à fait normaux. Enfin, pas tout à fait "à volonté". Tout cela en est encore au stade expérimental. Tant pis, on peaufinera en grandeur nature dans un nouveau programme TV : Idoles. Le plus important, c'est que les militaires qui financent toutes ces expériences et qui assistent à la démonstration soient emballés !

Les deux récits évoluent de façon parallèle ; sans doute se croiseront-ils prochainement. Pour l'heure ce n'est pas le cas, mais nous découvrons toute une galerie de mutants plus étonnants les uns que les autres : un enfant à demi invisible, un singe télépathe, une femme requin… Le thème est assez proche de celui des X-Men, avec un traitement plus réaliste et surtout avec un discours moins émerveillé. Ce n'est plus Dame Nature qui dispense des dons fabuleux et rigolos, mais des scientifiques qui tâtonnent au petit bonheur la chance… leurs créatures sont des super-héros à la française : à petit budget (leurs pouvoirs sont bien peu convaincants) mais avec de très gros problèmes psychologiques. Chacun y va de ses doutes, ses aspirations, ses états d'âme et ses conflits intérieurs… En un mot, les futures "idoles" inspirent la pitié plutôt que l'admiration. Difficile d'anticiper la direction où les auteurs veulent emmener leur récit. C'est en tout cas suffisamment intrigant pour nous donner envie de le découvrir !

 

mercredi 6 avril 2005

Les mesures du temps

par Anthony Audibert et Mathieu Gabella (Petit à petit)

 

Dans le grenier de la demeure de familiale, Benjamin Kergalec a trouvé un vieux cahier de poésies de la main de son père et une horloge qui, sans avoir été remontée depuis plusieurs années, continue d'égrener les secondes. De nos jours, cela n'a rien d'étonnant… mais en cette fin de 19e siècle, c'est loin d'être anodin ! Le jeune homme enfourne tout cela dans sa valise et retourne à Paris. Bientôt, il découvre que l'horloge a la faculté d'arrêter le temps… Quand il l'actionne, tout se fige autour de lui. Une sorte de brume sépia envahit le monde et lui-même devient auréolé d'un halo lumineux. Tout serait idéal et riche en possibilités épiques, si Benjamin était seul à conserver sa liberté de mouvement pendant la "stase", c'est-à-dire quand le temps est arrêté. D'autres personnes, hélas, échappent à l'influence de l'horloge… et notamment toute une bande de malfrats bien décidés à s'emparer du précieux instrument ! >?xml:namespace prefix =" ""o" ns =" ""urn:schemas-microsoft-com:office:office" /?<

Si nous pouvions arrêter le temps et le relancer aussi facilement qu'on déclenche un chronomètre ou qu'on met un film en pause, que ferions-nous de cette extraordinaire faculté ? Cette idée séduisante a inspiré de nombreux auteurs de fiction. Plusieurs épisodes de la série fantastique The Twilight Zone (La quatrième dimension) ont expérimenté ce sujet. Le premier film Matrix a relancé l'idée d'un temps manipulable, simple équation dans un monde virtuel. La bande dessinée n'est pas en reste : dans leur série Phenomenum (deux tomes parus chez Glénat), Jérémie Kaminka et Marc Védrines explorent les conséquences logiques qu'une telle faculté pourrait avoir sur son détenteur, dans le monde contemporain.

Les mesures du temps se distingue de toutes ces approches par le fait qu'arrêter le temps ne constitue plus une trêve ou un refuge pour la personne qui en est capable. Au contraire, cela initie des des séquences pendant lesquelles les personnes immunisées contre la stase s'affrontent sans pitié.

Tout cela compose un album sympathique, agréablement mis en images par Anthony Audibert, dans un trait contemporain assez lâché et une mise en couleur où les nuances ocres et brunes dominent. Le dernier tiers de l'album est spécialement enthousiasmant. Mathieu Gabella y enchaîne les retournements de situations et les révélations rocambolesques à une vitesse impressionnante. Jusqu'à la dernière planche on est maintenu en haleine. Point d'orgue de tout cela, un clin d'œil facétieux aux fins d'épisodes à la Scoubidou, offre au lecteur une dernière respiration avant la l'ultime dénouement, grandiose.