Histoire belge...

Quatre-vingts ans après Hergé, Maryse et Jean-François Charles rouvrent le dossier  Congo, et avec lui, celui de la fortune mal acquise du roi Léopold II.


À la fin du 19e siècle, Paul, un jeune séminariste belge se rend au Congo. Il part à la recherche de son père, établi en Afrique depuis des années. Paul découvre un homme en colère, qui lui révèle les atrocités dont les gens de la « force publique » se rendent coupables, et à travers eux, le roi des belges lui-même…

 « Moi plus jamais y’en verrai boula-matari comme Tintin ! », regrette un vieux Congolais dans la dernière scène du très controversé Tintin au Congo imaginé par Hergé en 1930. Avant d’être généralisé à tous les blancs, le surnom Boula-Matari, autrement dit « le briseur de rocs » avait été donné à Henry Morton Stanley, le fameux explorateur qui aurait salué son compatriote disparu d’un flegmatique « Doctor Livingstone, I presume ? ». Aventurier sans scrupule, Stanley fut le grand émissaire du roi Léopold II, qui le chargea d’organiser ses intérêts économiques au Congo.

Profitant de la rivalité entre Français et Britanniques, le roi des Belges avait obtenu, lors de la conférence de Berlin de 1885, la propriété exclusive de ce territoire grand comme 80 fois la Belgique, regorgeant de caoutchouc. Pour récolter cette matière première indispensable à une industrie automobile en plein essor, un véritable système de travail forcé de la population est mis en place à l’échelle du pays, accompagné des pires sévices et brimades. Vingt-cinq ans de ce régime auraient fait, selon certaines estimations, quatre à dix millions de victimes parmi les Congolais. Dans le même temps, Léopold II devint une des plus grosses fortunes de son époque, sans avoir jamais posé les pieds en Afrique. Responsable mais pas coupable ? Le débat continue de faire rage.

Ce quasi génocide par cupidité, qui avait provoqué un véritable scandale international dans les années 1900, avait depuis été relativement oublié… ou peut-être savamment occulté, comme le suggèrent Maryse et Jean-François Charles qui rappellent que l’Histoire officielle belge, jusqu’à une période relativement récente, inculquait aux écoliers l’image d’un roi Léopold II généreux et civilisateur, un « roi bâtisseur » qui avait apporté modernité et opulence à son pays, en offrant le Congo et ses ressources à la Belgique…

Africa Dreams, superbement dessiné par Frédéric Bihel, est une sorte d’anti Tintin au Congo crépusculaire. En plus d’y révéler un pays magnifique et sauvage, ce livre rappelle les pages sanglantes qui y ont été écrites, au nom de la « civilisation ».