Le briographe

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - Manu Larcenet

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi 6 septembre 2004

Des fleurs et des marmots, Donjon Parade T4

Donjon Parade T4, par Joann Sfar, Lewis Trondheim et Manu Larcenet (Delcourt)

 

Le radeau de la merduse...
On croyait Marvin, le guerrier dragon, presque invincible... Eh bien, tout dépend de la mission qu'on lui confie ! Par exemple, servir de nounou à une demi-douzaine de gamins turbulents quand Madame Poularde est malade, c'est au dessus de ses forces : il appelle Herbert à la rescousse. Lequel a lui aussi une mission de la plus haute importance. Top secrète. Enfin, ne l'ébruitez pas, merci. Le gardien lui a donné l'ordre d'aller déboucher la fosse septique du Donjon, jamais vidangée depuis 40 ans... A tout prendre, Marvin préfère encore ça : il décide d'emmener les enfants (ravis !) en excursion pour aider Herbert. Sur place, ils découvrent qu'un écosystème original s'est développé dans la fosse septique démesurée. De quoi improviser une leçon d'éveil ? Voire ! Il faudrait pour cela que les marmots ne se perdent pas dans la végétation luxuriante. Et surtout, que la faune locale soit un peu moins agressive…

Après deux Donjon Monsters plutôt dramatiques cette année, voilà le retour de l'humour dans le Donjon ! Imaginer toute une histoire à tendance écolo dans une fosse septique, voilà qui a de quoi surprendre, mais les scénaristes de Donjon nous ont habitués à toutes les audaces. Aussi bien, entre scatologie et écologie, la rime est riche !

Dans cet opus, outre Marvin et Herbert, nous retrouvons avec plaisir un des personnages les plus attachants du Donjon : Grogro, une sorte d'oiseau monstrueux à la force colossale et doté d'un intellect plutôt limité. C'est un vrai innocent, plus gamin encore que les enfants sous la responsabilité de Marvin. Ses paroles et ses réactions sont un enchantement !

Cet épisode est très sympathique, mais moins consistant que les précédents. Il y manque un peu de ces réparties spirituelles qui rendent l'univers Donjon si attachant. En particulier, le sage du ghetto débordait d'intelligence et offrait à méditer en riant, avec un vieux sage facétieux semblable à Diogène et son peuple réduit en esclavage mais amoureux de ses chaînes. Des fleurs et des marmots est une aventure plus classique, un pur divertissement qui se lit assez vite. Sans doute parce que cette aventure privilégie l'action et la bagarre un peu au détriment des dialogues : il y a plutôt moins de texte qu'à l'accoutumée.

Mais coupons court à ces réserves de lecteur fidèle et exigeant. En dépit du lieu choisi, cette histoire ne manque pas de fraîcheur. Et comment résister à une série qui rassemble l'imaginaire débridé de Joann Sfar, l'humour décalé et caustique de Lewis Trondheim et le graphisme expressif de Manu Larcenet ? Le plaisir est au rendez-vous, et les exégètes de la série seront surpris de voir Marvin mis knock-out à deux reprises.

 

Aventuriers lecteurs qui hésitez à rejoindre le Donjon de peur de vous perdre dans son scénario labyrinthique, Donjon Parade est fait pour vous ! Cette série est constituée de one-shots comiques tous dessinés par Larcenet et dont l'action s'inscrit entre les tomes 1 et 2 de la série principale (Donjon Zénith).  Nous y retrouvons les deux plus célèbres employés du Donjon peu après leur rencontre  : Marvin, dragon de son état et bras droit du gardien du donjon et Herbert le canard, jeune duc de Vaucanson volontiers gaffeur, porteur de l'épée du Destin (une arme magique qui refuse de sortir de son fourreau, mais qui métamorphose son détenteur en guerrier surpuissant dès que quelqu'un tente de s'en emparer). Même si l'univers et les personnages sont communs avec les autres séries du Donjon, il n'est pas indispensable d'avoir suivi la saga dans son intégralité pour apprécier les albums Donjon Parade.

 

 

Bibliographie Donjon Parade :

Un Donjon de Trop (2000)

Le sage du Ghetto (2001)

Le jour des crapauds (2002)

Des fleurs et des marmots (2004)

Pour bien faire, lisez aussi Cœur de Canard (Donjon Zénith T1) pour découvrir comment Herbert est entré en possession de son épée maudite, et comment Marvin et lui sont devenus amis.

 

dimanche 21 mars 2004

Résurrection, Les cosmonautes du futur T3

Les cosmonautes du futur T3, par Lewis Trondheim et Manu Larcenet (Dargaud, coll. Poisson Pilote)

 

Martina et Gildas mijotent dans le clafoutis quand… comment, vous ne parlez pas le "bifteck", le langage secret (et gastronomique) utilisé par les cosmonautes du futur lorsqu'ils suspectent la présence d'oreilles indiscrètes ? En pas-bifteck donc : Martina et Gildas, 14 ans, sont la résurrection par clonage de deux cosmonautes crashés sur la planète Mawis. Après des mois passés à sillonner l'univers à la recherche de leurs origines, ils détectent enfin une présence humaine. C'est une base-musée qui célèbre la fin du XXème  siècle, très fière de son parking pollué, taggué et authentiquement nauséabond mais surtout lieu de vénération des deux idoles de l'humanité : Martina et Gildas !

Nos héros découvrent aussi avec stupéfaction qu'ils ne sont pas en 2033 mais en 2143… avant de devoir mettre à profit les cours "d'extermination d'aliens qui puent" du tome précédent pour s'enfuir car les gardiens du musée, adeptes de l'idéologie Celta, voient en eux des contestataires à abattre sans sommation à grand renfort de blasters…

Lewis Trondheim revisite les classiques du Space Opéra pour mieux les contourner et s'en moquer : décalage temporel, poursuites dans les astéroïdes, armée de clones… et bien sûr une lutte prétendument politique entre les despotes au pouvoir et les rebelles, qui s'avère finalement être une affaire de famille. Dans un style qui rappelle le Guide Galactique de Douglas Adams, il multiplie les retournements de situation inattendus et loufoques pour surprendre le lecteur mais aussi son dessinateur. En effet, pour cette série, Larcenet reçoit chaque matin par fax le scénario de la page qu'il doit dessiner dans la journée. Cette technique semble en tout cas porter ses fruits, tant les dessins débordent d'une évidente jubilation. Comme on dit en bifteck : voilà un excellent mille-feuille à ajouter à votre frigo !

paru dans Bédéka #3