Le briographe

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - Le Lombard

Fil des billets

mardi 1 février 2011

1066 Guillaume le Conquérant

1066, le fil et la trame d’une saga millénaire

 

Le roi Edouard d’Angleterre, qui n’avait pas d’héritier direct, désigna son petit cousin Guillaume, duc de Normandie, pour lui succéder. Le comte Harold, beau-frère d’Edouard, fut chargé de lui apporter la nouvelle. Et bien qu’il eût lui-même des prétentions légitimes à la succession, Harold jura fidélité à Guillaume. De retour au pays, à la mort d’Edouard, Harold se dédit et endossa la couronne. Furieux, Guillaume monta une expédition pour la reprendre à l’usurpateur et parjure. C’était en 1066, le duc de Normandie allait entrer dans l’Histoire sous le nom de Guillaume le Conquérant.

Ce récit épique autant que romanesque (que les historiens contemporains considèrent comme une vision probablement enjolivée des faits, pour complaire au vainqueur de la bataille d’Hastings) est celui qui est brodé sur les 70 mètres d’étoffe qui composent la très illustre « Tapisserie de Bayeux ». Mêlant images et récitatifs en latin, cette œuvre médiévale compte parmi les grands ancêtres de la bande dessinée, au même titre que les fresques des tombes de certains pharaons, les codex des civilisations précolombiennes ou encore la colonne Trajane (à laquelle notre éminent confrère Yves Frémion a consacré un article dans Zoo #29). La « Tapisserie » plus que n’importe quelle autre œuvre, est convaincante en tant que proto-BD du fait de la diversité des tableaux et de  leur organisation séquentielle : il s’agit bel et bien de retranscrire toute une épopée en images. Particulièrement adaptable en bande dessinée, par sa forme et par son sujet, on est frappé d’évidence en découvrant l’album conçu par l’historien belge Patrick Weber et confié, pour sa réalisation graphique, au dessinateur italien Emanuele Tenderini. Tous deux ont consacré beaucoup d’efforts à rester fidèle à l’œuvre médiévale, s’en inspirant tant pour la trame du récit et la diversité des personnages, que pour leur apparence physique. Par ailleurs, pour éviter tout contresens, Sylvette Lemagnen, conservatrice et experte de la Tapisserie de Bayeux a supervisé le projet.

Réalisé dans un style semi-réaliste très fougueux, le récit est parsemé de citations graphiques directes empruntées à la Tapisserie : une quinzaine de vignettes reprennent des scènes brodées il ya 900 ans, dans une parfaite continuité d’action. Un seul bémol, une colorisation qui sur certaines scènes s’apparente à du barbouillage numérique, et une disposition pas toujours judicieuse des bulles de dialogue. Malgré ces petits défauts, 1066 Guillaume le Conquérant ravira les amateurs de bande dessinée historique, autant que ceux qui s’intéressent à l’Histoire de la bande dessinée.

vendredi 7 octobre 2005

Souviens-toi, Frontière T1

Frontière T1, par Bertrand Marchal et Rodolphe (Le Lombard)

 

Yves Fréhel goûte en famille à la tranquillité des vacances d'été… quand un flash lui remémore une course-poursuite fatale. Puis un courrier anonyme lui parvient, une simple note écrite d'une main malhabile : "Souviens toi !". Juste après, il trouve le même message bombé sur le mur de sa villa. Tout cela devient troublant. Et d'ailleurs, se souvenir, d'accord, mais de quoi ?

Comme dans le film Dark City ou le premier Matrix, Rodolphe joue avec la mémoire de ses personnages pour ce thriller prévu en quatre épisodes. Le problème, c'est que l'histoire commence à devenir intéressante seulement à partir de la page 35... Avant cela, c'est une succession de dialogues fades et banals qui n'amènent pas grand-chose.  Espérons que le rythme est maintenant pris et que les prochains tomes seront moins dilués.

 

samedi 4 septembre 2004

Echec à la Gestapo, Rock Mastard T1

Rock Mastard T1, par François Boucq et Karim Belkrouf (Le Lombard, coll. Troisième degré)

A la fin de la seconde guerre mondiale, un bombardier junkers 88 de la Luftwaffe s'abîme en pleine forêt amazonienne. La cargaison secrète qu'il convoie se répand dans un fleuve proche, accompagnée de "blub blub" sinistres. Les jeunes indiennes qui se livrent à d'innocentes ablutions non loin de là ne se doutent pas du danger qui les menace…

Trois ans plus tard, un groupe d'Allemands résolu à retrouver l'épave de cet avion fait irruption chez Wally, le bar où Rock Mastard (célèbre justicier) et son acolyte Gus (justicier débutant) goûtent un repos et un verre bien mérités entre deux missions aéropostales. Le but des Germains : contraindre Rock Mastard à collaborer avec eux pour leur servir de guide et éviter les terribles pièges de la jungle. A cette fin, ils soumettent l'aventurier à un chantage odieux. S'il ne les aide pas, son 45 tours favori sera effroyablement rayé ! La rage au cœur (mais grassement rémunéré) Rock Mastard prépare cette expédition périlleuse…

Créé par Boucq et Delan en 1981, Rock Mastard a fait sa première apparition en 1981 dans Fluide Glacial, avec une grande aventure à épisodes intitulée Pas de deo gratias pour Rock Mastard. Peu après, Boucq interrompt sa collaboration avec ce magazine pour se concentrer sur (A Suivre). Futuropolis en 1983, puis Bédéfil en 1986 rassemblent ses exploits en album, mais pour Rock Mastard, l'aventure s'arrête ici. Entre temps, Boucq aguerrit son graphisme, collabore avec J. Charyn (La Femme du magicien ; Bouche du Diable) et Jodorowsky (Face de Lune ; Bouncer), crée en solo le mythique Jérôme "tigre du Bengale" Moucherot et est élu grand prix du Festival d'Angoulême en 1998.

Et voilà que vingt ans après sa création, Rock Mastard reprend du service, plus en forme que jamais dans une aventure inédite. Cette fois, il n'est plus seul à défendre l'humanité. Rock est secondé par un apprenti au tout début de sa carrière d'aventurier : Gus, interprété par Jérôme Moucherot lui-même, avec son chapeau pied-de-poule et son inévitable stylo fiché en travers du nez.

Avec un graphisme époustouflant, un sens de l'absurde et de la parodie redoutables, une extravagance dans les moindres détails, avec un goût prononcé pour le contre-pied des clichés de l'Aventure et des formules chocs qu'on ne retrouve que chez Goossens, Boucq nous livre un concentré d'humour déjanté. Indispensable !

 

mini-interview

Pourquoi avoir exhumé Rock Mastard après 20 ans d'absence ?

François Boucq : Pour ce scénario, il fallait un héros qui soit un archétype de l'aventurier tel qu'on en voit tout le temps au cinéma ou à la télévision. Et comme l'action se passe dans les années de l'après-guerre, tout nous orientait vers Rock Mastard.

Il a bien changé, en vingt ans…

FB : C'est que j'ai fait des progrès en dessin, dans l'intervalle ! Le graphisme que j'ai aujourd'hui est plus pertinent. A l'époque, j'étais en pleine recherche : le Rock Mastard d'origine était très guindé.

Pas de Deo Gratias pour Rock Mastard va être réédité ?

FB : Oui, mais je ne voulais pas voir cet album republié comme s'il s'agissait d'une nouveauté, surtout avec le graphisme rigide que je pouvais avoir à cette époque. Je l'ai donc entièrement redessiné. J'ai ajouté Moucherot dans l'histoire en lui accordant un second rôle d'apprenti justicier, ce qui m'a contraint à modifier pas mal le scénario. Et certains détails de l'album n'étaient plus d'actualité : à l'époque, avec Delan, nous avions confié le rôle du méchant à Diament, qui était rédacteur en chef de Fluide Glacial, ce qui n'a plus de raison d'être aujourd'hui. J'ai donc changé le méchant.

Quels sont vos prochains albums à paraître ?

FB : Le nouveau tome de Face de lune va sortir en même temps que Rock Mastard. Je commence le tome 4 du Bouncer. J'ai aussi un projet avec Yves Sente : une histoire d'espionnage, qui devrait commencer dans peu de temps.

 

lundi 10 mai 2004

Terreur T2

par André-Paul Duchâteau et René Follet (Le Lombard, coll. Signé)

Terreur. Ce titre suggère une histoire d'épouvante. C'est exact d'une certaine façon, mais il s'agit en réalité de "la" Terreur, cette période de la Révolution française pendant laquelle Robespierre et le Comité de salut public menèrent des citoyens par centaines à l'échafaud. Si, à l'instar de la guillotine, l'héroïne de cette aventure se paie volontiers la tête des aristocrates et des criminels, ce n'est pas pour prendre la vie, mais pour l'immortaliser. Tranchons le mot - cette nouvelle collaboration entre André-Paul Duchâteau et René Follet est la biographie (très légèrement romancée) de Marie Grossholtz, sculptrice sur cire devenue mondialement célèbre sous son nom marital : Marie Tussaud. Elle fonda en 1835 à Londres un musée de cire qui porte son nom et qui continue d'accueillir de nos jours plus de deux millions de visiteurs annuels. Les deux tomes de Terreur sont l'adaptation en bande dessinée du roman Les masques de cire qu'André-Paul Duchâteau a consacré à ce personnage étonnant et méconnu.

Paris, 1793. Marie Grossholtz a hérité de son oncle le musée de cire Curtius. Elle enrichit la collection avec des personnages d'actualité : par exemple Marat, dont elle réalise sur l'invitation du peintre David un moulage d'après nature (morte) sur les lieux même de son assassinat. Marie a aussi ses petits arrangements avec le bourreau, à qui elle emprunte quelques têtes parmi les plus intéressantes du gratin fraîchement guillotiné. Une forte femme, donc, qui n'a pas que des amis. Suspectée d'avoir participé au vol des bijoux de Marie-Antoinette et de protéger un ennemi de la République, Marie est emprisonnée à la Conciergerie. Elle partage sa cellule avec Joséphine de Beauharnais, qui réussit à organiser leur évasion... Dans le second tome, nous la retrouvons en Grande Bretagne en 1805 : Marie est devenue Madame Tussaud, mais les époux sont séparés par la Manche (il est resté à Paris) et par une indifférence réciproque. L'intrigue sur les bijoux volés de la Reine, que Duchâteau prolonge à travers les décennies, ne fonctionne plus vraiment. Mais peu importe : la biographie parfaitement documentée, le portrait d'une femme en lutte pour la reconnaissance de son art et les dessins admirables de René Follet suffisent à captiver notre intérêt. Ces deux auteurs vénérables servent le 9e art depuis plus de 50 ans... et avec quelle maîtrise !

 

mini-interview

Vous formez avec André-Paul Duchâteau une équipe expérimentée !

René Follet : Oui, nous avons réalisé ensemble trois épisodes de la série Valhardi. J'ai dessiné la couverture de son roman Les masques de Cire. Et quand huit ans plus tard, je l’ai contacté pour suggérer de l'adapter en BD, il m’a dit : "Mais… Je t’avais proposé d’en faire une bande dessinée, et à ce moment là ça ne t’intéressait pas !".

Pouvez-vous nous expliquer comment vous dessinez ?

René Follet  : D'abord je croque les scènes au crayon dans un avant-projet réduit. J'ai un certain plaisir à traiter cette phase, aussi j'en réalise souvent plusieurs. Une fois le crayonné définitif exécuté, je peins sans porter de trait de contour, à la gouache ou à l'acrylique. Les traits de crayon disparaissent sous la couleur. Le premier jet est presque de l'aquarelle, tant la couleur est diluée, quasi transparente. Pour les corrections j'emploie des couleurs plus épaisses, parfaitement opaques, parfois en plusieurs couches successives. Cette technique de colorisation adoptée pour Terreur relève vraiment de la peinture, ce qui en fait un travail deux fois plus long !

Sur quoi travaillez vous actuellement ?

René Follet  : Sur l'adaptation en bande dessinée d'un roman de Jéromine Pasteur : L'enfant qui rêvait le monde. C'est une saga familiale qui débute au premier coup de pioche du percement du canal de Panama dans les années 1880 et se poursuit de génération en génération jusqu'à nos jours. Cela devrait paraître au premier semestre 2005.