par Fabcaro (La cafetière)
La vie en
névrose
Avec un titre parmi les plus insolites de la
décennie, Le steak haché de Damoclès pique la curiosité. Cela tombe
bien, cet album mérite justement qu'on s'y arrête. Fabcaro, dessinateur
trentenaire, avait jusqu'à présent surtout travaillé comme illustrateur de
presse. En bande dessinée, les lecteurs attentifs ont pu repérer son nom dans
le Psikopat, dans la revue FLBLB et dans certains ouvrages collectifs. Pour sa
première œuvre personnelle complète, il a choisi de se lancer dans une sorte
d'autobiographie qui n'a rien de nombriliste. De courtes séquences de une à
quatre planches lui permettent de mettre en images ses problèmes de
communication. Ce thème lui aurait été soufflé par sa compagne : "Prends ça
comme une thérapie !", ajoute t-elle dans le prologue de l'album. Voilà qui
n'est pas sans rappeler le sketch introductif d'un des spectacles de Pierre
Desproges. Fabcaro faisant partie des vingt-cinq dessinateurs qui ont rendu
hommage au célèbre humoriste en mars dernier avec l'album Desproges en
BD, il n'y a rien d'étonnant à ce que cet argument ait porté et convaincu
l'auteur de passer aux aveux.
Avec un
formidable sens de l'autodérision et un humour très vif, Fabcaro raconte les
casseroles qu'il traîne depuis sa plus tendre enfance. Par exemple, une
timidité maladive le pousse à ne jamais contredire ses interlocuteurs, même
lorsque cette attitude donne du crédit aux pires malentendus. Pour n'être pas
intervenu à temps quand le quiproquo commençait à peine à s'installer, une
partie de son entourage est persuadée qu'il travaille dans l'informatique et
des collègues l'ont appelé Fabien au lieu de Fabrice pendant toute une année.
Tout cela est aggravé par son angoisse du regard des autres et un sens aigu du
ridicule. De plus, l'auteur se déclare incapable de concentration si par
malheur une conversation porte sur un sujet qui ne le passionne pas ou qui dure
trop longtemps. Son discours se ponctue alors de "Tu m'étonnes !" placés au
hasard, pour faire semblant qu'il suit la conversation…
Par chance, ces troubles sont contrebalancés par un coup de crayon expressif et
comique (qui devrait progresser dans les années à venir) et surtout par un
humour remarquable et un vrai talent de la mise en scène (et en boîte). Savoir
se moquer de soi-même est, paraît-il l'apanage des grands : Gotlib, Trondheim,
Bouzard sont les grands maîtres de cet art. Fabcaro est sur leurs traces
!
mini-interview
Vous dessinez depuis longtemps, et vous signez à trente ans votre premier album. Qu'est-ce qui vous a freiné ?
Fabcaro : La BD n’est pas ma seule activité. Je n’avais jamais vraiment pris le temps de me poser dans l’optique d’un album, j’étais plutôt dans le "je participe un peu à tout dans tous les sens"…
Dessinateur de bande dessinée, c’est un métier si difficile à revendiquer pour un jeune auteur ?F : C’est plus difficile en province, entouré de métiers plus "normaux", moins extra-terrestres... C’est assez abstrait pour les gens mais je les comprends : de la même façon, quand quelqu’un me dit être commercial, je dois probablement le regarder un peu bêtement…
Vous décrivez l'album comme une thérapie. C'est efficace ?F : Assez... D’une part dans le fait de faire l’album, d’autre part dans sa confrontation avec les autres, comme une carte de visite de ce que je suis. L’album permettra de sauter pas mal d’étapes un peu difficiles dans le relationnel. Euh… je dis ça mais je n’y crois pas une seconde : je crois que je suis condamné à perpétuité au malentendu…
Votre prochain livre ?F : Moi qui suis plutôt coutumier du fragment, des histoires de une à quatre pages, je suis cette fois en train de travailler à une histoire un peu plus conséquente, sur un album entier…
Il paraît que vous ne savez pas dire non. Certaines personnes en profitent ?F : J’ai l’impression… mais je suis aussi un peu parano…
Au fait, z'auriez pas 100 balles ?F : Chèque ou espèces ?
