par Michel-Yves Schmitt (La boîte à bulles)
Luc, un jeune
adulte assez instable, a fait une longue fugue aux Etats-Unis, par bravade
contre son père qu'il estime coupable de lui avoir témoigné trop peu
d'attention et d'avoir confondu argent et sentiments. Quand enfin il revient en
Europe, c'est pour découvrir que sa mère est morte foudroyée par un cancer
pendant son absence. Choqué, Luc dérive alors dans une vertigineuse crise
existentielle. Sans aller jusqu'à des penchants suicidaires, il a envie de tout
plaquer. Et il le fait. Avec application et méthode, sans se soucier des
conséquences, il provoque la rupture avec sa petite amie, avec son employeur,
avec son père. De monologues en flashes-back, Luc se livre à l'accomplissement
d'une sorte de complexe d'Œdipe assez pervers...
Dans cet âge
d'or de la bande dessinée que nous vivons actuellement, chaque mois apporte son
quota de nouveaux auteurs. Certains se distinguent du lot ; Michel-Yves Schmitt
est de ceux-là. Né en 1968, il est devenu auteur de bande dessinée assez
récemment, en collaborant à des fanzines comme Beurk ou
Goinfre. Quelques chapitres de Dérives ont été prépubliés
dans la revue Patate Douce ; pour autant il s'agit de sa première
œuvre, ce que rien ne laisse supposer. Le dessin, de facture contemporaine,
privilégie la lisibilité. L'histoire brille surtout par sa fluidité et par la
qualité du portrait du personnage principal : complexe et torturé, aussi
sympathique avec ses amis qu'exécrable avec les autres personnes, d'une
mauvaise foi incommensurable, voilà un humain authentique.