Homicide, homicide, choubidou-bidadou !
Véritable phénomène au Japon, Detroit Metal City n’a conquis qu’un petit cercle d’initiés en France. Découvrez ce manga monstrueusement comique et outrageusement rock !
Sôichi Negishi (23 ans et toujours puceau) se rêve en icône de la pop suédoise. Guitare à la main, il se produit dans les parcs avec des chansons acidulées et romantiques : « Avec nos polos à rayures assortis / On va bien s’amuser / Tes lèvres ont le goût de la framboise / à cause du gâteau que j’ai mangé à midi »… (On notera au passage que la pop suédoise vue du Japon a quelques airs commun avec la nouvelle scène française) mais malgré les encouragements de son amie Yuri – qu’il aime en secret, Negishi parvient juste à passer pour un baltringue. Qui pourrait imaginer ce jeune homme tranquille est en réalité le démoniaque Johannes Krauser II, vocal leader et guitariste du groupe Detroit Metal City, qui ravage la scène indé tokyoïte ?
Kiss ? My ass !
Car Negishi a une double personnalité. Il fait partie, presque malgré lui, d’un groupe de Death Metal. Dès qu’il endosse son costume de scène (armure démoniaque et maquillage outrancier) il est comme possédé, Satan l’habite ! Les amateurs de rock apprécieront le vibrant hommage au groupe KISS, référence appuyée par le nom du groupe qui dérive de la chanson Detroit Rock City. Les amateurs de culture japonaise, pour leur part, trouveront peut-être en Krauser II une incarnation postmoderne de l’esprit du théâtre kabuki. Même s’il n’assume pas cette partie de sa personnalité, Negishi est un performer de génie, aussi sauvage qu’imprévisible. Outre des lyrics puissants et provocateurs (incitations au meurtre œdipien rituel, multiples allusions sexuelles, glorification de la violence… la routine death metal habituelle, quoi), Krauser II est sans doute le seul chanteur capable de prononcer dix fois par seconde le mot « Rape » [viol, NdT], et ses exploits défraient la chronique autant qu’ils subjuguent les fans. Le groupe DMC est complété par Jagi, bassiste moins frustré que Negishi dans le privé, mais nettement plus introverti sur scène ; et par Camus, le batteur, le seul qui soit le même sur scène et à la ville (ce qui fait froid dans le dos, vu les tendances psychopathes de l’individu). N’oublions pas, pour compléter cette galerie, le « cochon de scène » (techniquement, il s’agit d’un bon père de famille, à la libido SM un peu curieuse, qui se travestit en « porc capitaliste » et subit toutes sortes d’humiliations de la part de son maître… groink groink) ni surtout la manageuse du groupe, qui maintient les équipes soudées par la terreur.
Big in Japan
Succès retentissant au Japon, avec des ventes qui frôlent le million d’exemplaire par volume, la série cartonne sur l’archipel, sous toutes ses formes. Une adaptation au cinéma en 2008 fit un million d’entrées dès le premier mois d’exploitation ; l’anime fait un tabac et il y a même un jeu sur Nintendo DS ! Bref, la série est un véritable phénomène éditorial dans son pays. Ce succès peine pourtant à s’exporter. DMC a obtenu sous nos latitudes une certaine reconnaissance avec le Japan Expo Award 2009, catégorie Seinen (en clair, le prix de la meilleure série adulte), mais si la série est recommandée par l’ACBD, elle tarde à obtenir une réelle reconnaissance du public francophone. Volume après volume, les ventes stagnent sous les dix mille exemplaires. Pour quelle raison ? Cette forme d’humour est-elle trop décalée, ou trop trash ? Le dessin, outré et caricatural n’est-il pas assez abouti, pas suffisamment esthétique pour un public européen très exigeant en la matière ? Ou bien encore ce titre n’a-t-il pas été assez soutenu par la presse ? Avant que la série ne s’achève, et puisqu’il n’est pas trop tard pour s’y mettre, nous ajoutons notre voix au concert des recommandations. Loufoque you all ! Signalons pour finir que DMC bénéficie d’une traduction/adaptation impeccable et hilarante de Sylvain Chollet.
Detroit Metal City, tome 8 de Kiminori Wakasugi
12 bis, 208 p. N&B, 6,50€
