Rock Mastard T1, par François Boucq et Karim Belkrouf (Le Lombard, coll. Troisième degré)
A la fin de la seconde guerre mondiale, un bombardier junkers 88 de la Luftwaffe s'abîme en pleine forêt amazonienne. La cargaison secrète qu'il convoie se répand dans un fleuve proche, accompagnée de "blub blub" sinistres. Les jeunes indiennes qui se livrent à d'innocentes ablutions non loin de là ne se doutent pas du danger qui les menace…
Trois ans plus tard, un groupe d'Allemands résolu à retrouver l'épave de cet avion fait irruption chez Wally, le bar où Rock Mastard (célèbre justicier) et son acolyte Gus (justicier débutant) goûtent un repos et un verre bien mérités entre deux missions aéropostales. Le but des Germains : contraindre Rock Mastard à collaborer avec eux pour leur servir de guide et éviter les terribles pièges de la jungle. A cette fin, ils soumettent l'aventurier à un chantage odieux. S'il ne les aide pas, son 45 tours favori sera effroyablement rayé ! La rage au cœur (mais grassement rémunéré) Rock Mastard prépare cette expédition périlleuse…
Créé par Boucq et Delan en 1981, Rock Mastard a fait sa première apparition en 1981 dans Fluide Glacial, avec une grande aventure à épisodes intitulée Pas de deo gratias pour Rock Mastard. Peu après, Boucq interrompt sa collaboration avec ce magazine pour se concentrer sur (A Suivre). Futuropolis en 1983, puis Bédéfil en 1986 rassemblent ses exploits en album, mais pour Rock Mastard, l'aventure s'arrête ici. Entre temps, Boucq aguerrit son graphisme, collabore avec J. Charyn (La Femme du magicien ; Bouche du Diable) et Jodorowsky (Face de Lune ; Bouncer), crée en solo le mythique Jérôme "tigre du Bengale" Moucherot et est élu grand prix du Festival d'Angoulême en 1998.
Et voilà que vingt ans après sa création, Rock Mastard reprend du service, plus en forme que jamais dans une aventure inédite. Cette fois, il n'est plus seul à défendre l'humanité. Rock est secondé par un apprenti au tout début de sa carrière d'aventurier : Gus, interprété par Jérôme Moucherot lui-même, avec son chapeau pied-de-poule et son inévitable stylo fiché en travers du nez.
Avec un graphisme époustouflant, un sens de l'absurde et de la parodie redoutables, une extravagance dans les moindres détails, avec un goût prononcé pour le contre-pied des clichés de l'Aventure et des formules chocs qu'on ne retrouve que chez Goossens, Boucq nous livre un concentré d'humour déjanté. Indispensable !
mini-interview
Pourquoi avoir exhumé Rock Mastard après 20 ans d'absence ?
François Boucq : Pour ce scénario, il fallait un héros qui soit un archétype de l'aventurier tel qu'on en voit tout le temps au cinéma ou à la télévision. Et comme l'action se passe dans les années de l'après-guerre, tout nous orientait vers Rock Mastard.
Il a bien changé, en vingt ans…
FB : C'est que j'ai fait des progrès en dessin, dans l'intervalle ! Le graphisme que j'ai aujourd'hui est plus pertinent. A l'époque, j'étais en pleine recherche : le Rock Mastard d'origine était très guindé.
Pas de Deo Gratias pour Rock Mastard va être réédité ?
FB : Oui, mais je ne voulais pas voir cet album republié comme s'il s'agissait d'une nouveauté, surtout avec le graphisme rigide que je pouvais avoir à cette époque. Je l'ai donc entièrement redessiné. J'ai ajouté Moucherot dans l'histoire en lui accordant un second rôle d'apprenti justicier, ce qui m'a contraint à modifier pas mal le scénario. Et certains détails de l'album n'étaient plus d'actualité : à l'époque, avec Delan, nous avions confié le rôle du méchant à Diament, qui était rédacteur en chef de Fluide Glacial, ce qui n'a plus de raison d'être aujourd'hui. J'ai donc changé le méchant.
Quels sont vos prochains albums à paraître ?
FB : Le nouveau tome de Face de lune va sortir en même temps que Rock Mastard. Je commence le tome 4 du Bouncer. J'ai aussi un projet avec Yves Sente : une histoire d'espionnage, qui devrait commencer dans peu de temps.
