À la découverte des explorateurs

 

Magellan, Jusqu’au bout du monde, par Christian Clot, Bastien Orenge et Thomas Verguet

Glénat, 56 p. couleurs, 14,50 €

Mary Kingsley, La Montagne des dieux, par Esteban Mathieu, Guillaume Dorison et Julien Telo

Glénat, 56 p. couleurs, 14,50 €

 

Si les grands explorateurs ont repoussé les limites de la connaissance, que savons-nous vraiment de leurs exploits, de leurs expéditions, de leurs motivations ? Explora, nouvelle collection de Glénat, propose de voyager aux côtés de ces personnalités d’exception.

 

 

La bande dessinée aime les aventuriers. Elle se nourrit d’Histoire. Et avec la mode du biopic venue du cinéma, elle raconte l’existence de personnalités remarquables. À l’intersection de ces trois mondes, Explora, la nouvelle collection des éditions Glénat, nous invite à « plonger au cœur de la véritable histoire des grands explorateurs et de leurs expéditions extraordinaires ». L’approche est celle de la BD d’aventure, avec « pour aller plus loin » dans la connaissance du personnage, des dossiers historiques. Lancés simultanément pour inaugurer la collection, les deux premiers titres se consacrent l’un à Magellan, le célèbre navigateur à l’origine du premier tour du monde ; l’autre à Mary Kingsley, une exploratrice britannique peu connue en France, dont les récits de voyage en Angola ont contribué à combattre les idées reçues de son époque à propos des peuples indigènes d’Afrique tropicale.

À l’initiative de cette collection dont il assure la coordination éditoriale, Christian Clot, vice-président de la Société des explorateurs français et explorateur lui-même, nous explique sa démarche…

 

 

Qu’est-ce que cela signifie, être un explorateur ?

Christian Clot : Le concept d’explorateur est assez vaste. Il s’agit d’aller quelque part avec un questionnement ou un but de découverte. Pour certaines personnes, cela peut être la recherche d’insectes inconnus. Pour d’autres, des travaux glaciologiques. Mon domaine consiste à étudier comment l’Homme s’adapte à des milieux extrêmes.

 

Pourquoi avoir proposé aux éditions Glénat de lancer une collection consacrée aux explorateurs ?

J’ai depuis toujours la passion des histoires et de la transmission. J’étais comédien avant de devenir explorateur. J’ai aussi écrit quelques livres. La bande dessinée est une de mes passions, c’est un monde dans lequel j’avais envie d’entrer depuis longtemps. J’ai commencé à creuser la question et un jour c’est devenu une évidence : on s’inspire beaucoup des explorateurs et des aventuriers en bande dessinée et au cinéma, pourquoi ne pas raconter leur vie réelle ? J’ai donc regroupé mes deux passions, l’exploration et la bande dessinée, pour proposer cela à Jacques Glénat.

 

Quel est le cahier des charges de la collection ?

Nous cherchons une certaine authenticité qui passe par une importante recherche documentaire. Mais on ne raconte pas nécessairement l’exacte vérité. Ce n’est pas forcément en racontant de façon linéaire un personnage qu’on le raconte le mieux. Explora s’attache avant tout à retranscrire l’état d’esprit ou la personnalité des explorateurs.

 

 

Dans Magellan, vous n’hésitez pas à exploiter les zones blanches de la biographie du navigateur pour livrer une hypothèse romanesque…

Magellan est parti avec cinq navires. C’est un fait historique que nous allons donc respecter dans la collection : on ne va pas en mettre quatre ou six. En revanche, on sait finalement peu de choses de ses trois ans de voyage. Ce qui permet de proposer des éventualités, du moment qu’elles restent plausibles. Typiquement, lorsque j’imagine que Magellan a provoqué sa propre mort, c’est une théorie parfaitement défendable.

Mary Kingsley, pour sa part, a fait deux grands voyages. Nous avons choisi de les regrouper et de révéler une histoire d’amour avec un indigène. Cette histoire n’a jamais été officialisée, mais dans une de ses lettres, Kingsley écrivait « J’ai trouvé là-bas l’amour ». On se base sur cela pour fonder une partie de l’intrigue.

 

Deux autres tomes sont prévus cette année, consacrés à Richard Francis Burton et à Percy Fawcett. Comment choisissez-vous les explorateurs mis en avant dans cette collection ?

Nous essayons avant tout de trouver des personnages avec un destin qui nous touche. Ce ne sont pas forcément les plus évidents ni les plus connus. Explora a pour vocation de raconter des personnages de toutes nationalités, de toutes les époques. Je tenais à ce qu’il y ait au moins une exploratrice parmi les quatre premiers titres. Mary Kingsley est très peu connue en France, mais elle a un parcourt extraordinaire, j’avais envie de la faire connaître.

 

Le calibre de la collection, 46 pages d’aventures suivies de huit pages de dossier historique, ne risque t-il pas d’« égaliser » des destins qui n’ont pas forcément les mêmes mérites ni le même intérêt ?

Certains personnages auront plusieurs albums. C’est le cas pour Richard Francis Burton, dont l’épopée sera traitée en deux ou trois albums. Du reste, notre but n’est pas de raconter la vie in extenso des explorateurs, mais de faire comprendre son état d’esprit. Cela passe par la recherche d’une expédition qui a été formatrice. Marco Polo a voyagé pendant trente ans, mais il suffit de raconter une certaine période, dans son parcours, pour prendre la mesure du personnage et comprendre comment il est devenu, de simple voyageur, un explorateur qui a marqué son époque. Cela, on le racontera en un seul tome.

 

Vous êtes né en Suisse, on vous sait fan de Tintin… Allez-vous consacrer un volume d’Explora à Auguste Piccard, qui inspira le professeur Tournesol ?

C’est un personnage fabuleux. Il y a un événement que j’aimerais particulièrement raconter : la toute première plongée de son premier bathyscaphe. Piccard était accompagné de son fils Jacques, de Théodore Monod, de Jacques-Yves Cousteau… Tous ces explorateurs réunis autour d’une même passion, c’est quelque chose de rare. Car si les explorateurs ont beaucoup d’abnégation, ce sont souvent de fortes têtes, qui ont du mal à travailler les uns avec les autres. Auguste Piccard, en réunissant des gens qui n’avaient pas vocation à l’être, a accompli là une sorte d’exploit !

 

 

 

Propos recueillis par Jérôme Briot