par Johanna (Delcourt, coll. Mirages)
Nadja, l’héroïne de cet album one-shot, tient un carnet intime qui est aussi un carnet de voyage : « Je suis née en 1967 à Chang-Hua, Taïwan. Partie de l’île à l’âge de trois ans et demi, il ne me restait de ce lieu qu’un nom étrange inscrit sur mon passeport… Et quelques souvenirs doux-amers, ramenés de ce qui était devenu pour moi une contrée imaginaire… ». Plus de trente ans plus tard, Nadja a décidé de se rendre sur les lieux mythiques et fantasmés de sa naissance, à la recherche de ses origines. Elle ressent le besoin de se comprendre et de se libérer de la nostalgie qui l’habite depuis toujours.
Pour agrémenter son voyage, la jeune femme a emporté avec elle Nadja, le roman du surréaliste André Breton. Tout un symbole : ce roman porte son prénom et en plus commence par les mots « Qui suis-je ? ». Comme l’ouvrage est plutôt du genre hermétique, elle lui trouve un usage inédit : Nadja en fait un oracle, en lisant un paragraphe au hasard chaque fois qu’elle a besoin d’être guidée dans une décision. Et ça marche !
Cette idée plaisante du Yi-King surréaliste est peut-être ce qui a motivé Johanna à écrire ce récit, non sous une forme purement autobiographique, mais de façon romancée. Comme son héroïne, Johanna est née à Taiwan ; elle a quitté l’île quand elle était encore très jeune. Cet album marque une étape de son parcours d’auteur de BD, puisqu’il s’agit de son premier album non destiné aux enfants. On reconnaît son graphisme original et volontiers onirique, avec un traitement qui est plus réaliste que celui des Phosfées. La démarche d’introspection et le voyage intérieur sembleront peut-être un peu trop nombrilistes à certains lecteurs. Mais ils se consoleront en retenant simplement le carnet de voyage à Taïwan, foisonnant d’informations intéressantes sur l’île, ses habitants, leurs coutumes, la religion et les superstitions. Un appel au voyage !
