Le briographe

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Tag - Jean-Luc Masbou

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jeudi 1 mars 2012

De cape et de crocs T10, De la Lune à la Terre

Le rideau choit, mais ne déchoit pas !


De cape et de crocs T10, De la Lune à la Terre, par Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou
Delcourt, 48 p. couleurs, 13,50 euros

 

Final en beauté pour De cape et de crocs, avec le dixième et dernier volume des aventures d’Armand le renard et Don Lope le loup, rimeurs et escrimeurs au service d’une valeur : le panache !

 

Un Loup gris hidalgo sans doute un peu trop fier, son compagnon Renard poète et mousquetaire, leurs belles égéries qui ont du caractère, une carte au trésor dans une bouteille en verre, des pirates joyeux rêvant d’être corsaires, un inventeur génial bien que rébarbatif, Cénile l’armateur avare maladif, le fourbe Mendoza habile de sa rapière, d’étranges Sélénites exilés sur la Terre. De retour sur la Lune où tout se paie en vers : des rivières de diamants, des arbres aurifères… Et pour enfin conclure cet étrange inventaire, point de raton laveur en hommage à Prévert, mais un lapin mignon condamné aux galères. Croyez-m’en la série est faite pour vous plaire. Si vous ne l’avez pas, courez chez un libraire !

 

 

Questions à Alain Ayroles

 

Le monument De cape et de crocs devait durer cinq actes…

Alain Ayroles : En réalité, trois ! Dans le projet initial, au tome 2 ils partaient vers la lune, et ils en revenaient au tome 3…

 

… il en fait finalement dix. Dites, Monsieur l’architecte, comment expliquez-vous un tel dépassement de budget ?

Il y a eu plusieurs appentis, échauguettes et autres poternes qui ont été ajoutées à l’édifice principal, ce qui donne un résultat… assez baroque. Cela fait partie du charme de la série, qui a été conçue all’improviso depuis le début, dans l’esprit de la commedia dell’arte. Tout ce qui relève du gag, de la péripétie, de la situation cocasse ou aventureuse, a été imaginé selon l’humeur ou l’inspiration du moment. L’apparition régulière de nouveaux personnages, que nous n’avions pas le cœur à abandonner, a nécessité aussi de l’espace. Nous leur avons donné à chacun sa petite heure de gloire, à chacun sa tirade. À chaque fois ils ont pris de la place, car ils ont suscité des scènes entières. Comme les scènes de perroquets des pirates, qui se répètent sur au moins trois pages dans la série, sans apporter le moindre soupçon d’avancée à l’intrigue. Mais heureusement qu’il y a ce genre de scènes !

 

Pouvez-vous commenter la composition de la couverture ?

Il y avait une évidence qui s’imposait pour cette couverture : il fallait qu’on y voie un trois-mâts voguant vers la Terre. L’attitude des personnages drapés dans leurs capes, en surimpression, évoque la couverture du premier album de la série. Il fallait qu’on revoie les personnages principaux, surtout le loup et le renard, puisque c’est leur dernière apparition.

 

C’est une série dont le premier tome a été publié en 1995. Que ressentez-vous, à l’heure où paraît l’ultime volume ?

Je suis assez fier qu’on ait su poser un point final à cette histoire. Bien sûr, il y a le diptyque en préparation pour raconter l’histoire du lapin Eusèbe, c’est un à-côté prévu de longue date. Mais l’histoire elle-même se dénoue. Les personnages principaux tirent leur révérence à la fin de cet acte X. Quand nous avons achevé la dernière page, moi pour le découpage et Jean-Luc pour le dessin et les couleurs, nous avons fait nos adieux à Armand et à Lope. Ce n’est pas anodin, il y a beaucoup d’émotion à quitter ses personnages. J’avais déjà eu ce sentiment quand Garulfo s’était achevé après six volumes. Là, il y a quatre tomes de plus, et la densité de l’action est là pour montrer que nous n’avons jamais tiré à la ligne, ni fait durer artificiellement l’intrigue. Tout ce petit théâtre absurde a sa logique interne, que nous avons suivie. Arrive un moment où la logique veut que ce soit la fin. Nous avons essayé à chaque tome de placer la barre un peu plus haut, de nous fixer une gageure supplémentaire. Nous avons gardé jusqu’au bout l’idée de fignoler et de faire de la belle ouvrage. Par respect pour les lecteurs, il faut à un moment que ça s’arrête. Pour pouvoir conserver une vision d’ensemble de l’édifice, tout baroque qu’il soit.

 

« Comment Eusèbe fut condamné aux galères » : au début, ce devait être un one-shot. À présent vous présentez ce projet comme un diptyque… Tout cela va finir en cinq volumes !

L’intrigue est assez dense, mais ça reste dans l’esprit d’un one-shot. Ce n’est pas aussi feuilletonesque et ouvert que la série principale. C’est une histoire qui commence à la fin du tome 10 et qui s’arrête au début du tome 1. On devrait la voir apparaître d’ici environ deux ans. Le scénario est achevé, du moins l’armature de l’intrigue. Nous conservons la possibilité d’ajouter des gags, quand nous finaliserons les dialogues et le découpage.

 

Une scène courte, mais étonnamment poignante : la mort de Cénile, littéralement « aurifié », ce qui est peut-être une forme d’apothéose pour un avare.

C’est un moment dramatique. L’avarice, la cupidité sont des vices tragiques. Le malheureux est dévoré par une passion mortifère, dont on voit les dégâts dans l’économie et la vie actuelle. Mendoza, pour sa part, a une fin théâtrale à la hauteur de son personnage. Son sort n’était pas réglé de longue date. Pour plusieurs personnages et plusieurs situations, j’avais des hésitations et des fins alternatives… Il n’était pas obligatoire que Mendoza meure. Mais au fur et à mesure de l’écriture, les choix se sont affinés, et cette fin s’est imposée.

 

On n’est pas totalement sûr qu’il meure vraiment !

(rires) C’est vrai : est-ce qu’Alien meurt, à la fin du premier film ?

Propos recueillis par Jérôme Briot

lundi 2 novembre 2009

De cape et de crocs, acte IX

De cape et de crocs, acte IX, Revers de fortune, d’Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou

DELCOURT, 48 P. COULEUR, 12,90€

 

 

Une série dont un des running gags consiste à conjuguer le verbe choir à tous les temps, surtout s’ils sont inusités, mérite forcément le détour. En ce pénultième acte (déjà !), nos héros sont déconfits, emprisonnés ou tombés sous les coups des armes inélégantes. Mais c'est compter sans l’intervention du sempiternel Deus ex Machina : Eusèbe, en chair et en oreilles. Si vous n’êtes pas encore à-crocs à cette série qui dé-cape, c’est que vous ne vous y êtes pas encore plongé. Hâtez-vous de la lire, que les bras vous en cheyent !

lundi 3 mai 2004

Luna Incognita, De cape et de crocs T6

De cape et de crocs T6, par Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou (Delcourt)

Un singulier équipage vogue vers la Lune : un homme (Raïs Kader), deux femmes (Séléné et Dona Hermine), un renard gentilhomme (Armand Raynal de Maupertuis), un loup hidalgo (Don Lope Villalobos y Sangrin) et le lapin Eusèbe. Ils espèrent y trouver fortune : la lune regorge d’arbres insolites couverts d’or et de pierres précieuses. Ils doivent aussi sauver Andréo et Plaisant, leurs compagnons captifs du cruel prince Jean Sans Lune. D’autres qu’eux convoitent ces trésors : le funeste Mendoza, outre l’appât du gain, a un duel en cours avec nos gentilshommes (techniquement des gentilscanidés, d’ailleurs) et Bombastus, qui veut étudier de près ce monde inconnu, par curiosité scientifique.

Armand et Don Lope sont aux anges : ils ont enfin retrouvé leur dulcinées (même si leur affection de ces dernières tend à se détourner au profit d’Eusèbe, qui est vraiment trop mignon). Après quelques péripéties, nos héros réussissent à alunir en toute sérénité (mais ouf, pas dans la mer du même nom).

Les premiers pas sur la lune… un moment émouvant qu’Armand traduit en savoureux alexandrins : « A la solennité préférons l’élégance. Aux grands bonds conquérants, de petits pas de danse ». Après ces paroles historiques, nos héros se mettent à la recherche des Sélénites. Point besoin d’aller en ville, c’est Callikinitopolis (littéralement, la jolie cité mouvante) qui vient à eux. Apprenant que le prince Jean est de retour de son exil sur Terre, les Sélénites s’affolent et conduisent nos amis auprès du roi de la Lune qui, stupeur ! ressemble à son frère comme deux gouttes d’eau (ainsi qu’au duc de Bordeaux, mais les auteurs ont omis de le signaler). Par précaution, une mission leur est confiée : retrouver le Maître d’armes, un autre terrien érudit, philosophe, poète et fin bretteur par-dessus tout, seul capable de reformer les cadets de la lune et d’organiser la défense…

Admirateurs de cette série raffinée et exubérante, fruit de la collaboration entre deux auteurs perfectionnistes à bon escient, vous serez comblés par ce nouvel opus. Que ceux qui ne connaissent pas encore ce bijou du 9e art se précipitent de toute urgence vers le premier tome : De cape et de crocs est une splendeur indispensable que les superlatifs les plus élogieux peinent à décrire selon ses mérites infinis : plein de panache, érudit, humaniste, inattendu, spirituel, poète, enthousiasmant… En un seul mot : jouissif !

 

Mini-interview

Les fans de la saga redoutent déjà la proximité du dénouement de cette histoire. Poursuivrez-vous De cape et de crocs dans un second cycle ?

Alain Ayroles : L’histoire devrait s’achever avec la parution de l’acte IX. Je dis bien « devrait », car à chaque nouveau tome, de nouvelles idées de gags viennent se greffer sur l’intrigue principale et en repoussent le dénouement ; car si je m’efforce de respecter une trame cohérente, mon écriture laisse la part belle à l’improvisation, dans un esprit proche de la commedia dell’arte et du feuilleton à la Dumas. Lorsque ce récit sera terminé, nous préfèrerons certainement réaliser des one shot (la peste soit de l’anglicisme ! ne pourrait-on dire des « un coup » ?) plutôt qu’entamer un nouveau cycle. Mais allez donc raconter une histoire complète en 46 pages quand des personnages secondaires – je pense particulièrement à certain lapin – essaient constamment de tirer la couverture à eux !…

Et que diable Eusèbe allait-il faire dans cette galère !? Finirons-nous par le savoir ?

Alain Ayroles  : On trouve dans l’acte VI quelques révélations concernant le passé trouble de l’ex-galérien. Toute la lumière sera un jour faite sur « l’Affaire » : j’ai déjà écrit le scénario du un coup relatant le parcours d’Eusèbe jusqu’à son arrivée aux galères. Nous en saurions déjà plus si messieurs de Maupertuis et Villalobos daignaient prêter une oreille attentive aux propos de leur ami. Hélas ! Il est fort malaisé de se faire entendre lorsqu’on est un lapin !

paru dans Bédéka #4