Vénus H. T1, par
Jean Dufaux et Renaud (Dargaud)
Racoleur, le
principe de la nouvelle série imaginée par Jean Dufaux ? A priori on pourrait
le croire : Vénus H. est une agence de call girls, dirigée avec fermeté par la
mystérieuse "Mademoiselle". Chaque album est une histoire complète qui met en
scène une des employées de l'agence, belle demoiselle à l'affection négociable.
Le second tome, déjà annoncé, nous fera suivre Miaki. Mais tout d'abord, voici
Anja, la Norvégienne.
Dès la seconde
phrase, nous sommes prévenus : Anja va mourir. Pourquoi, comment ? Tout
commence au jardin du Luxembourg. Anja est recrutée pour une mission qui est
tout à fait dans ses cordes. On lui demande de séduire Jacques Audry, juge
d'instruction zélé, devenu gênant. Audry a constitué un dossier accablant qui
devrait lui permettre "faire tomber" une personnalité politique de premier rang
impliquée dans des malversations sulfureuses. En plaçant le magistrat au cœur
d'une affaire de mœurs et de prostitution, les commanditaires espèrent bien
freiner ses ardeurs… Bien entendu, rien ne se passera comme prévu !
Difficile de
parler de charme ou d'érotisme à propos de cet album, malgré les scènes de
nudité. L'amour, celui qu'on vend ou celui qu'on offre, est un thème au cœur de
la série. Le désir est un simple outil de pouvoir. Mais avant tout, c'est de
manipulation qu'il s'agit : manipulation des sentiments et des êtres
eux-mêmes.
Quels que
soient le glamour d'Anja, sa distinction ou sa culture… elle est l'employée
d'un réseau de prostitution, avec ses règles implacables, ses hommes de main et
toute sa hiérarchie de maquereaux sinistres et menaçants. Avec aussi des
rappels à l'ordre au moindre écart de conduite. Sois belle, mais surtout sois
disciplinée et soumise, sinon ce sera un passage à "la guérite", lieu redouté
des employées de Vénus H. où "on" les remet dans le droit chemin, en employant
la manière forte. Le moins qu'on puisse dire est que la prostitution n'est pas
traitée ici avec frivolité. La rédemption est-elle possible dans cet univers ?
Est-il possible de sortir du réseau ? C'est paraît-il une question d'argent,
mais aussi une affaire de principes.
Anja est un
polar inquiétant et sordide sur fond de magouilles politiques. Il y flotte une
sorte d'angoisse diffuse, une ambiance de méfiance et de malaise parfaitement
gérée par Jean Dufaux et impeccablement mise en images par Renaud. Pour ce
dernier, il faut signaler que la série apporte comme un renouveau : habitué à
dessiner l'Amérique de Jessica Blandy, le voici dans un univers parisien. Il en
profite aussi pour s'essayer aux couleurs directes, de façon d'ailleurs
convaincante.
Ombres à ce
tableau, le dénouement et l'épilogue de cet album font un peu "fabriqués" et
laissent le lecteur sur une moue dubitative.