Sam Lawry T2, par
Hervé Richez et Mig (Bamboo, coll. Grand Angle)
Sam Lawry est un soldat américain embarqué dans la guerre du Vietnam. Une
blessure à la tête l'envoie à l'infirmerie. Il espère bien que cela sera son
ticket de retour vers la mère-patrie. Hélas, le toubib diagnostique un léger
traumatisme crânien et revoie Sam à son unité. Le GI constate bientôt qu'il
n'est pas tout à fait indemne : il a attrapé une sorte de "sixième sens". Des
visions qui lui permettent de voir ses compagnons ou ses ennemis morts,
quelques minutes avant la balle ou l'obus fatal.
Ce talent n'est pas le bienvenu. Dans l'armée, les briseurs de moral sont
pires que les ennemis. Sam est donc contraint au silence par ses camarades et
par sa hiérarchie. Mais bientôt, il reçoit une visite inattendue : son frère
Nathan vient de s'engager. Il a même reçu son affectation : la base de Khe San,
une zone très dangereuse du Nord Vietnam. Horreur ! Sam voit Nathan avec
cinq balles dans la peau. Il n'a plus qu'une idée en tête : sauver son petit
frère de la mort annoncée. Est-il possible de contrer les visions et de
transformer le destin ?
Alors
qu'Hollywood a évoqué la guerre du Vietnam jusqu'à l'écœurement, Hervé Richez
réussit l'incroyable : nous raconter ce conflit sous un angle encore inédit. En
comparaison des super-pouvoirs des héros de comics ou de l'Héroic fantasy, la
prescience morbide de Sam peut paraître insignifiante. Or, c'est précisément ce
qui permet au scénariste de conserver un ton réaliste à son récit. Nous suivons
le parcours d'un homme ordinaire qui connaît des fragments d'avenir et sa
rébellion contre une fatalité tragique… ce qui n'est pas sans évoquer
Quartier Lointain de Taniguchi, même si l'intention et le traitement
sont différents.
On pouvait reprocher au premier tome sa palette de couleurs un peu trop
fluo. Le second volume est colorisé par Fabien Alquier, qui a réalisé un
travail plus sobre et plus juste. Dans le même temps, le dessin de Mig a
énormément gagné en maturité et en précision. Sam Lawry révèle deux
auteurs très prometteurs. Avis aux collectionneurs, Bamboo proposera les deux
volumes qui forment une histoire complète dans un coffret offert.
Le 7 août 1964, le président américain Johnson engage l'US Navy et son pays
dans le conflit vietnamien. Le 27 janvier 1973, les accords de Paris entérinent
le retrait des troupes américaines. Entre ces deux dates, une guerre politique
dans le seul but d'éviter la propagation du communisme en Asie. Bilan des
pertes humaines : environ 50000 soldats américains, 400000 Sud-vietnamiens,
900000 Vietcongs et Nord-vietnamiens. Le Vietnam est la première guerre qui ne
s'achève pas par une victoire des Etats-Unis.
paru
dans Bédéka #3