Le briographe

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lundi 7 janvier 2013

Le Guide du mauvais père - tome 1

Papa pas poule

Le Guide du mauvais père - tome 1, de Guy Delisle
Delcourt, 192 p. N&B, 9,95€

 

Consacré à Angoulême l’an dernier avec un Fauve d’Or pour ses Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle profite de son état de grâce pour jouer non pas les sales mômes, mais le « mauvais père ».

 

En 2013, oubliez Dolto, traumatisez vos enfants ! Pourquoi faire ? Parce que ça peut être drôle. Parce que ça soulage. Parce qu’ils sont trop petits pour se défendre ! De toute façon, tôt ou tard, ils auraient fini par la connaître, la vérité sur la Petite Souris, le Lapin de Pâques… et la pénétration. Mais n’oubliez pas votre rôle éducatif : si vous ne les aidez pas un minimum, comment sauront-ils se servir d’une tronçonneuse, ou déboucher le siphon de l’évier ?

 

INTERVIEW

Après avoir signé « le meilleur album de l’année », vous aviez envie de changer totalement de registre ?

Guy Delisle : Tout a commencé au retour d’Angoulême 2012. Avant, en rentrant du festival, on faisait des strips qui étaient publiés dans Lapin [la revue des auteurs de L’Association]. Ça permettait de connaître la vision des autres. J’ai prolongé la tradition, en commençant avec un strip que j’ai publié sur mon blog… Comme j’avais de la place, j’ai fait plus long. Et de fil en aiguille, j’ai repensé à ce Guide du mauvais père dont j’avais eu l’idée il y a quelques années. Chaque auteur a en soi des envies très différentes de narration. En fait, il y a déjà un peu de ça dans Chroniques de Jérusalem : si on enlève la partie voyage, la partie explicative, la partie politique… il reste la relation avec les enfants.

 

Comment décririez-vous le Guide du mauvais père ?

C’est un guide de choses à ne pas faire, qui sont un exutoire. Quand ma petite fille se réveille le matin et vient me voir, alors que je viens de lire un article horrible à propos d’un singe à Singapour qui a enlevé un bébé… pendant une fraction de seconde, je me demande ce qui se passerait si je lui racontais l’histoire. C’est drôle d’imaginer ce que ça donnerait, si on racontait ce genre d’histoires terribles à des enfants, comme s’ils étaient des adultes. C’est un décalage que j’aime bien. C’est peut-être la première fois de ma vie que je ris à en pleurer en faisant une histoire.

 

Vos enfants savent que vous avez un double maléfique, en bande dessinée ?

Etre papa, c’est fatigant. J’espérais être le papa un peu cool, avec les pieds sur le bureau. Le problème, c’est que si tu commences à faire ça, tes enfants mettent les pieds sur la table en mangeant. Alors il faut se tenir bien à table, ne pas dire de gros mots, montrer l’exemple tout le temps… En BD, je peux me permettre pas mal de choses. Mais dans la vraie vie, je ne compte pas faire lire cet album à mes enfants. Pas avant quelques années en tout cas !

 

 

Jérôme Briot

vendredi 2 décembre 2011

Chroniques de Jérusalem

(on avait discuté de Chroniques de Jérusalem en réunion de rédaction ; et comme on ne se mettait pas d'accord, on a décidé de faire une double chronique, pour rendre compte de cette diversité d'opinion)

Zoo est attaché à la diversité des points de vue de ses contributeurs. Si par manque de place, nous ne pouvons pas offrir une tribune à chaque point de vue, il nous semble intéressant de juxtaposer de temps en temps des avis divergents sur un même album.

  

Après avoir été un globe-trotter de la mondialisation, mandaté par des studios d’animation occidentaux pour superviser le travail d’équipes asiatiques à bas coût à Shenzen (Chine) et à Pyongyang (Corée du Nord), Guy Delisle est devenu un globe-trotter de l’humanitaire.  Ses enfants et lui-même font partie des bagages de sa compagne, qui est envoyée par Médecins sans frontières sur différents théâtres d’opération pour des missions de longue durée. Après une année à Rangoon, relatée dans ses Chroniques birmanes, en août 2008 Guy Delisle pose ses valises à Jérusalem-Est, à proximité de Gaza où est établie la mission de MSF.

Les Chroniques de Jérusalem sont le compte-rendu d’un visiteur aussi désinvolte et neutre qu’on puisse l’être dans la région, quand on n’est impliqué ni religieusement ni politiquement dans les conflits entre Israël et la Palestine. « Merci mon Dieu de m’avoir fait athée », ironise Guy Delisle en songeant aux difficultés qu’éprouvent les différents groupes à vivre ensemble en des lieux considérés comme sacrés par les trois religions du Livre. Et l’auteur de croiser avec une surprise sincère autant qu’ingénue, le regard furieux de passants offensés qu’il mange une pomme en pleine rue pendant le ramadan, ou de juifs ultra-orthodoxes ulcérés qu’il ose conduire une voiture pendant le shabbat. Delisle rapporte les différentes tracasseries quotidiennes que lui cause la situation du pays, sans toutefois porter de jugement de valeur. Il faudra l’attitude des colons d’Hébron, connus pour leur radicalisme, et la connivence de l’armée israélienne à leur égard – attitude d’ailleurs dénoncée par d’anciens militaires eux-mêmes, ce qui au passage rappelle qu’Israël reste une véritable démocratie – et bientôt les bombardements de l’opération plomb durci en janvier 2009, pour pousser le dessinateur hors de sa réserve.