par Zoran Penevski et Goran Josic (Delcourt, coll. Mirages)

Belgrade, janvier 1997. Le parti de Milosevic a perdu les élections municipales en novembre, mais refuse de quitter le pouvoir. Le bras de fer s'engage avec les étudiants qui manifestent dans une ambiance de carnaval. Dans l'assemblée qui brave le cordon des policiers, trois étudiants serbes emblématiques de leur génération : Milos, Ana et Ivan.

Nous les retrouvons en avril 1997, alors que Belgrade est bombardée par l'OTAN. Milos utilise internet pour avertir le monde de la situation des civils. Ana est terrorisée par les bombardements et passe toutes ses nuits dans sa cave. Ivan en tant que dessinateur exprime ce qu'il voit, ce qui lui vaut d'être considéré comme un informateur de l'OTAN par le régime. Plus que jamais, le plus tragique des dictons est : "C'est le printemps, et moi je suis en Serbie".

Dans certaines planches, les personnages dessinés par Goran Josic ne cessent de changer de style graphique d'une vignette à l'autre. Ils sont successivement extrêmement schématiques puis à peine suggérés comme des ombres floues, et enfin croqués de façon réaliste. On pourrait presque croire qu'ils "clignotent". Par cet artifice, les auteurs parviennent de façon très juste et subtile à exprimer le sentiment des Serbes bombardés : leur vie est précaire, leur existence perpétuellement remise en question. A cela s'ajoutent un texte et des situations très poignantes, dont l'authenticité nous est confirmée dans le cahier de postface du scénariste : "tous les détails de la bande dessinée, les témoignages, les événements, les situations, tout est véridique. La vie a été bien assez bizarre pour qu'il n'y ait aucun besoin d'inventer quoi que ce soit". Le sujet, bien entendu, est trop grave pour qu'on parle de "plaisir" à la lecture de cet album... mais le tandem d'auteurs serbes fait preuve d'une admirable maîtrise de l'expression BD. Leur témoignage, outre sa valeur historique certaine, est un modèle du genre.

 

 

Le dictateur

Milosevic prend la tête de la Ligue communiste serbe en 1987 et devient président de la Serbie en décembre 1989. Pendant 13 années d'exercice du pouvoir, il ne cesse d'employer la force, envoyant des troupes en Croatie, en Bosnie, au Kosovo. Son règne est marqué par les assassinats politiques, l'interdiction des médias et les magouilles électorales : il n'hésite pas à invalider les élections qui lui sont défavorables. Refusant les négociations de Rambouillet en mars 1999, il précipite sa perte : l'OTAN entame aussitôt une (discutable) campagne de bombardement de la Yougoslavie, jusqu'au 9 juin. Pour la première fois en 2001, un ancien chef d'Etat comparait devant un tribunal international. Milosevic est condamné pour génocide et crimes contre l'humanité.