Le briographe

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Tag - Glénat

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mercredi 5 janvier 2005

Légendes urbaines, Raghnarok T4

Raghnarok T4, de Boulet (Glénat)

 

Dans ce quatrième album, Raghnarok (dragonnet que sa mère désespère de transformer en terreur des marais) n'est pas loin de se faire piquer la vedette par ses copines ! Il faut dire que Najette (petite fée dans le style de Clochette, habillée en treillis et coiffée comme la princesse Leïa) a de graves problèmes de baguette magique. Mais la vraie star de cet album, c'est Roxane, aussi peste qu'une Kriss de Valnor de huit ans, barbare typique avec un casque à cornes et une hache à deux tranchants constamment dégainée. Victime d'un quiproquo, Roxane est arrachée à son milieu hostile naturel et envoyée dans le confort insupportablement douillet d'une pension pour jeunes filles…

Les séries d'humour avec des gags en une à deux planches sont un genre particulièrement difficile : il faut en peu d'espace mettre en place une situation, la développer et la conclure de façon efficace et drôle... Et surtout, il faut en permanence trouver de nouvelles idées et faire évoluer la série. Boulet y parvient avec panache, produisant quelques nouvelles merveilles comme cette visite de la grand-mère de Raghnarok dans une ville humaine, dans la plus pure ambiance Godzilla. Ce n'est plus un doute : Raghnarok est un des futurs grands classiques de la BD d'humour.

 

jeudi 2 décembre 2004

Qui va tuer Barbara Wolf ?, Barbara Wolf T2

Barbara Wolf T2, par François Maingoval et Bruno Marivain (Glénat)

 

Ce polar qui n'est pas fait pour les impatients : le tome 1 s'ouvre sur un meurtre banal et au bout d'une dizaine de pages, on se demande pourquoi des auteurs continuent de recycler  inlassablement les mêmes thèmes. Erreur ! Soudain l'intrigue se met en place, la série gagne en consistance, le scénario devient étonnant… et on se trouve pris dans les filets. Un meurtre sans mobile apparent, une conspiration visant une jeune femme, un gang d'assassins qui fait très bien le ménage derrière lui… c'est l'enquête impossible dont hérite l'inspecteur Degimbol, vieux briscard qui possède l'intuition de Derrick et la pipe de Maigret !  Si les auteurs évitaient d'inutiles scènes de charme qui brisent le rythme, cette série à l'intérêt croissant serait vraiment haletante. Dénouement : au prochain tome.

vendredi 10 septembre 2004

Nadia se marie, Titeuf T10

Titeuf T10, par Zep (Glénat)

Les noces dare-dare

Les écoliers seront souriants pour la rentrée des classes : le dixième tome de Titeuf est arrivé ! Glénat l'a édité à deux millions d'exemplaires. C'est encore loin derrière les trois millions d'Astérix et Latraviata, mais Titeuf est encore une jeune série…

Depuis sa création en 1993, il s'en est vendu douze millions d'albums. Les aventures de Titeuf, traduites en vingt langues, dépassent l'univers BD. Il a été adapté en romans, en dessins animés et on ne compte plus les objets dérivés à son effigie (ni d'ailleurs les contrefaçons). S'il compte un public important à tous les âges, il est surtout la coqueluche des cours de récré. Son plus grand exploit ? Avoir conduit un million de gamins à réclamer un manuel d'éducation sexuelle à leurs parents : Le guide du zizi sexuel. Comme Harry Potter, Titeuf attire à la lecture toute une population qui ne lit ordinairement pas, sans pour autant déplaire à ceux qui lisent beaucoup.

La raison de cette belle unanimité : un humour débridé et des thèmes qui parlent à chacun (les lecteurs de Titeuf sont soit des enfants, soit d'anciens enfants), un langage attachant avec des jurons explosifs et fantaisistes, une bonne dose d'insolence, le tout servi par un dessin caricatural très efficace.

Lors de la sortie du tome précédent, Zep racontait avoir créé plus d'une centaine de planches non exploitées dans son album. Depuis, les lecteurs fidèles du magazine Tchô! ont eu l'occasion d'y découvrir des gags inédits en album. Mais il ne s'agissait pas de prépublication. Ou du moins, pas dans l'immédiat. Pour célébrer le tome 10, Zep crée la surprise en s'essayant au long récit, un format dans lequel il a toujours déclaré ne pas se sentir très à l'aise (visiblement, ça va beaucoup mieux), que les jeunes lecteurs lui réclamaient régulièrement. Petite concession à son public et surtout gageure de l'auteur, nous accompagnons Titeuf dans une grande histoire. Ce n'est pas une aventure exotique : nous restons dans son univers familier, avec les copains, l'école et la famille.

Dans dix jours à peine, c'est la fête de l'école et il y aura une boum. Titeuf n'est pas vraiment le favori de Nadia, mais si quelqu'un doit danser les slows avec elle, ce sera lui et pô un autre ! Il faut donc la séduire avant la date fatidique. Oui mais… sortir avec une fille, comment on fait ? Heureusement Manu accepte de jouer au coach pour aider Titeuf à déclarer sa flamme. Ou au moins, inviter Nadia au cinéma. Surmontant sa timidité et poussé par son pote, Titeuf sonne chez elle. Un garçon inconnu ouvre et explique que Nadia ira effectivement au cinéma demain : avec lui. Nadia a un amoureux ! Si ça se trouve, elle va se marier avec lui !? C'est le moment d'inventer un plan d'urgence…

Après avoir posé cette intrigue, Zep fait défiler une avalanche de situations loufoques que nous vous laissons découvrir. Libéré de la contrainte de devoir introduire, développer et conclure ses gags dans une même planche, il prend un rythme de croisière à trois strips par page au lieu de quatre dans les autres albums. Les vignettes étant plus grandes, le dessinateur a fignolé de petits détails en arrière-plan : autoportraits, caricatures de copains, personnages de BD. Nous découvrons aussi plus en profondeur quelques personnages de l'entourage de Titeuf, en particulier Manu et Julie (la cousine). Tout cela devrait vous apporter satisfaction. Les plus Titeuf-maniaques pourront compléter avec le nouveau jeu vidéo, le dictionnaire Larousse 2005 (qui comprend un cahier illustré par différents auteurs, dont Zep) et l'album collector Portraits de Titeuf, dans lequel 30 dessinateurs de renom croquent le gamin à leur manière.

 

Les albums de la série :

Dieu, le sexe et les bretelles (1993)

L'amour, c'est pô propre (1993)

Ca épate les filles (1994)

C'est pô juste (1995)

Le derrière des choses (1996)

Tchô, monde cruel ! (1997)

Le miracle de la vie (1998)

Lâchez-moi le slip (2000)

La Loi du Préau (2002)

Nadia se marie (2004)

 

vendredi 3 septembre 2004

Secrets : Le serpent sous la glace T1

par Franck Giroud et Milan Jovanović (Glénat)

Franck Giroud est passionné d'Histoire (il en est d'ailleurs professeur agrégé) et de voyages. Sa nouvelle série Secrets lui offre le prétexte idéal pour transporter le lecteur en des lieux et des époques très variées, puisqu'il s'agit d'évoquer des secrets de famille : un thème universel et déclinable à volonté. Secrets rassemble différentes aventures, confiées chacune à un dessinateur différent… Un principe que le scénariste avait déjà utilisé avec bonheur pour Le décalogue et qui permet à Dupuis de sortir ensemble les deux premières sagas de la série. L'écharde, histoire dessinée par Marianne Duvivier et prévue en deux tomes, nous emmène dans la France de Mai 1968 et celle de 1942. Le serpent sous la glace, réalisé par Milan Jovanović, se déroule majoritairement dans la Russie contemporaine et dans l'URSS au cœur de la guerre froide.

A plus de 80 ans, Vassili Kozlov vient de décéder dans son appartement parisien. En mettant de l'ordre dans ses affaires, ses enfants découvrent une mallette pleine de souvenirs de jeunesse : des coupures de presse qui évoquent une expédition au pôle nord, une médaille, une vieille carte d'identité délavée et surtout une photo de lui, jeune. Une aubaine pour Valentin et Nathalie qui ignorent tout du passé de leur père d'origine russe. Pour quelle raison avait-il fuit l'URSS en 1954 ? Quelle a été sa vie pendant ses quarante premières années ? Jamais il n'a accepté d'apporter le moindre élément de réponse à ces questions simples. Convaincu que cette fameuse mallette pourra enfin faire la lumière sur ce passé trouble, Valentin se lance dans une quête des origines qui l'emmène en Russie. Et bientôt dans un fameux bourbier !

Le dessin de Jovanović, au style réaliste et plutôt conventionnel, montre des personnages au physique ordinaire, des extérieurs mornes et tranquilles… Ne vous fiez pas à cette apparente banalité ! Cette histoire déborde de situations étonnantes, de révélations inattendues, de fausses pistes… et de vrais mystères. Les coups de théâtre se succèdent avec un découpage de scènes étudié pour faire monter le suspense et aiguiser notre curiosité. En apparence, l'enquête de Valentin avance à pas de géant. Mais en réalité, à mesure que le héros progresse dans la recomposition du puzzle familial, il y a de plus en plus de pièces à assembler… Giroud déploie son scénario avec subtilité et panache. Les nombreux dialogues et récitatifs sont rédigés dans un style littéraire très agréable. Le seul mystère dont on n'est pas certain d'avoir la clé dans les tomes à venir, c'est le titre de l'album : il est bien question de glace, mais pourquoi un serpent, fût-il allégorique ?

 

dimanche 4 juillet 2004

La rescapée d'Ekaterinodar, Sophaletta T8

Sophaletta T8, par Erik Arnoux et Dominique Hé (Glénat)

Après avoir sauvé son amie Lioubov, Sophaletta avait un plan simple : fuir la Russie en pleine révolution bolchevique. Son cousin Léonid Varioff, contremaître dans une aciérie de l'Oural, devait l'aider. Mais rien n'est simple dans la Russie de 1917 : Varioff est introuvable et le groupe est pourchassé par un émissaire enragé de Lénine…

Sophaletta est une grande fresque historique au style réaliste, élégamment mise en images par Dominique Hé depuis le tome 4. En préface du premier tome, Arnoux rendait hommage à la comtesse de Ségur. Les malheurs de "sa" Sophie sont d'un autre tonneau : on désespère de voir l'héroïne connaître un jour un peu de quiétude… Goût du mélodrame ? Ah… l'âme slave !

 

jeudi 6 mai 2004

Igne Natura Renovatur Integra, I.N.R.I. T1

I.N.R.I. T1, de Didier Convard, Denis Falque et Pierre Wachs (Glénat, coll. La loge noire)

Les sept tomes du Triangle secret nous ont entraînés dans une haletante croisade pour la vérité : Didier Mosèle, franc-maçon et historien, y a mené une dangereuse enquête pour révéler au monde un terrible mensonge de l’Eglise, vieux de 2000 ans. Non, Jésus n’est pas mort sur la croix ! C’est son frère jumeau Thomas qui a pris sa place en haut du Golgotha. Tout cela est décrit dans un cinquième évangile de la main même du Christ, nommé le  "Testament du fou", l’authentique trésor des templiers… Mais les francs-maçons ont perdu la première manche, dupés par le puissant cardinal Montespa qui, pour l’intérêt supérieur de l’Eglise, n’a pas hésité à faire assassiner ses amis. Didier Mosèle a disparu, après avoir retrouvé le corps de Jésus et ses mémoires dans un tombeau secret en région champenoise…

INRI, nouveau cycle en quatre volumes, fait intervenir une notion totalement absente jusqu’à présent : le miracle. Un mot que la cellule scientifique du Vatican ose à peine prononcer. Mais que dire d’autre, alors que l’autopsie de la dépouille de Jésus montre qu’après 2000 ans, la vie y circule toujours ? Le cardinal Montespa fait immédiatement le rapprochement avec la "légende des cinq chevaliers" : en 1104 Hugues de Payns et quatre autres chevaliers de Champagne, héritiers de la Loge première, se mettent en campagne pour retrouver à Jérusalem le tombeau de Thomas, dans lequel Jésus s’était caché des Romains. L’ayant repéré, ils découvrent sur le suaire de l’imposteur un cryptogramme mystique tracé par le messie. Celui qui le déchiffrera détiendra le secret de l’immortalité. Mais ils sont pourchassés par la sinistre confrérie des Gardiens du sang

Le fantastique fait donc son entrée dans la saga etDidier Convard pousse encore un peu plus loin la provocation en montrant les cardinaux plutôt embarrassés à la perspective que Jésus ressuscite... Les manigances politiques de Montespa et de ses séides promettent une nouvelle fois de nous tenir en haleine. Technique désormais rodée, la série s’écoule en différentes époques, chacune étant confiée à un dessinateur : Falque dessine les scènes contemporaines, Wachs s’occupe du Moyen-Âge, tout l’album est colorisé par Paul. L’alternance des styles facilite l’adhésion au principe des flashes-back, et le partage du travail permet une cadence étonnamment rapide de sortie des albums. Le Triangle secret a connu un immense succès en librairie (plus de 700000 albums vendus), il serait miraculeux qu’INRI ne suive pas le même chemin…

 

 

Le Triangle Secret :

1- Le Testament du fou (2000)

2- Le jeune homme au suaire (2000)

3- De cendre et d'or (2001)

4- L'évangile oublié (2001)

5- L'infâme mensonge (2002)

6- La parole perdue (2002)

7- L'imposteur (2003)

mercredi 5 mai 2004

Avalon, H.K. T1.1

H.K. T1.1, par Jean David Morvan et Kévin Hérault, dit "Trantkat" (Glénat, coll. Grafica)

 

L'Axe est de retour sur Avalon, malgré les crimes commis il y a cinquante ans. Et Avalon déroule le tapis rouge : le besoin est trop fort de renouer des accords commerciaux et diplomatiques avec cette grande puissance. Lola Sterling (la fille du conciliateur chargé de négocier avec l'Axe) et ses amis (tous fils de bonnes familles) refusent la présence des forces axiales sur leur planète. Ils montent un groupe armé pour mener la résistance (casser des voâtures à grands coups de club de golf, quoâ !) et susciter une réaction de masse. Cela les conduit à rencontrer les Initials, une bande de zonards dirigée par Cédrick et Karl Hollister (H. K., c'est lui), qui vit en dérobant des marchandises sur les docks. Confrontation détonante !

H.K. n'est pas une nouveauté : l'album Avalon est originellement paru en 1996 dans une collection manga de Glénat. A l'époque, Kévin Hérault signe Trantkat et Jean-David Morvan n'est pas encore un scénariste très sollicité. La diffusion de la saga est donc sans doute très en deçà de son potentiel. Pour lui offrir une seconde vie, Hérault a décidé de tout réécrire. La démarche va bien au-delà d'une réédition : tout ou presque a changé. H.K. déserte les collections manga pour passer en format d'album conventionnel. Chaque planche est retouchée en profondeur pour s'adapter à cette contrainte : dessins additionnels, nouveau découpage et insertion de huit planches totalement inédites. Pour les couleurs, c'est encore plus radical : Hérault efface tout et recommence. Le résultat est à couper le souffle, en particulier dans les premières planches particulièrement soignées. Les dialogues à leur tour ont été entièrement réécrits : plus bavards et plus châtiés. Par exemple : "Merde ! Mate ça !" devient "Que…? Regarde ! T'as vu ça ?!". C'est le seul point faible de cette réédition : les précédents dialogues étaient plus directs, plus rythmés. Mais il fallait peut-être cela pour donner au lecteur le temps d'admirer…

samedi 1 mai 2004

Captain Biceps l'invincible

par Zep et Tebo (Glénat, Tchô ! la collec)

Les lecteurs du mensuel Tchô! connaissent bien Captain Biceps : ce héros tout en muscle, dans son costume rouge et jaune, y affronte chaque mois de nouveaux adversaires. Captain Biceps ne cherche pas à sauver la planète ni défendre la veuve (sauf si elle est bien roulée genre mannequin avec de gros nénés). Sa seule quête : prouver à tous ses confrères super-héros que c'est lui le plus balèze ! Adepte du bourre-pif en béton et du coup de pied dans les parties, Captain Biceps affronte des célébrités : Hulk, Daredevil, Spiderman ou Michael Jackson. Pas sectaire, il défie aussi des héros moins super et pas très connus, comme Pacific Man (trop facile), Glu-Man (trop collant), Végétal-man etc. Du moment qu'il y a des baffes à distribuer !

Si Captain Biceps est invincible, c'est qu'en plus de ses muscles, il a de la ressource. Auriez-vous imaginé qu'on pouvait vaincre la Chose en l'oignant de crème pour peau sèche ? Qu'on terrasse la torche humaine en lui pissant dessus ? Que pour faire pleurer Batman, il suffit de rayer la Batmobile !?

En plus de ces combats parfaitement gratuits, une rubrique "Le saviez-vous ?" achève de tourner en dérision les différents adversaires de Captain Biceps : une démarche absolument salutaire ! Depuis plus de cinquante ans, Marvel, DC Comics et consort nous montrent des super-héros incroyablement sérieux malgré leurs costumes moulants et bariolés, toujours affairés à éviter les pires catastrophes, à mettre leurs vies en danger au service de l'humanité. Il faudrait rebaptiser ces histoires des "dramatics", ce serait plus adéquat ! Captain Biceps, c'est enfin du comics comique, un créneau qu'il dispute à Super Dupont (on rêve d'une confrontation !), avec un style des plus direct. Agressif et régressif, il n'est pas certain que Captain Biceps soit héroïque. Mais il est incontestablement super.

paru dans Bédéka #4

lundi 5 avril 2004

Emilie et Liam, Les chasseurs de rêves T1

Les chasseurs de rêves T1, par Ferry et Arnaud Leterrier (Glénat, coll. La loge noire)

Scotland Yard s'inquiète. En trois semaines, six enfants tous âgés de 13 à 14 ans semblent être morts de terreur. Même phénomène à Vienne : en six mois, le professeur Freud a entendu 17 enfants lui raconter exactement le même cauchemar. Tout cela est provoqué par une société secrète qui manipule le cerveau des adolescents pour en extraire une énergie mentale et des connaissances extraordinaires… La nouvelle saga de Ferry n'est pas très convaincante. Certes, la partie "polar" de l'album est assez plaisante, le dessin d'Arnaud plutôt agréable… Mais les explications sur les chasseurs de rêves et les pouvoirs qu'ils convoitent sont confuses. On a donc peine à accrocher à cette histoire prévue en deux tomes.

 

paru dans Bédéka #3

dimanche 21 mars 2004

Le premier palier, Le roi du monde T1

Le roi du monde T1, par François Corteggiani et Dominique Cébé (Glénat, coll. La loge noire)

 

Bastien Larkos, expert en géographie imaginaire, a reçu des documents intrigants par la poste : en 1920, dans une boutique d'antiquités de Sibérie Orientale, un Arménien récupère une icône mystérieuse. Il n'est pas le seul à la convoiter : un groupe de tchékistes se lance à sa poursuite et l'homme ne doit son salut qu'à l'intervention salvatrice d'un conducteur d'automobile. Sans lui laisser le temps de savourer sa victoire, l'automobiliste abat son passager, lui dérobe l'icône, la contemple un court instant… et perd la raison. Il est retrouvé errant dans le désert de Gobi puis confié aux bons soins des moines de Wang Segong. Ces derniers lui tranchent la langue pour qu'il ne puisse répéter ce qu'il a vu. Mais qu'avait-il donc vu ?

Et surtout, qui a envoyé ces documents à Larkos ? Cette question au moins trouve rapidement une réponse : Athanase Girovagui, vieil homme cynique, qui déclare avoir bien connu le grand-père de Bastien. Il lui remet une nouvelle pile de documents, parmi lesquels une bande dessinée intitulée "Les aventures de Marko le petit prince", qui pourrait bien être la clef du mystère…

Cette BD dans la BD et leurs interactions, voilà l'idée la plus sympathique de cet album très sagement dessiné dans un style ligne claire particulièrement classique. Pour le reste… Corteggiani s'amuse à construire des châteaux de cartes avec des tarots divinatoires : on ne comprend pas grand-chose. Chaque réponse est remplacée par deux questions plus ardues. Résignons-nous à accepter la mise en place méthodique d'une intrigue qui s'annonce complexe. On sourira en constatant la fréquence des suspenses de bas de page, vieille technique pas dénuée d'efficacité. On pourra aussi s'amuser à décrypter les nombreuses références à d'autres bandes dessinées (certaines sont évidentes : l'errance du meurtrier de l'Arménien dans le désert est un clin d'œil à E.P. Jacobs). Réminiscence ? Impossible : « Il n'y a pas de hasard… il n'y a que des expériences »

paru dans Bédéka #2

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