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Tag - Gilles Ratier

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jeudi 1 janvier 2015

Rapport ACBD sur la production de bande dessinée en 2014

Rapport ACBD – 2014 : l’année des contradictions

 

Dans son « Rapport », Gilles Ratier le secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) recense toutes les parutions du secteur et décrit les tendances éditoriales.

  

En 2013, pour la première fois depuis que le Rapport Ratier existe, c’est-à-dire depuis 2001, le nombre de bandes dessinées publiées dans l’année avait été inférieur à celui de l’année précédente… Qu’en est-il de 2014 ? Malgré des ventes qui, selon les données Livres Hebdo/I+C se sont tassées de 0,7% sur les 9 premiers mois de l’année, la production est globalement repartie à la hausse. 5410 bandes dessinées ont été publiées en 2014, dont 3964 strictes nouveautés, soit une augmentation de 4,64%. Cette tendance est alimentée par les groupes Média Participations et Glénat, en revanche le groupe Delcourt a significativement continué de diminuer le nombre de ses parutions en 2014 (-5.6%, soit 778 titres parus), tout en restant le principal producteur en nombre de titres.

L’évolution des publications par genre montre que les éditeurs ont choisi en 2014 de privilégier les séries historiques (+7%) et surtout les albums pour enfants, avec 307 nouveautés proposées au public contre 221 en 2013, soit +38%. La BD jeunesse représente désormais près de 20% des nouveautés francobelges. Cette part n’était que de 5% des nouveautés en 2001… C’est peut-être la meilleure nouvelle de ce rapport 2014 : une offre jeunesse plus variée, c’est la perspective de recruter de nouveaux lecteurs ! À condition bien sûr, que cette variété d’offre trouve son public. C’est là que se trouve la contradiction économique du secteur. Car si l’offre est devenue pléthorique, les niveaux de vente ne suivent pas. Et les tirages moyens ne cessent de s’effondrer. Même les plus gros tirages sont moins gros qu’avant, et ils sont moins nombreux : 98 titres (dont Blake et Mortimer, Joe Bar Team, Largo Winch, Le Chat) ont bénéficié d’un premier tirage à plus de 50 000 exemplaires en 2014, contre 117 un an plus tôt. La situation est plus préoccupante encore pour les éditeurs de manga : le recul des ventes, pour le manga, est selon Ipsos de 7,4% sur les 5 premiers mois de l’année 2014… La faute aux tablettes et au piratage ? L’offre numérique légale, de son côté, en reste à des niveaux symboliques : il se serait vendu environ 300 000 volumes en version numérique pour toute l’année, tous albums confondus. C’est très peu. Malgré les investissements réalisés dans ce domaine, le numérique n’a toujours pas prouvé sa capacité à incarner un nouveau modèle.

 

 

Jérôme Briot

 

PS : Les deux titres distingués par l’ACBD cette année sont : Wet Moon d’Atsushi Kaneko (Casterman) qui décroche le Prix Asie de la Critique ACBD 2014, et Moi, assassin d’Antonio Altarriba et Keko (Denoël Graphic), couronné du Grand Prix de la Critique ACBD 2015.

Lien :  Rapport ACBD-Ratier 2014

 

lundi 3 décembre 2007

La bande dessinée en 2007, en chiffres

Gilles Ratier, secrétaire générale de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) rédige chaque année depuis 2000 un rapport annuel sur le marché de la BD dans l’espace francophone européen –  comprenez : en France, en Belgique et en Suisse.

 

 

Pour la première fois depuis 2000, le secteur n’affiche pas une croissance éditoriale à deux chiffres. Mais avec tout de même 4,4% de livres supplémentaires par rapport à 2006, un nouveau record vient d’être franchi. 4313 BD ont été éditées en 2007, dont 3312 nouveautés, 712 rééditions, 204 art-books et 85 essais. Les positions relatives par type sont stables depuis trois ans : les BD asiatiques représentent 43% des nouveautés, les comics américains 7%, les albums franco-belges 40% et les romans graphiques 10%.

 

254 éditeurs différents ont publié au moins une BD en 2007 : c’est 29 de plus que l’année précédente, mais cette diversité éditoriale ne doit pas faire oublier que les 17 plus gros éditeurs concentrent les trois quarts de la production. C’est Delcourt (comprenant Akata et Tonkam) qui est le plus gros producteur de l’année, avec 484 nouveautés, talonné par Media Participation (Dargaud, Dupuis, Kana…) avec 474 titres. Les éditions Soleil, après deux années explosives, reviennent à leur rythme de publication de 2004, avec 429 livres.

 

2007 aura été marqué par le lancement de différentes collections d’adaptation en BD de classiques de la littérature : Ex Libris (Delcourt), Fétiche (Gallimard), Théâtre en BD (Petit à Petit) ou l’éditeur spécialisé Adonis, et par le lancement de séries manga « made in Europe », notamment dans le label Shogun des Humanoïdes Associés. Parallèlement, la bande dessinée inspire de plus en plus les autres formes d’expression artistique, comme le jeu vidéo, la télévision ou le cinéma. En témoignent le succès du film Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, et le dynamisme de la production française de dessins animés.

 

Alors que l’hyper-concentration domine le marché manga (plus de la moitié des ventes concernent neuf séries seulement, parmi lesquelles chaque volume de Naruto tire à 220000), seules 90 séries franco-belges s’offrent un premier tirage à plus de 50 000 exemplaires. Le tirage moyen se situe aux alentours de 6000 exemplaires. A ce niveau, les éditeurs peuvent espérer rentabiliser un livre, mais les auteurs doivent souvent abandonner l’espoir de pouvoir vivre de leur art. C’est certainement le durcissement de leurs conditions d’existence qui a motivé la création d’un groupement bande dessinée au sein du SNAC (le syndicat national des auteurs et compositeurs) en février 2007.