Gilles Ratier, secrétaire générale de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) rédige chaque année depuis 2000 un rapport annuel sur le marché de la BD dans l’espace francophone européen –  comprenez : en France, en Belgique et en Suisse.

 

 

Pour la première fois depuis 2000, le secteur n’affiche pas une croissance éditoriale à deux chiffres. Mais avec tout de même 4,4% de livres supplémentaires par rapport à 2006, un nouveau record vient d’être franchi. 4313 BD ont été éditées en 2007, dont 3312 nouveautés, 712 rééditions, 204 art-books et 85 essais. Les positions relatives par type sont stables depuis trois ans : les BD asiatiques représentent 43% des nouveautés, les comics américains 7%, les albums franco-belges 40% et les romans graphiques 10%.

 

254 éditeurs différents ont publié au moins une BD en 2007 : c’est 29 de plus que l’année précédente, mais cette diversité éditoriale ne doit pas faire oublier que les 17 plus gros éditeurs concentrent les trois quarts de la production. C’est Delcourt (comprenant Akata et Tonkam) qui est le plus gros producteur de l’année, avec 484 nouveautés, talonné par Media Participation (Dargaud, Dupuis, Kana…) avec 474 titres. Les éditions Soleil, après deux années explosives, reviennent à leur rythme de publication de 2004, avec 429 livres.

 

2007 aura été marqué par le lancement de différentes collections d’adaptation en BD de classiques de la littérature : Ex Libris (Delcourt), Fétiche (Gallimard), Théâtre en BD (Petit à Petit) ou l’éditeur spécialisé Adonis, et par le lancement de séries manga « made in Europe », notamment dans le label Shogun des Humanoïdes Associés. Parallèlement, la bande dessinée inspire de plus en plus les autres formes d’expression artistique, comme le jeu vidéo, la télévision ou le cinéma. En témoignent le succès du film Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, et le dynamisme de la production française de dessins animés.

 

Alors que l’hyper-concentration domine le marché manga (plus de la moitié des ventes concernent neuf séries seulement, parmi lesquelles chaque volume de Naruto tire à 220000), seules 90 séries franco-belges s’offrent un premier tirage à plus de 50 000 exemplaires. Le tirage moyen se situe aux alentours de 6000 exemplaires. A ce niveau, les éditeurs peuvent espérer rentabiliser un livre, mais les auteurs doivent souvent abandonner l’espoir de pouvoir vivre de leur art. C’est certainement le durcissement de leurs conditions d’existence qui a motivé la création d’un groupement bande dessinée au sein du SNAC (le syndicat national des auteurs et compositeurs) en février 2007.