Le grand large T2, par Thierry Soufflard et Gilles Cazaux (Casterman)
Quand le temps nous est compté, que la mort veut nous prendre les êtres qui nous sont chers, le mieux c'est encore de profiter de l'instant présent en leur compagnie et de croquer la pomme de la vie jusqu'au trognon. Telle est la philosophie simple mais essentielle du tzigane Angelo Broccoli. A 63 ans, sa maman (qu'il appelle "la vieille") est rongée par un cancer des poumons. L'hôpital veut se charger d'elle mais Angelo l'enlève pour faire une virée sur les plages du Nord. C'est bientôt son anniversaire et selon Angelo l'air marin vaut mieux qu'une chimiothérapie. En chemin, leur camionnette-caravane manque de renverser Melody, jeune femme au passé trouble, vite adoptée par la mère et le fils. Le trio repart de plus belle dans une aventure pleine de petites joies potaches, notamment une sortie en mer sur un petit voilier "emprunté" dans un hangar.
Qu'importe l'action, ce n'est pas là que réside l'intérêt de cette escapade façon road movie en deux volumes. Ici, l'important est dans les petites choses : les rencontres, les amitiés de passage, les sourires reçus et les joies provoquées. Le grand large c'est une célébration de l'instant présent, du bonheur d'être ensemble. L'histoire pleine de poésie sous-jacente fait la part belle à des dialogues pimentés par un argot fleuri et gouailleur. Les auteurs connaissent aussi l'éloquence de certains silences. Toute l'alchimie de l'album tient dans l'alternance de situations qui pourraient devenir critiques et de leur dédramatisation : il est ici question d'humanité et non de pathos. A ne pas manquer, les pages 31 à 35 sont un paroxysme de ce phénomène (avec un dénouement plutôt comique).
Atypiques, les couleurs étonnent au premier coup d'œil : tout semble fondé sur la juxtaposition de couleurs opposées pour accentuer les contrastes. Au point que, malgré le choix d'une palette crayeuse, les planches sont assez criardes.
