Le briographe

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Tag - Gallimard

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vendredi 4 mars 2011

Un privé à la cambrousse

Hubert, l’Hercule Poirot des champs de patate

 

« Détective privé à la cambrousse, y’a que moi pour faire ce sale boulot. Tout le monde me connait et la moindre question éveille les soupçons. Mais les vaches maigres, les placards vides et les épinards sans beurre vous poussent à faire de drôles de choses… »

 

Dans la France rurale de la fin des années 1950, Hubert exerce la singulière profession de détective privé. Suivre le frangin, pour savoir s’il fume en cachette malgré l’interdiction du toubib. Découvrir qui vient marauder les truffes du notaire. Et parfois, enquêter sur de vraies affaires criminelles, parce qu’à Beaulieu-sur-Morne (800 habitants), les morts poussent comme des champignons !

Créée en 1996 aux éditions du Seuil, la série policière et champêtre de Bruno Heitz comptait neuf épisodes, quand en 2008 elle fut frappée d’un coup d’arrêt brutal : son éditeur venait de décider de se recentrer sur les littératures non graphiques. Après une traversée du désert, marquée par une absence de plus en plus flagrante dans les rayons des librairies, la série fait l’objet d’une réédition dans la collection Bayou de Gallimard. Ouf ! Un peu de justice pour ce Privé qui le mérite bien. La reprise chez Gallimard est assez naturelle, puisque les derniers récits de l’auteur, une adaptation en BD du Roman de Renart et le polar historique J’ai pas tué de Gaulle, mais ça a bien failli avaient déjà trouvé leur place dans les collections Fétiche et Bayou de cet éditeur. À l’origine publiées en livres de petit format à couverture souple, les histoires vont être regroupées trois par trois. L’histoire inaugurale Un privé à la cambrousse, suivie par Une magouille pas ordinaire et Le Bolet de Satan forment donc le premier tome. On y découvre comment Hubert, par désœuvrement et un peu par hasard, est devenu privé chez les ploucs.

Pleine d’action et de rebondissements, la série est une merveille de justesse. Heitz est un raconteur d’histoires né, tout y est : le rythme, le sens de la fausse piste, l’humour omniprésent mais sobre pour ne pas décrédibiliser l’histoire, et surtout une galerie de personnages plus vrais que nature. Loin d’être un foudre d’intelligence ou de déduction, Hubert, c’est la débrouillardise, le bon sens paysan au service de la vérité. Pour le dessiner, Bruno Heitz adopte un graphisme proche de celui des premiers Tintin, ceux en noir et blanc, quand Hergé était seul aux manettes et publiait ses pages dans Le Petit Vingtième, avant la création du Studio Hergé. Bruno Heitz n’a d’ailleurs pas manqué de rendre un hommage appuyé à son inspirateur : dans le dernier épisode en date, L’Affaire Marguerite, Hergé en personne est un des protagonistes d’une des enquêtes de notre détective rural. Pour la découvrir, il faudra attendre le troisième tome chez Bayou, à paraître fin 2012 !

jeudi 12 novembre 2009

La Sorcière du placard aux balais

La Sorcière du placard aux balais, de Florence Dupré La Tour, d’après Pierre Gripari.
GALLIMARD, 46 P. COULEURS, 13€

C’est l’histoire de Monsieur Pierre, qui vient d’acheter une maison hantée par une sorcière discrète (elle se contente du placard aux balais) mais susceptible : pas question de lui chanter « Sorcière, sorcière, prends garde à ton derrière ! ». Issu des Contes de la rue Broca, grand succès de la littérature enfantine, ce conte hirsute et joyeux, gagne encore en rythme et en loufoquerie dans sa transposition en bande dessinée par Florence Dupré La Tour.

mardi 3 novembre 2009

Aya de Yopougon, T5

Aya de Yopougon, T5, de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie
GALLIMARD – BAYOU, 128 P. COULEURS, 16,50€

L’intrigue d’Aya de Youpougon se déroule désormais sur plusieurs continents. En Afrique, où Félicité est retenue au village par un père désireux de la vendre ; mais aussi en Europe, puisque Innocent s’est expatrié à Paris dans l’espoir que son homosexualité y serait mieux tolérée. Et qui donc est cet « Américain », qui sème la fortune des Sissoko dans la savane ? Proverbes improbables et recettes de cuisine font partie du charme de cette œuvre, qui connaîtra une adaptation sous forme de long métrage d’animation en 2011.

mercredi 25 janvier 2006

Conquête de l'Est, Klezmer T2

de Joann Sfar (Gallimard - Bayou)

La mise en place des personnages rappelle celle de contes comme les musiciens de Brême ou le baron de Münchhausen : plus le récit progresse, plus le nombre de compagnons augmente. Avec une écriture graphique plus désinvolte que jamais, comparable à celle de ses Carnets mais rehaussée de couleurs aussi spontanées que son trait, Joann Sfar décrit la constitution d'un Klezmer Band dans l'Ukraine des années 1930 : quatre musiciens et une chanteuse, chacun doté d'un parcours déchirant, se rencontrent fortuitement et ne se séparent plus.

Le Klezmer, c'est le style musical des orchestres itinérants juifs ashkénazes, qui à force de s'imprégner de différentes influences folkloriques dans toute l'Europe de l'Est, a fini par devenir unique et reconnaissable entre tous : une sorte de jazz-manouche nostalgique et espiègle à la fois.

Comme cette musique, le récit de Sfar est tour à tour enlevé puis émouvant, plaintif puis drôle. On y trouve des ruptures de rythme, des rêveries, des improvisations. Bref, Klezmer, c'est de la musique dessinée ; c'est aussi un livre composé avec soin, de la savoureuse préface composée par le très spirituel Marc-Alain Ouaknin, jusqu'au texte engagé de Sfar qui fait suite à l'aventure dessinée.

Avec ce livre, Joann Sfar inaugure la toute nouvelle collection Bayou*, dont il assure la direction éditoriale pour Gallimard.
Il peut sembler étrange que cet éditeur généraliste, qui venait d'investir dans la renaissance de la marque Futuropolis, se dote en parallèle d'un département BD sous son propre label… mais vu le travail accompli par Sébastien Gnaedig pour Futuropolis d'une part, et par Joann Sfar pour Bayou/Gallimard BD d'autre part, on aurait tort de faire la fine bouche. Les deux enseignes semblent se spécialiser dans la création de bandes dessinées en couleurs avec pagination importante, un "créneau" qui n'était jusqu'alors occupé ni par les grandes structures (hormis pour les intégrales, mais la logique financière est très différente), ni par les éditeurs alternatifs. La qualité est au rendez-vous, tant dans les récits que dans la fabrication - un sans-faute de ces deux éditeurs qu'il convenait de saluer !

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* Les autres titres publiés en 2005 dans la collection Bayou sont Le local de Gipi, Aya de Yopougon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie (prix du meilleur premier album au Festival d'Angoulême 2006) et un nouveau volume des aventures de Flip par Morgan Navarro.