Hubert, l’Hercule Poirot des champs de patate
« Détective privé à la cambrousse, y’a que moi pour faire ce sale boulot. Tout le monde me connait et la moindre question éveille les soupçons. Mais les vaches maigres, les placards vides et les épinards sans beurre vous poussent à faire de drôles de choses… »
Dans la France rurale de la fin des années 1950, Hubert exerce la singulière profession de détective privé. Suivre le frangin, pour savoir s’il fume en cachette malgré l’interdiction du toubib. Découvrir qui vient marauder les truffes du notaire. Et parfois, enquêter sur de vraies affaires criminelles, parce qu’à Beaulieu-sur-Morne (800 habitants), les morts poussent comme des champignons !
Créée en 1996 aux éditions du Seuil, la série policière et champêtre de Bruno Heitz comptait neuf épisodes, quand en 2008 elle fut frappée d’un coup d’arrêt brutal : son éditeur venait de décider de se recentrer sur les littératures non graphiques. Après une traversée du désert, marquée par une absence de plus en plus flagrante dans les rayons des librairies, la série fait l’objet d’une réédition dans la collection Bayou de Gallimard. Ouf ! Un peu de justice pour ce Privé qui le mérite bien. La reprise chez Gallimard est assez naturelle, puisque les derniers récits de l’auteur, une adaptation en BD du Roman de Renart et le polar historique J’ai pas tué de Gaulle, mais ça a bien failli avaient déjà trouvé leur place dans les collections Fétiche et Bayou de cet éditeur. À l’origine publiées en livres de petit format à couverture souple, les histoires vont être regroupées trois par trois. L’histoire inaugurale Un privé à la cambrousse, suivie par Une magouille pas ordinaire et Le Bolet de Satan forment donc le premier tome. On y découvre comment Hubert, par désœuvrement et un peu par hasard, est devenu privé chez les ploucs.
Pleine d’action et de rebondissements, la série est une merveille de justesse. Heitz est un raconteur d’histoires né, tout y est : le rythme, le sens de la fausse piste, l’humour omniprésent mais sobre pour ne pas décrédibiliser l’histoire, et surtout une galerie de personnages plus vrais que nature. Loin d’être un foudre d’intelligence ou de déduction, Hubert, c’est la débrouillardise, le bon sens paysan au service de la vérité. Pour le dessiner, Bruno Heitz adopte un graphisme proche de celui des premiers Tintin, ceux en noir et blanc, quand Hergé était seul aux manettes et publiait ses pages dans Le Petit Vingtième, avant la création du Studio Hergé. Bruno Heitz n’a d’ailleurs pas manqué de rendre un hommage appuyé à son inspirateur : dans le dernier épisode en date, L’Affaire Marguerite, Hergé en personne est un des protagonistes d’une des enquêtes de notre détective rural. Pour la découvrir, il faudra attendre le troisième tome chez Bayou, à paraître fin 2012 !
