Le briographe

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samedi 3 mai 2008

Petit traité de morphologie

Petit traité de morphologie, d’Agnès Maupré (Futuropolis)


Quand la jeune Agnès Maupré, pas encore publiée, contacta Joann Sfar pour lui demander des conseils, celui-ci l’envoya suivre les cours de morphologie de Jean-François Debord, aux Beaux-Arts de Paris, sur les bancs où lui-même avait usé ses fonds de culote. Grand bien lui en prit, car l’étudiante, conquise par le spectaculaire professeur, décida de transposer son enseignement en bande dessinée. D’où cet ouvrage aussi réjouissant qu’inattendu, dont le titre complet est : Petit traité de morphologie d'après les cours donnés par Jean-François Debord à l'École des Beaux-Arts de Paris, de 1978 à 2003. Avec 176 pages, ce n'est pas trop court, mais c'est magistral !

 

vendredi 2 mai 2008

La communauté

La communauté, T.1, d'Hervé Tanquerelle et Yann Benoît (Futuropolis) 

 

 

Yann Benoît fait partie de ces individus qui en juin 68, après les «événements», n’ont pas voulu rentrer dans le rang, et ont préféré imaginer des modes de vie alternatifs. Il participa à la création de la Minoterie,  une communauté âpre au travail (et très éloignée des clichés du Flower Power), centrée autour d’un atelier de sérigraphie et réunissant une bande de copains qui accomplissaient surtout leur retour à la terre. L’expérience dura quelques années. Hervé Tanquerelle, qui redonne vie à la mémoire de son beau-père par le biais de la bande dessinée, réalise ici un reportage BD dans la lignée des travaux d’Etienne Davodeau.

mercredi 23 janvier 2008

Nos âmes sauvages, Prix Artémisia 2008

En plus du centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir, le 9 janvier 2008 était également marqué par l'annonce du premier Prix Artémisia, qui récompense une œuvre de bande dessinée scénarisée ou dessinée par une femme.


Au sein d’une sélection très cosmopolite annoncée en décembre, c’est Johanna Schipper qui devient la première lauréate, avec Nos âmes sauvages, paru chez Futuropolis.

Johanna Schipper : Nos âmes sauvages (Futuropolis)La cérémonie officielle de remise du prix aura lieu le 26 janvier à Angoulême, au cours d'une conférence de presse qui permettra à l'association Artémisia de «présenter ses objectifs esthétiques et politiques».

Introspection et voyage semblent décidément indissociables pour Johanna Schipper. Dans Née quelque part (éd. Delcourt), la dessinatrice retournait à Taïwan, lieu de sa naissance, pour une quête de ses origines.

Dans ce nouveau récit à mi-chemin entre autofiction et carnet de pensées, son alter ego Nina (pseudonyme sous lequel Johanna Schipper a publié Une par une aux éditions de L'an 2) part à la recherche d'elle-même, guidée par un authentique chaman qui, comme le fameux sorcier Yaqui de Carlos Castanéda, enseigne une philosophie mystique fondée sur l'état de transe et (accessoirement) l'usage de psychotropes.

Ce livre ne saurait toutefois se résumer à un "trip" ni à un voyage. Dense, riche, complexe, Nos âmes sauvages évoque la difficulté d'être soi dans le monde actuel : « Je ne peux m'empêcher de faire un parallèle entre les outrages que l'ont fait subir à la Terre et ceux faits aux femmes à qui l'on demande toutes sortes de soumissions », déclare l'héroïne, amazone rêvant d'Amazonie.



Les autres livres figurant dans la Sélection officielle Artémisia 2008 :

Florence Dupré la Tour : Capucin T2 - Pour quelques coups de baguette (Gallimard-Bayou)  Daphné Collignon : Cœlacanthes T2 - Emma (Vents d'Ouest)  Isabelle Pralong : L'éléphant (Vertige Graphic)
Rutu Modan : Exit wounds (Actes Sud BD)  Jung Kyung-a : Femmes de réconfort (Au diable vauvert – 6 Pieds sous terre)  Nadja : La forêt de l'oubli T3 - La fille sauvage (Gallimard-Bayou)
Zeïna Abirached : Mourir partir revenir – Le jeu des hirondelles (Cambourakis)  Ji Di : My way T1 (Xiao Pan)  Miriam Katin : Seules contre tous (Seuil)


- Florence Dupré la Tour : Capucin T2 - Pour quelques coups de baguette (Gallimard)
- Daphné Collignon : Cœlacanthes T2 - Emma (Vents d'Ouest)
- Isabelle Pralong : L'éléphant (Vertige Graphic)
- Rutu Modan : Exit wounds (Actes Sud BD)
- Jung Kyung-a : Femmes de réconfort (Au diable vauvert – 6 Pieds sous terre)
- Nadja : La forêt de l'oubli T3 - La fille sauvage (Gallimard)
- Zeïna Abirached : Mourir partir revenir – Le jeu des hirondelles (Cambourakis)
- Ji Di : My way T1 (Xiao Pan)
- Miriam Katin : Seules contre tous (Seuil)
 


 

samedi 3 novembre 2007

Les années Ventoline

Les années Ventoline, de Farid Boudjellal (Futuropolis) 

Difficile de continuer à l’appeler Petit Polio : Mahmoud Slimani a grandi, et c’est désormais un asthme carabiné qui lui mine la santé. Envoyé en cure longue durée dans un institut spécialisé, le voilà arraché à l’affection (souvent envahissante) de sa famille. Au propre et au figuré, c’est un souffle nouveau dans la vie du jeune adolescent ! Chaque nouvel album confirme l’éblouissant talent de Farid Boudjellal, qui en plus d’un dessin très abouti, est capable d’évoquer les sujets les plus poignants avec une légèreté et une délicatesse inouïes.

lundi 7 mai 2007

Aziyadé

Aziyadé, par Franck Bourgeron d'après Pierre Loti (Futuropolis)

 

Aziyadé, par Franck Bourgeron (Futuropolis)En 1876 Loti, jeune officier de la marine britannique, accoste à Salonique. En flânant dans la ville, il fait la rencontre d’une belle odalisque, énième épouse retranchée dans le harem d’un vieux dignitaire absent. Elle et lui partagent un certain désœuvrement, la jeunesse et une beauté arrogantes, et bientôt une passion ardente, aiguisée encore par son impossibilité théorique. Mais l’Amour en a vu d’autres, et il n’est guère d’obstacles qu’il ne saurait déjouer ! Au-delà de cette femme, c’est de la Turquie tout entière dont Loti va s’éprendre : de ses coutumes, de sa langue, de ses habitants. Jusqu’à vouloir épouser la nationalité turque.

Après la saga Extrême-Orient aux éditions Vents d’Ouest, sur le thème peu exploité en bande dessinée de la révolution culturelle chinoise, Franck Bourgeron change d’horizon. La transposition graphique du roman de Pierre Loti Aziyadé, lui permet d’explorer un certain Moyen-Orient, au crépuscule de l’Empire Ottoman. Si le roman est écrit à la manière d’un carnet intime, la bande dessinée, fidèle à l’écriture de Loti, n’est pas sans évoquer le carnet de voyage. Les planches contemplatives n’y sont pas rares. On retrouve notamment de ces compositions verticales qui faisaient le charme et l’originalité d’Extrême-Orient.

En tout juste trois livres, Franck Bourgeron a posé un style bien à lui dans la « nouvelle bande dessinée » : visages stylisés aux fronts allongés, utilisation de cases verticales, audace dans les cadrages (avant de se mettre à la bande dessinée, le dessinateur a travaillé pendant une quinzaine d’années dans l’animation, d’où, sans doute, cette culture particulière de la caméra et de la mise en scène), et une fougue tranquille dans la manière très propre de poser des hachures dans les dessins. Le trait est souple, dynamique et spontané, sans sacrifier l’esthétique du dessin.

Autre particularité dans le travail de Bourgeron, la non-représentation du regard. Dans Extrême-Orient, les yeux étaient de simples fentes sans iris, pour mieux souligner l’absence d’individualité ou d’affirmation personnelle. Dans Aziyadé, outre Loti, souvent affublé de lunettes opaques, la plupart des protagonistes ont les yeux mi-clos ou fermés. L’impression induite est assez variée : langueur, sensualité, désir, abattement ou sérénité, selon les cas(es).

On pourrait être tenté de rapprocher ce roman de Roméo et Juliette, archétype de l’histoire d’amour fatal. Mais alors que les personnages de Shakespeare débordent de lyrisme, fascinés qu’ils sont par la découverte de l’amour (ce sont des adolescents, tout est nouveau pour eux !), dans Aziyadé, les amants restent relativement circonspects. Aziyadé, épouse délaissé mais fautive, est discrète par nécessité, peut-être aussi parce qu’elle ne se fait guère d’illusion sur la nature éphémère de l’amour. Loti, pour sa part, prend la relation avec une certaine désinvolture. Il compare sa nouvelle conquête avec les précédentes, il continue de voir d’autres maîtresses… Ses sentiments vont se renforcer progressivement, mais toujours avec un temps de retard. C’est là toute la beauté de ce roman. Aziyadé est le récit d’un amour qui n’est pas immédiat, l’exact contraire d’un coup de foudre. Transposer graphiquement une telle œuvre sans la trahir, demandait de la subtilité et de la retenue.

© F. Bourgeron / Futuropolis 2007

 
 

vendredi 1 septembre 2006

La volupté

de Blutch (Futuropolis)

 

Sur une route française, une berline roule à vive allure. A son bord, un président de région discute d’une situation de crise avec son état-major. Comme son adjoint se plaint brusquement d’un lacet défait, on arrête la voiture. Sitôt son conseiller à terre, le président ordonne au chauffeur de redémarrer et éclate d’un rire sardonique…

 

Après un premier livre chez Futuropolis où il interrogeait l’idée du bonheur, Blutch explore les méandres de la volupté. Comme il s’agit plus de rechercher cette sensation que de l’atteindre, le récit se révèle rapidement une radioscopie du fantasme plutôt que de l’extase. Construit en courtes séquences enchevêtrées, La volupté fait la part belle à l’insolite, à l’ambigu, au malentendu. Mais la première surprise est d’ordre esthétique. Blutch, souvent admiré pour son art du pinceau, a choisi ici d’expérimenter le dessin avec simplement deux crayons, un noir et un rouge. Résultat : un livre qui se démarque de la production actuelle. Inspiré par le cinéaste Luis Buñuel, Blutch joue un surréalisme à mi-chemin entre la poésie et le grotesque. Les situations, les personnages et leurs réactions sont à la fois comiques et bizarres. En un mot : c’est drôle !