Le briographe

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Tag - Fred Duval

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lundi 10 mai 2004

Le hameau des chênes, Travis T6.1

Travis T6.1, par Fred Duval et Christophe Quet (Delcourt)

 

Après plus de 30 ans passés sur une station orbitale, l'oncle Terry, véritable légende vivante de l'histoire spatiale, a atteint l'âge de la retraite. Il retourne sur Terre escorté par Travis, et le mot escorte n'est pas de trop : Terry traîne les pieds et n'a aucune envie de quitter l'espace. Il s’est d’ailleurs trouvé un job sur une plateforme orbitale. Mais Travis a d'autre projets pour lui : il veut le voir se réconcilier avec son vieux père de 91 ans, alors que les deux hommes sont fâchés depuis près de 50 ans ! Le père de Terry vit au Hameau des chênes, quartier pourri construit sur une marnière en région parisienne, transformé en squat par différents clandestins. Le quartier vit peut-être ses dernières heures : Vitruvia, multinationale sans vergogne a décidé d’agrandir le spatioport tout proche. Chez les squatteurs, la résistance s’organise…

Dans le premier cycle, Steve Travis faisait semblant pendant 5 tomes d’être embarqué  malgré lui dans des aventures terribles pour un simple pilote de navette spatiale. Nous apprenions in fine qu’il était un agent au service d’un millionnaire épris de justice. Dans le second cycle nommé Vitruvia, Travis fait tout pour éviter l’aventure, qui lui tombe dessus quand même. Bien fait ! Et même, très bien fait : une action débridée, de l’humour, un découpage très dynamique, quelques messages éthiques au passage… Le tout sur un dessin aussi énergique que le scénario. Le plaisir de lecture est au rendez-vous. Vitruvia est une histoire en trois volumes, numérotés 6.1, 6.2 et 7 pour refléter la simultanéité des faits décrits dans le tome 6.1 (l’histoire de Travis) et le tome 6.2 (l’histoire de Vlad Nyrki, ex-(?)-méchant très réussi), qui sortira dès août prochain. Déjà ? Rassurez-vous, Christophe Quet ne s’est pas boosté aux nanomachines pour travailler super vite. Tout simplement, le tome 6.2 sera dessiné par Ludwig Alizon.  

Accrochez-vous : les squatteurs voudraient éviter de, mais l’album, lui, déménage !

samedi 13 mars 2004

Zelda, Hauteville House T1

Hauteville House T1, par Fred Duval et Thierry Gioux (Delcourt)

 

"Mexique, côte est du Yucatan, mai 1864". Un navire de guerre français, le Clovis, a jeté l’ancre devant un temple maya. Ce bateau étonnant, hybride de cuirassé et de trois-mâts, fonctionne littéralement à la voile et à la vapeur. Alors qu’un autre engin à vapeur (un tricycle démesuré) s’approche, un lieutenant de l’armée de Napoléon III recense ses troupes. Il tient avec précision son carnet de bord pour ne pas « malmener l’authenticité historique ». 

En juxtaposant en bas de première page cette expression et une machine parfaitement anachronique, Fred Duval et Thierry Gioux mettent en place leur univers tout en réussissant une mise en garde très habile au lecteur : attention, univers steampunk ! Ce terme est bien connu des amateurs de science-fiction. Il désigne des œuvres situées le plus souvent dans un 19ème siècle rempli de machines à vapeur perfectionnées et spectaculaires. Le steampunk répond à la question "jusqu'à quel point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt ?".

En route donc pour Hauteville House, une histoire d'espionnage et de science-fiction située dans le passé, où faits historiques et inventions coexistent librement. Pourquoi ce titre ? Bien que Delcourt ait son siège rue d'Hauteville à Paris, Hauteville House n'est pas une métaphore pour désigner cette maison d'édition. Il s'agit en réalité du nom de la maison de Victor Hugo à Guernesey, où le poète a vécu en exil de 1856 à 1870. Elle était le lieu emblématique de la résistance au Second Empire. Retouchant à peine la réalité, Fred Duval a fait de Hauteville House le quartier général d'une résistance républicaine armée, chargée de contrer les ambitions de l'empereur français.

Gabriel Valentin-la-Rochelle dit Gavroche, agent spécial de la République dont les méthodes "privilégient un peu trop le sexe et la violence" rentre victorieux d’une mission délicate… pour repartir aussitôt au Mexique. En compagnie de la ravissante Zelda Pickford (des services secrets yankees), il a ordre de dérober un document qui pourrait bien apporter à son détenteur la suprématie militaire mondiale !

Les dessins très précis de Thierry Gioux, auteur aguerri de BD historiques (Le Vent des Dieux, Waldeck), alliés à l'inventivité d'un des meilleurs scénaristes de science-fiction (Travis, Carmen Mc Callum), une passion commune pour le 19ème siècle et pour le Mexique : voilà les ingrédients d'un authentique chef d'œuvre.

Mini-interview :

Comment est né Hauteville House ?

Fred Duval : L’envie de départ, c’est une série d’aventure au 19ème siècle avec un héros qui voyage dans le monde. J’ai depuis longtemps l’idée d’un perceur de coffre, un agent secret au service de la République contre le Second Empire, placé dans un univers steampunk, avec décalage technologique et situé dans une uchronie. En visitant la maison d’exil de Victor Hugo sur l’île de Guernesey, j’ai immédiatement pensé que c’était le lieu idéal d’une base secrète pour cette résistance républicaine.

Vous êtes de grands admirateurs de Victor Hugo ?

Thierry Gioux : L’écrivain Hugo m’intéresse relativement peu. Mais le personnage politique dans toutes ses contradictions est passionnant. Il était fils d’un général, avec une mère vendéenne… tout pour être conservateur. Et pourtant il a évolué dans le sens républicain. Hugo était contre la peine de mort 100 ans avant les autres ! Le révolutionnaire mexicain Juarez a renversé l’empereur Maximilien et l’a condamné à mort. Hugo a écrit à Juarez pour demander sa grâce (qui n’a pas été accordée, mais quel geste !).

Le travail documentaire est plutôt conséquent pour une série SF ?

Fred Duval : Dans une uchronie, pour tout ce qui est « vrai », il faut être parfaitement documenté, mais il faut aussi péter les plombs au bon moment, pour que le lecteur ne s’en aperçoive pas et se laisse embarquer dans un univers fictif ! Cela étant, nous n’avons pas de prétention historique : c’est du divertissement !

Publié dans Bédéka #2