de Fabien Vehlmann et Frantz Duchazeau, Dargaud

 

Le Calife de Bagdad organise un concours : mille et un conteurs ont trois ans pour mettre au point leur meilleure histoire. Fortune et gloire récompenseront le vainqueur ; pour le plus mauvais candidat, ce sera le pal ! Les cinq conteurs les plus talentueux décident d’entreprendre ensemble un voyage, en quête de récits d’exception.

 

Vehlmann démontre avec effronterie et panache sa maîtrise scénaristique : dès les premières pages, par l’intermédiaire d’une devineresse, il se permet de révéler tous les ressorts de l’intrigue, y compris la chute de l’histoire. Au lieu de briser le suspense, cela plonge les personnages dans des considérations existentielles et une perplexité savoureuses. Et comme décidément il est joueur, Vehlmann propose aussi un résumé de l’histoire, page 55, à un moment où les personnages sont invités à raconter leur périple. Gonflé ! Mais par-delà les morceaux de bravoure, il s’agit d’un conte philosophique et moral assez subtil. Pour servir cette ode à l’imagination, il fallait un dessin qui l’enflamme au lieu de la canaliser. Le trait de Duchazeau possède ces qualités : à la fois rigoureux pour immerger le lecteur dans son univers, et suffisamment évasif pour lui offrir de la liberté pendant la lecture.