Le briographe

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Tag - François Boucq

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jeudi 3 juillet 2008

Interview François Boucq

Depuis la mort de White Elk, le Bouncer a été choisi ; comme nouveau gardien d’un territoire sacré indien. Encore faut-il mériter cette fonction, aux yeux des braves qui y résident, et savoir défendre cette terre contre les projets de la richissime Veuve noire, qui a décidé de faire main-basse sur toute la région, quels qu’en soient les moyens. Quand Alexandro Jodorowsky, scénariste prodige, s’associe à François Boucq, dessinateur virtuose, quel mérite y a-t-il à réussir de bons albums, hein, franchement ?

 

Pouvez-vous revenir sur les origines du Bouncer ?

François Boucq : Je revenais d’un voyage aux Etats-Unis. J’avais fait quelques aquarelles sur place, des grands espaces et des lieux comme Monument Valley. Quand je suis rentré, il y a avait une exposition de Mézières à Bruxelles, au cours de laquelle je croise Jean Giraud. On discute, et je lui dis « je comprends que tu aies passé tout ce temps à faire Blueberry : quand on a été dans ces paysages là, on a qu’une envie, c’est de les dessiner ! ». Il m’a proposé de faire un album avec lui. Nous avions imaginé un Blueberry vieux. Ce projet n’a pas vu le jour, mais il a fait naître l’envie et la possibilité de faire du western. Je parle de possibilité, parce que Giraud s’était tellement approprié ce terrain, que les autres dessinateurs pensaient presque qu’il fallait lui demander la permission !

A cette époque, Alexandro Jodorowsky et moi devions travailler ensemble sur un projet, mais le contexte éditorial était défavorable. Nous avons finalement de nous faire plaisir, avec un projet différent, et nous avons choisi le western. La décision a été prise en une journée. On s’est mis d’accord sur l’idée d’un projet ensemble, et on a tout de suite avancé sur l’idée d’un scénario. Le lendemain même, je commençais à le dessiner !

Pourquoi cette tentation du western ?

Le western offre un cadre géographique, esthétique, historique et psychologique, qui permet de raconter des histoires qui sont des préoccupations d’aujourd’hui, en arrivant très vite à des situations extrêmes. Tout est possible : on peut tirer sur un gars parce que sa tête n’est pas la bonne. La loi y est moins importante qu’une morale personnelle... d’où la possibilité de héros justiciers.

Un détail graphique, vous faites au Bouncer des pupilles allongées. Vous voulez souligner son côté félin ou plutôt reptilien ?

Reptilien. Les serpents font plusieurs apparitions dans l’histoire, je me suis dit que ce serait intéressant de marquer une certaine affinité du Bouncer avec les reptiles, avec les animaux à sang froid. Du reste, en lisant l’histoire des tueurs célèbres de l’époque western, il paraît que beaucoup avaient des yeux bleu-acier. Apparemment, c’était une donnée morpho-psychologique des bagarreurs de l’Ouest. Bouncer et ses frères ont des physiques différents, puisqu’ils sont tous de pères différents, mais je voulais un élément qui permette de les rattacher à leur mère. Donc Bouncer et ses deux frères ont hérité du regard de leur mère.

Une concession que vous ne faites pas au western, c’est l’usage d’onomatopées. Vous cherchez d’autres astuces pour faire parler la poudre ?

Ca me parait tellement naïf, ces crac ! bang ! pow ! Quand on fait une BD réaliste, utiliser des onomatopées peut ridiculiser la situation. J’essaie de traduire l’intensité par l’image, en pensant que le son peut apparaître aux oreilles du lecteur. Pour sonoriser une chevauchée, plutôt que d’utiliser une représentation écrite du bruit, je préfère faire un gros plan sur les pattes du cheval, en montrant le type de sol qui est foulé, en espérant que ces éléments appelleront une sensation connue du lecteur. Par contre, quand il s’agit d’humour, aucun problème. L’onomatopée étant une caricature de son, on est dans le même registre.

Quand vous dessinez une série réaliste, comme Le Bouncer, ou comique, comme Les aventures de la mort et Lao Tseu, ou Jérôme Moucherot, votre trait n’est pas le même. Comment passez-vous d’un trait réaliste à un trait comique ?

Je ne sais pas. Je crois que l’intention y est pour beaucoup. Si on a l’intention de faire un dessin comique, l’anatomie du dessin se trouve transformée par cette intention. Un homme plié en quatre pour rigoler présente le même aspect qu’un autre qui pleure, accablé par une tragédie. Et pourtant, ça ne provoque pas le même effet chez celui qui regarde. Il y a quelque chose du même ordre dans le passage entre l’intention de faire rire, et la traduction de cette intention, dans la manière de dessiner. C’est la seule façon dont je puisse l’expliquer, parce qu’autrement, je n’utilise pas d’autre procédé conscient pour modifier mon trait selon les séries.

Une autre de vos caractéristiques, c’est votre fascination pour la perspective…

J’ai identifié deux types de dessinateurs : les dessinateurs bidimensionnels, comme Pratt ou Tardi, et les dessinateurs volumiques, comme Moebius ou Bilal, qui herchent à sculpter la page. Il y a quelque chose d’extrêmement sensuel dans le dessin de Moebius, dans la sophistication des rendus de volumes. On sent chez lui une jubilation du dessin, moins perceptible chez Pratt, dont le rapport au dessin est plus intellectualisé. La restitution du volume crée un rapport plus charnel au dessin. Le dessin bidimensionnel est beaucoup plus scriptural, plus proche du mental. Au fond, j’aime les deux. J’essaie de travailler ces deux aspects.

Dans Lucky Luke, la dernière case montre toujours le héros qui chevauche vers le soleil couchant. Vous vouliez inverser ce gimmick dans la conclusion du nouveau Bouncer ? Il tourne le dos au soleil levant…

(Rires) Ce n’était pas vraiment prévu pour faire un clin d’œil à Lucky Luke. J’ai juste pensé cette case, comme une dynamique qui va vers le prochain album. Il quitte la situation étrange dans laquelle il vient de se trouver, et s’éveille à quelque chose de nouveau, qui sera la suite de l’histoire…

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samedi 4 septembre 2004

Echec à la Gestapo, Rock Mastard T1

Rock Mastard T1, par François Boucq et Karim Belkrouf (Le Lombard, coll. Troisième degré)

A la fin de la seconde guerre mondiale, un bombardier junkers 88 de la Luftwaffe s'abîme en pleine forêt amazonienne. La cargaison secrète qu'il convoie se répand dans un fleuve proche, accompagnée de "blub blub" sinistres. Les jeunes indiennes qui se livrent à d'innocentes ablutions non loin de là ne se doutent pas du danger qui les menace…

Trois ans plus tard, un groupe d'Allemands résolu à retrouver l'épave de cet avion fait irruption chez Wally, le bar où Rock Mastard (célèbre justicier) et son acolyte Gus (justicier débutant) goûtent un repos et un verre bien mérités entre deux missions aéropostales. Le but des Germains : contraindre Rock Mastard à collaborer avec eux pour leur servir de guide et éviter les terribles pièges de la jungle. A cette fin, ils soumettent l'aventurier à un chantage odieux. S'il ne les aide pas, son 45 tours favori sera effroyablement rayé ! La rage au cœur (mais grassement rémunéré) Rock Mastard prépare cette expédition périlleuse…

Créé par Boucq et Delan en 1981, Rock Mastard a fait sa première apparition en 1981 dans Fluide Glacial, avec une grande aventure à épisodes intitulée Pas de deo gratias pour Rock Mastard. Peu après, Boucq interrompt sa collaboration avec ce magazine pour se concentrer sur (A Suivre). Futuropolis en 1983, puis Bédéfil en 1986 rassemblent ses exploits en album, mais pour Rock Mastard, l'aventure s'arrête ici. Entre temps, Boucq aguerrit son graphisme, collabore avec J. Charyn (La Femme du magicien ; Bouche du Diable) et Jodorowsky (Face de Lune ; Bouncer), crée en solo le mythique Jérôme "tigre du Bengale" Moucherot et est élu grand prix du Festival d'Angoulême en 1998.

Et voilà que vingt ans après sa création, Rock Mastard reprend du service, plus en forme que jamais dans une aventure inédite. Cette fois, il n'est plus seul à défendre l'humanité. Rock est secondé par un apprenti au tout début de sa carrière d'aventurier : Gus, interprété par Jérôme Moucherot lui-même, avec son chapeau pied-de-poule et son inévitable stylo fiché en travers du nez.

Avec un graphisme époustouflant, un sens de l'absurde et de la parodie redoutables, une extravagance dans les moindres détails, avec un goût prononcé pour le contre-pied des clichés de l'Aventure et des formules chocs qu'on ne retrouve que chez Goossens, Boucq nous livre un concentré d'humour déjanté. Indispensable !

 

mini-interview

Pourquoi avoir exhumé Rock Mastard après 20 ans d'absence ?

François Boucq : Pour ce scénario, il fallait un héros qui soit un archétype de l'aventurier tel qu'on en voit tout le temps au cinéma ou à la télévision. Et comme l'action se passe dans les années de l'après-guerre, tout nous orientait vers Rock Mastard.

Il a bien changé, en vingt ans…

FB : C'est que j'ai fait des progrès en dessin, dans l'intervalle ! Le graphisme que j'ai aujourd'hui est plus pertinent. A l'époque, j'étais en pleine recherche : le Rock Mastard d'origine était très guindé.

Pas de Deo Gratias pour Rock Mastard va être réédité ?

FB : Oui, mais je ne voulais pas voir cet album republié comme s'il s'agissait d'une nouveauté, surtout avec le graphisme rigide que je pouvais avoir à cette époque. Je l'ai donc entièrement redessiné. J'ai ajouté Moucherot dans l'histoire en lui accordant un second rôle d'apprenti justicier, ce qui m'a contraint à modifier pas mal le scénario. Et certains détails de l'album n'étaient plus d'actualité : à l'époque, avec Delan, nous avions confié le rôle du méchant à Diament, qui était rédacteur en chef de Fluide Glacial, ce qui n'a plus de raison d'être aujourd'hui. J'ai donc changé le méchant.

Quels sont vos prochains albums à paraître ?

FB : Le nouveau tome de Face de lune va sortir en même temps que Rock Mastard. Je commence le tome 4 du Bouncer. J'ai aussi un projet avec Yves Sente : une histoire d'espionnage, qui devrait commencer dans peu de temps.