Le briographe

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Tag - Fluide Glacial

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mercredi 1 septembre 2010

Les Bidochon au four (solaire) et au moulin (à poivre)

Après le téléphone portable et Internet, les Bidochon continuent d’explorer les nouvelles technologies, et cherchent le confort dans les gadgets vendus par correspondance. Christian Binet, qui met en scène ce couple de Français si typiques depuis trente ans, commente pour nous le nouvel album…

 

Dans le tome 20, les Bidochon sont confrontés à un certain nombre de gadgets plus ou moins farfelus…

Christian Binet : Farfelus, c'est vous qui le dites. La plupart existent réellement ! Le plus drôle, c'est que les rares objets que j'ai inventés pour l’album ne sont pas les plus improbables. Par exemple, le parasol bronzant qui laisse passer les UV existe pour de bon !

 

La véritable star de l'album, c'est le moulin à poivre électrique éclairant !

Un jour, il y avait un orage et une panne de courant. Cela m’a inspiré l’anecdote de Robert Bidochon, ne possédant que ce poivrier pour toute lampe de poche, et changeant ses plombs en saupoudrant de poivre tout son intérieur. C'est un objet que j'utilise plusieurs fois dans l'album, car il est à la fois absurde (qui peut bien avoir besoin d'éclairer son steak moment de le poivrer ?) et très répandu.

 

Pour la première fois, dans cet album, vous avez glissé une touche de couleur…

C'est un petit truc en plus pour le tome vingt. Dans l'album, ce sera fluorescent, ça va être éblouissant ! Mais n'allez pas croire que c'est le début d’albums en couleurs. Le noir et blanc me convient très bien.

 

Où cherchez-vous les thèmes des albums ?

Je ne les cherche pas vraiment. C'est la vie quotidienne qui me les apporte sur un plateau. Des sujets d'albums, j'en ai presque trente d'avance. C'est autant de tiroirs dans lesquels j'accumule des éléments au fur et à mesure que viennent les idées. Il y a certainement des thèmes que je n'aborderai jamais. Un bon thème nécessite d'être assez ouvert pour être développé sur 45 pages. L'album sur Internet m'avait posé ce problème : après une première histoire, j’étais resté bloqué pendant six mois. 45 pages avec deux personnages derrière un écran d'ordinateur, cela risquait d'être monotone. Puis j’ai trouvé un système pour ouvrir l’espace : puisque Internet apporte tout chez soi, je me suis mis à faire apparaître dans leur salon tout ce qu'ils voient sur l'écran.
Les thèmes naissent comme ça. J'y réfléchis longtemps avant. Là, suis en train de préparer le prochain album, qui sera encore une fois dans l'air du temps, puisqu'il s'agira d'écologie et de « protection de la planète ». Je me regarde donc ce qui se fait, je fais mon marché. Les toilettes sèches ou le compost avec des vers, le tri sélectif... Il y a de plus en plus de sujets possibles autour de cette thématique.

 

Dans les premiers tomes, les Bidochon suivaient le parcours type du ménage qui s'installe dans l'existence. L’expérience de la parentalité en moins, puisque Robert est stérile…

C’est vrai, les Bidochon ne peuvent pas avoir d'enfants, mais on pourrait leur en confier temporairement. Ce serait amusant de confronter le goût de la routine de Robert avec des éléments perturbateurs comme des enfants. Ne serait-ce que pour la bagarre autour de la possession de la télécommande de la TV !

 

Quand vous les avez créés il y a trente ans, vous étiez nettement plus jeune que vos personnages. À présent, vous êtes plus âgés qu'eux. Ceci a-t-il un impact sur le regard que vous portez sur les Bidochon ?

Ce qui change le regard, ce n'est pas l’âge, c'est l'expérience qu'on a pu acquérir avec le temps, en s'interrogeant sur l'humanité, la vie, la mort. Quand on est jeune, on schématise beaucoup, on emploie beaucoup de clichés. En vieillissant, on apprend à connaître les gens, on s’intéresse à ce qu’ils font, on les écoute. La perception qu'on a des autres devient plus subtile. Les Bidochon sont devenus plus sympathiques au fur et à mesure à cause de cela. Parce que finalement, ce sont des gens simples qui ne font de mal à personne.

 

Les Bidochon, T20 : Les Bidochon n’arrêtent pas le progrès

Fluide Glacial, 48 p. N&B, 10,40€

 

mardi 4 mai 2010

The Zumbies T1, (anonyme)

À cause d’une injection de vitamines qui a mal tourné, les quatre membres du groupe les Sugar Dolls s’est retrouvé zombifié. Depuis, ils continuent d’écumer les scènes et croquent la vie à pleine dents (faut bien bouffer). Amateurs de trash et de série Z, cet album est pour vous. Cannibalisme, sexe et Rock’n’roll sont au programme, ainsi qu’une apparition de l’inénarrable Screamin’ Jaw Hawkins, revenu d’entre les morts pour un duo d’anthologie avec  Deborah (lead voice des Zumbies). L’ouvrage est anonyme, mais de toute façon, qui connaît Lindingre et Julien/CDM ?

mardi 9 mars 2010

SDF - Si Doux Foyer

Comme Blake et Mortimer, Lucky Luke ou les Schtroumpfs… voilà que Reiser fait l’objet d’une reprise ! Il était temps, les fonds de tiroirs commençaient à s’épuiser, la chair était triste hélas et j’avais lu tous ses livres. Le repreneur s’appelle Christophe Le Borgne, et sa série dans Fluide se démarque fortement parmi les sorties de février : « Si Doux Foyer » brille par ses dialogues féroceset ses dessins formidables, satiriques et décalés où figurent des SDF saouls, dégueus ou filosophes, qui soliloquent, déblatèrent et fanfaronnent sans déranger la foule si distante des flâneurs…

mercredi 11 novembre 2009

Le fantôme du Commandant Cousteau

Le fantôme du Commandant Cousteau, d’Isa
FLUIDE GLACIAL, 48 P. COULEUR, 9,95€

Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu son bonnet rouge dans une BD… Suite à l’ingestion d’un sac plastique pas frais qu’elle prenait pour une méduse, Bernadette le Mérou le voit en apparition : le Commandant Cousteau en personne (et en lettres tremblées) vient lui délivrer un messaBBLgeBLL. Tremblez, pollueurs, car le défenseur des droits des générations futures revient hanter les océans ! Isa, transfuge de Spirou chez Fluide Glacial, et une des rares dessinatrices de l’équipe, pose un humour mâtiné d’absurde, qui n’exclut pas un message écolo.

mardi 10 novembre 2009

Global Boboland

Global Boboland, de Philippe Dupuy et Charles Berberian
FLUIDE GLACIAL, 56 P. COULEURS, 11,95€

Plus caustiques que jamais, Dupuy et Berberian continuent leur exploration de Boboland, en s’intéressant plus particulièrement à cette Upper Class qui nous gouverne. Car si le bobo moyen voyage en partage utile dans le tiers-monde, cède à la mode du manawah (man at work at home) ou s’amourache de son téléphone dernier cri, en haut de l’échelle sociale, on a conscience d’avoir raté sa vie si on n’a pas été capable de racheter l’usine Rolex avant cinquante ans.

mardi 1 septembre 2009

Fluide Glacial et toutes ces sortes de choses

C’est à la mi-septembre que paraîtra le numéro 400 de Fluide Glacial. Pour marquer l’événement, le mensuel d’Umour et Bandessinées se dote de mensurations d’exception : 84 pages en 54 x 36 cm, un record. Mais au fait, quelle est la genèse du magazine d’Umour et Bandessinées ?

 

Tout commence en 1972, quand Nikita Mandryka invite Claire Bretécher et Marcel Gotlib (tous trois participent alors à Pilote, dirigé par René Goscinny) à créer avec lui un nouveau trimestriel de bande dessinée : L’Echo des Savanes. Gotlib profite de l’occasion pour se lancer dans une forme d’humour résolument adulte, et compose des planches impubliables dans Pilote. Sexualité, religion, relecture psychologique d’œuvres littéraires(1)… tout est prétexte pour briser les tabous, nombreux à cette époque. Mais la gestion du magazine manque de rigueur, L’Echo des Savanes tourne au calvaire financier. Gotlib interrompt sa collaboration au numéro 10, en décembre 1974.

À divers points de vue, l’expérience a néanmoins été positive. Gotlib consulte son ami d’enfance Jacques Diament, qui a un profil plus gestionnaire plus qu’artistique, et ensemble, en avril 1975, ils fondent Fluide Glacial et des éditions AUDIE(2). Diament en sera le rédacteur en chef, Gotlib le directeur de publication. Jean-Claude Forest, Alexis, Hugot, Francis Masse et Jean Solé partagent le sommaire aux côtés de Gotlib. Ils sont bientôt rejoints par Yves Frémion et Bruno Léandri pour le rédactionnel et par une galaxie de dessinateurs : Franquin apporte ses Idées noires, Goossens son humour sophistiqué et inclassable, Binet un regard satirique avec Kador puis Les Bidochon. Coucho, dans le sillage de Gotlib, anime les antihéros les plus improbables (Poumo-Thorax, le Banni), Lelong dissèque la France profonde et le quatrième âge dans Carmen Cru, alors que Dupuy et Berberian dépeignent la préadolescence dans Le journal d’Henriette. Edika manie l’humour délirant et survolté autour de Clark Gaybeul et Tronchet explore la détresse sentimentale avec Jean-Claude Tergal. Le magazine s’autorise parfois des publications à l’humour plus lacrymal, comme Paracuellos de Carlos Gimenez, où l’auteur évoque son enfance dans un foyer de l’assistance publique en plein régime franquiste (cf. Zoo#18).

Le logo définitif apparaît au numéro 15, et le slogan « Umour et Bandessinées » au 18. La formule trouve bientôt son équilibre : 68 pages chaque mois, un humour libertaire et apolitique plus adepte d’absurde que de provocation, des récits courts ou à suivre, et des rubriques qui donnent au journal son esprit : la « gazette », un pataquès de brèves enrichies de marges illustrées par l’équipe, pendant un repas mensuel dit « de bouclage » réputé bien arrosé, T’ar ta lacrèm’, où Frémion établit la biographie d’un humoriste chaque mois ; Photo-BD et Encyclopédie du dérisoire par Bruno Léandri, qui écrit également des nouvelles courtes mais bonnes, cultivant le fantastique et le contrepied final à la manière de Dino Buzzati. Jusqu’au début des années 2000, l’équipe du magazine reste très stable. Pour caricaturer, un nouveau dessinateur n’intègre la rédaction que si un autre en sort ! En 1989, Fluide Glacial organise un appel à candidatures sous la forme d’un concours : c’est Blutch (Grand Prix d’Angoulême 2009) qui en est le lauréat. Il vient combler le manque créé par le départ de Dupuy & Berberian. Larcenet arrive peu ou prou quand Blutch part, etc. L’arrivée de Thierry Tinlot à la rédaction en chef a modifié cela. Autour du magazine gravitent désormais plus d’auteurs qu’il n’en faut pour remplir le sommaire, et toute une nouvelle génération de dessinateurs a été accueillie. Citons en particulier Riad Sattouf, dont le personnage Pascal Brutal (3 tomes parus) est déjà un classique ; Cyril Pedrosa et son Auto-bio ou encore Libon qui avec son très hype Hector Kanon, ne demandent qu’à le devenir. Le journal est toujours sans publicité, il est passé en couleurs depuis 2003, et de nos jours, la rédaction compte même un certain nombre de dessinatrices. Avec le réchauffement climatique qui nous guette, qui pourra se passer de Fluide Glacial ?

 

Jérôme Briot

 

(1)    À retrouver dans Rhââââ Lovely et Gnagna, édition intégrale, chez Fluide Glacial. Indispensable.

(2)    AUDIE signifie littéralement : « Amusement Umour Dérision Ilarité Et toutes ces sortes de choses ». Le greffier a, parait-il, enregistré ce nom de société à contrecœur et avec force protestations… Ah oui, c’était avant les SMS.

mercredi 26 novembre 2008

30 ans de banane, interview de Frank Margerin

Lucien tome 9, Toujours la banane (Fluide Glacial)

 

Créé en 1979 par Frank Margerin dans Métal Hurlant, Lucien est célèbre pour son éternelle coiffure-banane et sa bande de copains, agités mais pas secoués, avec qui il forme le groupe de rock «Ricky Banlieue et ses riverains». Après vingt-cinq ans de rock, potes, foot et motos pétaradantes, faisant mine d’ignorer que le public n’aime pas être bousculé, Frank Margerin ose une ellipse de trente ans et de trente kilos ! Le Lucien qu’on retrouve dans Toujours la banane est un quinquagénaire bon teint, bedonnant, grisonnant mais pas dégarni (taxé de ringardise par sa fille, il tentera différentes coiffures dans une planche particulièrement zygomatique, mais non, décidément, rien ne lui va mieux que la banane).
Malgré les années, Lucien est resté fidèle à lui-même. S’il préfère désormais porter des charentaises à la maison plutôt que des Santiag’, il est resté rock’n’roll dans l’âme, l’attitude et le job (il est vendeur chez «Grat’ en vrac»). Côté famille, Lucien est complètement largué, entre une fille en plein vertige gothique à laquelle il ne comprend rien, un fils victime de racket et scotché à sa «plestécheune» et une femme qui ne dévisse pas d’internet. Par une sorte de coup du destin, il retrouve toute sa bande de copains, Ricky, Gillou et Riton. Ricky est en pleine dérive, mais les copains viennent à la rescousse, avec un projet qui est une véritable cure de jouvence : reformer leur groupe.





- Vous qui aimez le football, avec ce transfert des Humanos à Fluide Glacial, vous devez vous sentir un peu comme un joueur de Ligue 1 ?
Frank Margerin : Oui, on a évoqué le mercato de la bande dessinée, en parlant de mon transfert… Sur le coup j’étais un peu triste, parce que j’étais attaché aux Humanoïdes Associés. Mais on m’a fait valoir que c’était pour le bien collectif, et que Louis Delas (PDG de Casterman, dont Fluide Glacial est une filiale, NDR) se portait acquéreur de mes titres. Je leur ai donné le feu vert, ils ont fait leur transaction, je n’en connais pas les termes.

- Ah bon, vous n’avez pas eu voix au chapitre ?
FM : J’aurais pu m’opposer à cette transaction, si l’éditeur-repreneur m’avait semblé incompatible avec mes livres. Cela fait partie du droit moral des auteurs sur leurs œuvres. Mais ce n’est pas du tout le cas. Je suis un lecteur de Fluide Glacial depuis des années.

- Il vous est d’ailleurs arrivé d’y participer…
FM : De façon très sporadique. Ils me sollicitaient de temps en temps, je n’avais pas beaucoup de temps à leur consacrer, et puis je faisais quand même partie de journaux concurrents. Les Humanos ne voyaient pas d’un œil très bienveillant que je participe à autre chose qu’à Métal Hurlant. J’ai néanmoins eu quelques participations fugitives, entre autres dans quelques BD-photo de Léandri.

- Vous allez y retrouver des proches, comme Dupuy et Berberian.
FM : C’est la bonne surprise, d’autant plus qu’ils sont restés à l’écart du magazine pendant assez longtemps. Ca me fait plaisir de les revoir. Je regrette d’avoir raté Coyote et Maëster… Ils reviendront peut-être un jour ?

- Les Lucien, qui sont à présent réédités chez Fluide Glacial, sont identiques à leurs versions Humanos ?
FM : Mes premiers albums correspondaient à la réunion de mes travaux de l’année. Ils réunissaient des choses plus ou moins cohérentes. Quand Lucien est arrivé, je ne m’y suis pas consacré immédiatement. Donc ça faisait des albums avec un peu de Lucien, un peu de science-fiction, un peu d’histoires à thème. Un jour, on s’est dit qu’il était temps de rationaliser tout ça. On a donc fait une refonte de la collection, en mettant Lucien dans une série dédiée, et les autres histoires ailleurs. Pendant quelques années, les lecteurs étaient un peu troublés par cette refonte… Nous n’avons pas voulu ajouter à la confusion avec la nouvelle édition chez Fluide Glacial. Elle est donc identique à l’édition aux Humanos, seules les couleurs ont été légèrement relookées, et le lettrage Lucien.

- Les albums hors Lucien ont vocation à être publiés également ?
FM : Pour l’instant, ils sont, disons, dans la chambre froide. On verra si on les décongèle. Ce n’est pas d’actualité. On trouvera peut-être une formule, sous forme d’un coffret, d’un best-of, pour les ressortir un jour… Ce sont mes premiers travaux, j’étais un peu tiraillé entre la contrainte de faire de la SF (puisque Métal Hurlant était un magazine spécialisé) et un certain manque d’envie d’en faire.

- Au-delà, il y avait un certain nombre d’histoires qui n’étaient ni du Lucien, ni de la SF...
FM : Elles ont été remises ailleurs, au moment de la réorganisation. À une exception près. Il y avait, dans la première version de Tranches de Brie, une histoire que je n’avais pas envie de revoir, qui s’appelait Jungle City, une sorte d’erreur de jeunesse.

- Fluide Glacial n’est pas uniquement un label d’édition d’albums ; vous allez participer au magazine ?
FM : Oui, de nouvelles histoires de Lucien seront prépubliées dans Fluide. Pour changer un peu des longs récits, je vais entamer une série d’histoires courtes. A priori, je devrai livrer chaque mois un certain nombre de pages. L’idée, c’est de devenir un « auteur maison », et de réunir de quoi faire un album par an. Il faut que je pense assez rapidement au concept de l’album.

- Avoir la pression d’un magazine, c’est quelque chose d’important pour vous ?
FM : C’est très motivant. Si on me demande quatre pages pour le 17, je les fais. Si on me demande de faire un album cette année, c’est trop flou. Pour avancer, il faut que j’aie une carotte tous les dix mètres. Si j’ai une carotte à deux kilomètres, je n’y vais pas. Les prépublications m’aident à faire des albums rapidement. Quand je faisais Momo le coursier pour L’Echo des Savanes, j’ai dessiné trois albums en trois ans. Sans magazine, il me faut deux ans pour sortir un album !

- Et donc, les premières planches inédites de Lucien dans Fluide, c’est pour quand ?
FM : Normalement, ça démarre en janvier 2009.

- Comment expliquez-vous que Lucien ait pris l’ascendant sur ses copains, en termes de renommée ?
FM : Gillou est le portrait de mon frère. Ricky était la caricature d’un copain avec qui j’étais aux Arts Appliqués. Riton était vaguement inspiré d’un autre Riton, qui jouait dans un groupe qui s’appelait "Ricky Beaulieu et les starters". Nanar, c’était un peu moi et d’autres copains. Dans les années 70, j’étais plus proche du baba cool que du rockeur : on avait tous les cheveux longs, on passait nos vacances dans le sud de la France, dans des espèces de bergeries pourries… C’était un peu les clichés du bon baba, mais à l’époque c’était incontournable : soit on était baba, soit on était facho. Y’avait pas beaucoup de choix !
Les autres personnages étaient complètement inventés. Ce qui a démarqué Lucien, dès la première histoire, c’est sa coiffure. Il était gros, avec des rouflaquettes et une banane.

- Comment se fait-il que Lucien change aussi souvent d’apparence, dans les premières histoires ?
FM : Ca s’est fait presque à mon insu. Je n’avais pas trop regardé comment je l’avais dessiné la première fois. D’histoire en histoire, à la manière du téléphone arabe, le personnage s’est déformé avant d'obtenir son allure définitive. A l’époque, je dessinais sans trop me poser de questions. Lucien était plus ou moins svelte, il avait un nez plus ou moins gros selon les histoires. Ce doit être dû aux conditions de travail de l’époque : je me mettais souvent dans des charrettes pas possibles, et donc je n’avais pas le temps de revenir sur le dessin. Ajoutons à cela les couleurs directes… Quand je relis mes planches de l’époque, j’y trouve une certaine fraicheur, mais aussi des erreurs de dessin terribles, que j’ai laissées passer. Si je n’avais que ça à faire, je redessinerais tous les albums ! En même temps, ils ont eu du succès, ce qui montre que les lecteurs ne s’arrêtent pas sur une perspective bancale ou un personnage un peu gauche. Ce qui compte, c’est plutôt l’esprit, ce que ça dégage.

- Dans l’avant-dernier album, Week-end motard, on voyait Lucien dans sa forme qu’on croyait éternelle. Et le revoilà, père de famille, cinquante ans passés… mais toujours la banane.
FM : Oui voilà, j’ai gardé l’essentiel.

- N'empêche, quelle mauvaise foi : depuis que vous l’avez atteinte vous-même, la cinquantaine a changé de visage ! Jusqu’alors les quinquas, c’étaient des moustachus, des chauves, des ringards… Et maintenant, Lucien est un peu ventripotent, pas complètement dans le coup, mais… pas non plus has been.
FM : En effet, dans toute ma carrière, le stéréotype du père a toujours été le chauve à moustaches et petites lunettes. Mon père n’a jamais été comme ça – enfin si, il a une moustache, mais il n’était pas chauve. Euh, bon, maintenant il l’est un peu plus… Tout finit par arriver (rires).
J’ai fait des essais de crobars de Lucien chauve à moustache. Du coup il devenait invisible, on ne le reconnaissait plus. J’ai rasé la moustache, je l’ai laissé chauve… mais ce n’était toujours pas Lucien. Pour identifier Lucien, il faut lui laisser la banane. D’ailleurs, avant de me lancer dans cette histoire, quand j’expliquais que je faisais vieillir Lucien, les gens me demandaient d’un air inquiet : « Quand même, il a toujours la banane ? ». Ca revenait assez souvent. La série était prépubliée dans Cargo Zone, et avec un temps de décalage dans La Vie de la Moto. C’est le rédac-chef de LVM qui a appelé trouvé le titre provisoire Toujours la banane. On a cherché un titre définitif, mais finalement, c’est celui-là qui est resté.
Lucien a les cheveux blancs, il a des rouflaquettes plus marquées, et surtout il a pris du bide. Ce n’est pas forcément incontournable, pour ma part je n’en ai pas pris ! Je voulais montrer que la cinquantaine n’avait rien de fatal, qu’on peut conserver l’âme d’un jeune homme et l’envie de redémarrer des choses. Mes copains ont tous vingt ans dans la tête, ils font du rock et de la moto… Bon, il a bien fallu se calmer sur les rollers et le football, parce qu’à cet âge on se fait plus mal. Il y a quand même des trucs qui nous rappellent à l’ordre. J’ai arrêté le foot à la cinquantaine, parce que je commençais à avoir des problèmes de dos, je marchais comme un papy en sortant du terrain, après avoir couru comme un lapin pendant le match.

- Les copains de Lucien ont évolué dans des directions parallèles. Gillou par exemple, refuse complètement son âge...
FM : C’est pourtant lui qui a le moins morflé physiquement ! Il a été coupé du monde, il est parti aux Etats-Unis. Mais il a laissé des plumes dans son divorce, et donc il a décidé de revenir au pays. Quand il arrive, il est presque neuf. Les autres sont plutôt en fin de cycle : Riton attend la retraite, qui arrive. Lucien s’est installé dans une sorte de petit confort, vendeur à mi-temps et prof de guitare. Ricky, lui, est à la rue. Son avenir est compromis, il en est réduit à essayer de faire un braquage.

Le grand absent, c’est le cousin Nanar !
FM : J’avais envisagé de le faire apparaître, mais ça risquait de faire trop de retrouvailles dans la même histoire. J’ai imaginé que Nanar reviendrait plein aux as, après avoir fait fortune dans les produits bio. Mais ce n'est qu'une possibilité parmi d'autres. Il y a deux choses possibles avec les baba cools : soit ils s’enferment dans leur «babatude» (rires), ce qui ferait un Nanar ermite, qui continue de faire ses fromages de chèvre, soit ils rentrent dans le rang. Nanar a pu se mettre à vendre ses produits dans le monde entier grâce à internet. Il serait donc passé de baba à bobo. En tout cas, ça faisait trop d’éléments pour un seul album. J’ai recentré l’intrigue sur la bande. Nanar est mis de côté pour l’instant. Ce sera peut-être le sujet d’une prochaine histoire.



- La métamorphose de Lucien est définitive ?
FM : Rien n’est définitif, c’est l’avantage de la bande dessinée. Un personnage peut tomber d’une falaise de 300 mètres et se relever sans accroc. Bon, je fais de la BD humoristique mais réaliste. Je ne ferai pas de choses absurdes. Mais Lucien peut continuer d’apparaître jeune, s’il raconte les histoires de sa jeunesse à son fils par exemple. Il y a toutes sortes d’astuces qu’on peut employer pour retrouver Lucien jeune, voire très jeune. Je ne me vois pas forcément faire dix albums avec un Lucien quinquagénaire... Les lecteurs sont assez inquiets, on me demande souvent si Lucien va continuer de vieillir. En rigolant, je réponds que dans le prochain album, Lucien sera dans un hospice.

- On a vu des auteurs tuer leurs personnages !
FM : Oui, Robert Crumb avait tué Fritz the cat avec un pic à glace. C’est amusant de bousculer un peu Lucien : dans Lulu s’maque, je lui avais coupé la banane ; là, je le vieillis de trente ans… Mais je ne pourrai jamais tuer Lucien, je l’aime trop !





- Une dernière question : avec tout ce que vous avez fait pour le rayonnement de Malakoff dans le monde, la municipalité de cette ville du sud de Paris s’est-elle montrée reconnaissante ?
FM : J’avais été invité à l’anniversaire de la ville de Malakoff. J’ai eu de petits retours de la mairie. A un moment, j’ai failli y mettre mon atelier, mais j’ai finalement trouvé ailleurs. C’est une ville agréable, à deux pas de chez moi. Mais je n’ai pas reçu les clés de la ville, aucune statue de Lucien n’a été érigée à Malakoff. Il faudra bien un jour qu’ils fassent une « rue Lucien », qu’il y ait une tête de Lucien quelque part… Surtout que je remets le couvert, dans le dernier album : trente ans plus tard, Lucien est toujours fidèle à sa ville !

 

 

samedi 1 novembre 2008

Lucien, on the rock again

Lucien T9 : Toujours la banane, de Frank Margerin (Fluide Glacial)

 

Huit ans après son Week-end motard, Lucien revient dans un long récit. Dans l’intervalle, il a changé d’éditeur, mais surtout il a changé de look : la cinquantaine, du bide, des enfants mais… toujours la banane !

 

Frank Margerin, qui n’a jamais caché son goût pour le football, a fait l’objet en avril dernier d’un traitement digne d’un joueur de Ligue 1 : il a été transféré (et ses albums avec lui) dans l’équipe Fluide Glacial. La transaction, indispensable à la survie des Humanoïdes Associés, se déroulait à un moment opportun, un nouveau Lucien étant en cours de prépublication dans le bimestriel Cargo Zone, lancé par Al Coutelis en juillet 2007. L’album achevé, le voici publié, chez Fluide Glacial donc, simultanément à la réédition des huit autres albums de la série. Et Margerin, après quelques rares incursions dans le sommaire du mensuel d’Umour et bandessinées, le rejoint pour de bon à partir de janvier 2009, avec le statut d’auteur-maison.

Créé en 1979 dans Métal Hurlant, Lucien est célèbre pour son éternelle coiffure-banane et sa bande de copains, agités mais pas méchants, avec qui il forme le groupe de rock «Ricky Banlieue et ses riverains». Après vingt-cinq ans de rock, potes, foot et motos pétaradantes, faisant mine d’ignorer que le public n’aime pas être bousculé, Frank Margerin ose une ellipse de trente ans et de trente kilos ! Le Lucien qu’on retrouve dans Toujours la banane est un quinquagénaire bon teint, bedonnant, grisonnant mais pas dégarni (taxé de ringardise par sa fille, il tentera différentes coiffures dans une planche particulièrement zygomatique, mais non, décidément, rien ne lui va mieux que la banane). Malgré les années, Lucien est resté fidèle à lui-même. S’il préfère désormais porter des charentaises à la maison plutôt que des Santiag’, il est resté rock’n’roll dans l’âme, l’attitude et le job (il est vendeur chez «Grat’ en vrac»). Côté famille, Lucien est complètement largué, entre une fille en plein vertige gothique à laquelle il ne comprend rien, un fils victime de racket et scotché à sa «plestécheune» et une femme qui ne dévisse pas d’internet. Par contre, il a du bol, le patron de son bar d’attache est l’un des derniers gargotiers de ce XXIème siècle à préférer doter son établissement d’un flipper plutôt que d’une machine à sous. Par une sorte de coup du destin, il retrouve toute sa bande de copains : Ricky, Gillou et Riton. Ricky est en pleine dérive, mais les copains viennent à la rescousse !

Cultivant comme toujours la lisibilité de ses dessins malgré le foisonnement de détails comiques en arrière-plan, Frank Margerin a réussi la mutation de Lucien. Et c’est le visage du lecteur qui s’illumine d’un sourire rayonnant. En d’autres termes, Lucien, même quinqua, réussit encore et toujours à nous coller la banane ! Info de dernière minute : une exposition Lucien est programmée pour Angoulême 2009.

samedi 16 juin 2007

Fluide Glacial n°372 adopte la BoBo attitude !

 En cahier central de Fluide Glacial n°372 (dessin de couverture par Philippe Dupuy, Charles Berberian et Riad Sattouf), un "spécial bobo" de 32 pages sur papier recyclé. Changer de papier en plein numéro, c'est à peu près aussi écolo qu'un 4×4 qui roule au diester, mais c'est l'intention qui compte : c'est ça, la BoBo attitude !

Ce dossier est l'occasion idéale pour attirer l'attention des lecteurs sur le retour dans le magazine de Dupuy et Berberian. Après plus de quinze ans d'absence, les créateurs d'Henriette et de Monsieur Jean composent "Bienvenue à Boboland", une suite de tranches de vie garanties sans OGM... L'occasion de tout savoir sur, par exemple, le "book crossing".
Fraîche recrue du magazine, Libon est excellent. Ce mois ci, son personnage Hector Kanon se relooke dans le seul but de pouvoir entrer dans une boîte très select. Le déroulement est relativement classique jusqu'à la troisième page, qui pourrait être la chute... mais non, une quatrième planche bouleverse le récit et le transcende.
Enfin, Pascal Brutal himself rend visite à un couple de copains de Paris Centre, quartier réservé aux millionnaires, dans cette France ultra-libérale dirigée par Alain Madelin (Rappelons que Pascal Brutal est une série d'anticipation, située en 2020. Si, si). Et là, il se fait donner une magistrale leçon de virilité par un mouflet impertinent...
 
Hors du dossier bobo, Christian Binet livre l'épilogue de son tome 4 des Impondérables, de courts récits indépendants et interdépendants, qu'il faut impérativement lire d'une traite pour en saisir le fil directeur. Binet est le dernier résistant du noir et et blanc dans le magazine, mais il n'est pas le dernier pour ce qui est de se renouveler dans la forme.
Ailleurs encore, Mélanie Bondage a des démêlés avec les frères Bogdanov, vieilles têtes de Turc du magazine (déjà dans les années 80 !) ; Lindingre orchestre une arnaque à l'Alzheimer.

Côté rédactionnel, on retiendra surtout le portrait de Francis Masse par Yves Frémion. Très à l'honneur ces derniers temps, Francis Masse : Le Seuil vient de sortir L'art attentat, et L'Association réédite L'Avalanche.

Enfin, Léandri livre une nouvelle courte mais bonne "Le Mécène", et son indispensable Chronique du dérisoire, consacrée aux pétages de plombs, souvent sanglants, des coloniaux au début du XXe siècle. A noter, le tome 5 de L'Encyclopédie du Dérisoire vient de sortir, il est cette fois en couleurs et accompagné d'un DVD avec des extraits de "La minute de Léandri", émission sur la télé belge que tout la francophonie leur envie.
Planche réalisée par ISA en pour le bulletin d'abonnement à Fluide Glacial

© ISA / Fluide Glacial 2007

samedi 5 mars 2005

Ich bin vraiment gland !

par Lefred-Thouron (Fluide Glacial)

 

Lefred-Thouron est un dessinateur d'humour dans la pure tradition des Cabu, Reiser et Wolinski. Plus proches sans doute de ces deux derniers par l'économie de ses dessins : quelques traits brouillons lui suffisent pour camper un personnage ou poser une ambiance. Grand dénonciateur de la bêtise contemporaine (d'où le titre du présent recueil, qui fait suite à Je suis gland en 2002), son humour fait aussi beaucoup appel à l'absurde, avec des textes irrésistibles. Quelques exemples ? Une voiture accidentée contre un platane : "0,5 grammes selon l'organisation, 2,8 grammes selon la police". Un homme chez le psychologue tente de vaincre sa phobie de l'avion : "Qu'est-ce qui vous effraie ? Le décollage, l'atterrissage ? – La bouffe !". CQFD.

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