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1- jamais l'intérêt dans les années 60 à 80 pour
les comics de super-héros américains et les petits formats
(Swing, Akim, Zembla, etc) n'a été une vraie menace
pour la BD franco-belge, qui a continué à développer ses traits propres :
préférence marquée pour l'approche graphique, développement de la BD adulte et
du roman graphique, des expériences novatrices, etc. C'est vrai que les comics
de super-héros et les petits formats n'ont jamais autant vendu que les mangas
aujourd'hui, mais peut-être est-ce aussi parce qu'à l'époque ces BD populaires
étaient vraiment considérées comme la lie de la culture, alors qu'aujourd'hui
le manga jouit d'une plus grande reconnaissance même si elle a été
difficilement acquise.
2 - l'apport d'une tradition étrangère a
toujours été bénéfique à la BD européenne : Morris s'inspire de Walt Disney
pour créer Lucky Luke, Goscinny se forme à son métier dans les
ateliers de BD de New York, Moebius, Mézières, une grande partie de la
génération "SF/Rock" des années 1970-80 a été nourrie aux graphismes de Kubert
ou de Corben, Crumb est une influence déterminante pour la génération des
auteurs indépendants actuels...
3 - il y aurait des questions à se poser sur la forme prise par l'industrie de
la BD, au niveau du prix des albums par exemple, au niveau des formats, mais
aussi dans le domaine d'une certain "blocage" narratif, qui force les
scénaristes - ou peut-être est-ce la faute des éditeurs ? - à placer leurs
histoires sous le signe d'un genre unique : comique, polar, SF, HF, etc. L'une
des grandes forces du manga vient de là : une grande liberté narrative et un
mépris des enfermements dans un style, même lorsqu'on se place dans un moule
créatif commercial. Tezuka, par exemple, passe facilement du comique au conte
philosophique, au policier, au gore, à l'érotisme - et tout cela parfois dans
la même scène, voire dans la même case ! Je recommande à cet égard Avaler
la terre, que je suis en train de lire, et qui une nouvelle fois est
remarquable. Il y a des leçons, notamment narratives (et pas tellement
graphiques, finalement) à prendre dans la BD japonaise... Pour répondre
autrement à la question, il me semble que l'une des raisons de l'inflation des
titres actuels vient tout naturellement du fait que le public adulte s'y est
mis aussi. L'offre (et la demande) de manga seinen ou de gekiga s'est fortement
accrue ces dernières années, en plus de l'offre des shonen plus commerciaux, du
type Naruto. Et c'est normal étant donné la richesse du patrimoine
nippon. Lorsque nous aurons lu tous les chefs d'oeuvre au moins une fois, il y
a fort à parier que l'offre sera moins dynamique ! Pour l'instant, nous sommes
avides !!
Pour beaucoup, le terme "Manga" est une
appellation d'origine, synonyme de "bande dessinée japonaise". La notion de
"culture manga" que tu développes dans ton livre, veut au contraire montrer que
le manga est une notion qui dépasse à la fois les frontières du Japon et le
domaine de la bande dessinée... Peux-tu expliquer l'origine de cette réflexion
?
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